commune avec les catholiques sur la doctrine de la justification
Genève: Les luthériens adoptent à l’unanimité la déclaration
Fin d’un conflit de 400 ans entre catholiques et luthériens
Genève/Rome, 16 juin 1998 (APIC) Le Conseil de la Fédération luthérienne mondiale (FLM), réuni au Centre œcuménique à Genève, a adopté mardi matin à l’unanimité la «Déclaration commune» luthérienne- catholique sur la doctrine de la justification, point de divergence entre les deux traditions depuis la rupture entre le réformateur Martin Luther et Rome au 16ème siècle.
Cette décision devrait marquer une avancée importante dans les relations entre les Eglises luthériennes et l’Eglise catholique romaine et mettre fin à un conflit qui dure depuis plus de 400 ans.
La démarche du Conseil de la FLM – le plus grand rassemblement des Eglises luthériennes – marque la phase finale d’un processus de consultations et de délibérations impliquant les Eglises membres et les organes de la FLM. L’adhésion des luthériens à la «Déclaration commune» a une grande portée œcuménique. La FLM avait demandé à ses 124 Eglises membres d’indiquer avant le 1er mai si elles reconnaissent, à la lumière de la «Déclaration commune», l’existence d’un consensus entre catholiques et luthériens sur les «vérités fondamentales» de la doctrine de la justification et si elles acceptent que les condamnations luthériennes, datant de la Réforme, de la doctrine catholique de la justification, ne s’appliquent plus à l’Eglise catholique romaine.
Justification par la foi ou par les oeuvres
La doctrine de la justification, basée sur la croyance de Martin Luther en une justification de l’être humain par la foi seule (»sola fide») et non sur la base de la «force, des mérites ou des actes», a fait l’objet de querelles théologiques des siècles durant. Ce qui gagne le paradis, c’est, aux yeux de Luther, la foi, la confiance dans la grâce, dans le don de Dieu, à l’exclusion des oeuvres que nous faisons.
L’homme, radicalement corrompu par le péché originel, n’a aucune part à son salut. Celui-ci est exclusivement le fait de l’amour de Dieu, qui accorde la grâce de la foi en vertu d’un choix mystérieux (prédestination). Les réformateurs luthériens ont ainsi rejeté la conception catholique romaine de la justification. Au Concile de Trente, réuni de 1545 à 1563, Rome a, à son tour, condamné la position luthérienne.
La question de la «Déclaration commune» a suscité des controverses, en particulier en Allemagne. Au début de l’année, plus de 140 théologiens protestants allemands ont publié une déclaration appelant les Eglises luthériennes à rejeter l’accord avec les catholiques. Sur les 89 Eglises qui ont répondu à la FLM, 80 ont donné leur accord à la «Déclaration commune» et une a donné une réponse ambiguë, mais plutôt positive, 3 autres une réponse plutôt négative et 5 réponses clairement négatives. Ensemble, les Eglises qui ont approuvé la «Déclaration commune» représentent 84,1% des fidèles luthériens regroupés au sein de la FLM.
L’Institut de recherche œcuménique de Strasbourg, parrainé par la FLM, a analysé les réponses des Eglises membres, permettant au Conseil de signer la «Déclaration commune», au vu du consensus suffisant existant au sein de la FLM. Selon Sven Oppegaard, chargé des affaires œcuméniques auprès de la FLM, cette signature pourrait entraîner des avancées dans d’autres domaines et elle représente «un pas très important en direction d’un partage de l’eucharistie». Mais, déclarait-il le mois dernier à l’agence de presse œcuménique ENI, «nous sommes assez réalistes pour savoir que cela peut prendre du temps avant de pouvoir partager la même communion».
Condamnations doctrinales levées
Mardi matin, le Conseil de la FLM – une organisation présidée par l’évêque luthérien allemand Christian Krause – a décidé de souscrire à l’accord sur la doctrine de la justification présenté dans la «Déclaration commune». Il admet, sur la base de cet accord, «que les condamnations doctrinales prononcées dans les écrits confessionnels luthériens en ce qui concerne la justification ne s’appliquent pas à l’enseignement de l’Eglise catholique romaine tel qu’il est présenté dans la ’Déclaration commune’». Il encourage, conjointement avec l’Eglise catholique romaine, l’exploration des conséquences pastorales de cet accord.
Le Conseil de la FLM souligne, à la lumière des commentaires et des préoccupations formulés par les Eglises membres dans leurs réponses, la nécessité de poursuivre les recherches en commun sur les conséquences de cette doctrine dans des domaines spécifiques de l’enseignement et de la pratique ecclésiaux et «aussi sur les thèmes controversés de la doctrine de la justification apparus comme tels au cours de la procédure de réception du document». La FLM doit encore examiner avec l’Eglise catholique romaine – lorsqu’elle aura préparé sa réponse – la manière la plus appropriée de confirmer ensemble la «Déclaration commune».
Satisfaction catholique
Interrogé mardi par l’agence APIC à Rome, Mgr Jean-Claude Périsset, secrétaire adjoint du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a exprimé sa vive satisfaction: «Cela correspond à l’espérance que nous avions, sachant que les Eglises appartenant à la Fédération luthérienne mondiale se reconnaissaient dans leur grande majorité dans ce texte». Mgr Périsset a précisé que la date pour une signature commune de l’accord n’a pas encore été fixée, mais cela devrait être fait «dans un avenir proche». (apic/jmg/eni/be)



