La Suisse impliquée dans le processus de négociation

Genève: Les premiers contours de la paix en Colombie dessinés par les acteurs en conflit

Genève, 24 juillet 2000 (APIC) La Convention nationale colombienne a été lancée lundi 24 juillet au cours du Sommet de Genève. Pour la première fois, les principaux acteurs de la société colombienne, à l’exception du MRTA, se rencontre sur sol étranger. Une première, née du protocole des Accords de Mayence, signé par l’ELN en juillet 1998. Après 40 ans d’une violence qui fait chaque année des milliers de morts, l’espoir d’une paix est bien réelle.

Ce sommet réunit jusqu’à mardi des représentants de l’Armée de libération nationale (ELN), la seconde force insurrectionnelle du pays, ainsi que quelque 80 délégués colombiens des groupes sociaux du pays, des groupes de pouvoir en passant par les organisations sociales, paysannes, indigènes, noires ou celles d’autres travailleurs engagés en faveur les droits de l’homme.

Aux côtés de délégués du président colombien Pastrana figurent les délégations gouvernementales de Cuba, d’Espagne, de France, de Norvège et de Suisse, en qualité de «pays amis» au processus de dialogue engagé entre le gouvernement Colombien et l’Armée de libération nationale (ELN).

Le «Sommet» de Genève a été ouvert par Franz von Däniken, no 2 du DFAE à Berne, qui a rappelé le but de la démarche, à savoir parvenir à un accord de cessez-le-feu et l’arrêt des hostilités. «En se déclarant prêts à accompagner le processus de paix, Cuba, Espagne, France, Norvège et Suisse ont assumé de fait une nouvelle responsabilité: celle de faire en sort que le dialogue en faveur de la paix s’affermisse de jour en jour et qu’il port ses fruits». La Suisse, a-t-il dit, aime à mener les choses à bien: «nous somme prêts à vous accompagner tout au long du chemin». La Suisse, a encore déclaré Franz von Däniken, en qualité d’Etat dépositaire des Conventions de Genève, réitère aux acteurs armés du conflit colombien son appel à respecter les normes fondamentales du droit international humanitaire.

Le rendez-vous de Genève se tient à la suite d’un premier rendez-vous tenu en Colombie il y a une semaine, où des délégués de ces cinq pays se sont retrouvés dans le sud du Département de Bolivar, pour entamer des négociations entre Camilo Gomez, haut commissaire pour la paix, délégué par le gouvernement du président Pastrana, et deux représentants du Commandement central de l’ELN, Pablo Beltran et Oscar Santos. La rencontre colombienne s’est déroulée dans la zone récemment accordée à la guérilla de l’ELN par le gouvernement colombien.

La rencontre de Genève a pour objectif de lancer la Convention nationale née des Accords de Mayence (Allemagne), a confirmé il y a quelques jours Felix Murillo, porte-parole de l’ELN en Suisse. «Les trois parties engagées dans le processus de paix y prendront part, à savoir, le gouvernement, l’ELN et les principaux acteurs de la société civile. En plus des représentations gouvernementales et du CICR

Les 3 objectifs de Genève

La réunion de Genève a trois objectifs, a expliqué à l’APIC le porte-parole de l’ELN. Le premier à trait au processus de paix engagé entre le gouvernement colombien et l’ELN, les deux autres sont liées à l’ELN et la société civile. Il conviendra en effet tout d’abord de donner un cadre de la Convention nationale, de discuter sur ce que l’ELN propose à la société colombienne; pour mettre ensuite en place les accords de Rio Verde (août 1998), définis dans le Département d’Antiochia entre les acteurs de la société civile, le gouvernement et l’ELN. Lors de la signature de ces Accords, un calendrier et des mécanismes pour donner l’impulsion nécessaire à la Convention nationale avaient été définis. «Genève reprendra les 5 thèmes phares abordés à Rio Verde, à savoir: droits de l’homme et droits international humanitaire; modèle économique et Etat; ressources naturelles; réformes agraires, groupes ethniques, narcotrafiquants; ainsi qu’une série de propositions liées au social et à l’avenir du pays.

L’avenir de la Convention nationale devrait par la suite se dessiner avec la mise sur pied d’une Assemblée constituante, composée par des représentants de l’ensemble de la société civile, du gouvernement et de l’ELN. Cela en parallèle avec le processus de dialogue engagé avec le gouvernement. La création du groupe des «pays amis» a été définitivement ratifiée le 4 juillet dernier par les représentants du gouvernement et de l’ELN, respectivement Camillo Gomez et Pablo Beltran.

La rencontre de Genève a fait l’objet de nombreuses négociations. Pablo Beltran et Antonio Garcia, membre du commandement central et responsable militaire de l’ELN, ont en effet effectué plusieurs voyages en Europe.

Un obstacle nommé «Plan Colombia»

Si le dialogue instauré entre le gouvernement colombien et l’ELN d’un côté, entre ce même gouvernement et les FARC de l’autre, les deux principaux groupes insurrectionnels du pays, est unanimement salué, la méfiance voire la franche désapprobation domine en revanche à l’égard du «Plan Colombie», du président Pastrana. Ce plan, qui pourrait bien refroidir le processus en cours, a été adopté fin juin par le Sénat des Etats-Unis. Alors qu’il est largement critiqué par l’Union européenne, plus que réservée sur la question. Une position que partage du reste la Suisse, avait confirmé il y a quelque jours le DFAE à Berne. (apic/pr)

24 juillet 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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