Appel au Conseil fédéral pour lutter efficacement contre la pauvreté

Genève: Oeuvres d’entraide et syndicats unis pour un changement de cap économique

Genève, 12 juin 2000 (APIC) Les œuvres d’entraide, les syndicats et les organisations d’action sociale travaillant en Suisse demandent qu’un tournant soit pris dans la politique économique et sociale menée au plan mondial. Le Conseil fédéral, à leurs yeux, doit saisir l’occasion de la Conférence sociale des Nations Unies qui se tiendra à Genève (Copenhague + 5) fin juin pour présenter cette revendication.

Selon les organisations réunies en plate-forme à Genève vendredi soir, «au lieu de battre la pauvreté en brèche et de promouvoir le développement social, la politique de globalisation engendre de nouveaux problèmes dans le monde et en Suisse. Pour réussir à lutter efficacement contre la pauvreté, le chômage et l’exclusion sociale, il faut que le Conseil fédéral élabore un plan national contre la pauvreté, contre le chômage caché et la discrimination en raison du sexe et du passeport à l’intérieur de la Suisse».

Peter Niggli, directeur de la Communauté de travail des oeuvres d’entraide (Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas et Caritas) a profité de la conférence de presse pour mettre le doigt sur le large fossé qui se creuse entre les résolutions de Copenhague et la politique économique prévalant dans le monde.

Les répercussions néfastes de la libéralisation

Il a aussi expliqué que les buts sociaux de Copenhague étaient incompatibles avec la politique de libéralisation, de privatisation et de déréglementation du FMI, de l’OMC et de l’OCDE. En Asie, la déréglementation des marchés financiers, également voulue par la Suisse, a par exemple plongé des millions de personnes dans la pauvreté et les a privées de leur emploi. «Si la pauvreté est effectivement le défi à relever au 21esiècle, Genève doit revoir en détail la politique économique mondiale sous l’angle de sa comptabilité sociale», a conclu Peter Niggli. Parmi les mesures concrètes, il a particulièrement mentionné le désendettement rapide et sans conditions des pays les plus pauvres ainsi que le lancement d’une taxe sur les transactions de capitaux à des fins spéculatives (Taxe Tobin) comme plusieurs Etats le proposent à Genève.

«Les résolutions de Copenhague valent aussi pour la Suisse», a insisté de son côté Colette Nova, secrétaire exécutive de l’Union syndicale suisse (USS). Dans notre pays, un pourcentage élevé d’actifs reçoit des salaires n’assurant pas la base de l’existence. Les bas salaires et la «précarisation» toujours plus grande ont gonflé les rangs des «working poor». La secrétaire syndicale a réclamé des salaires garantissant une vie décente d’au moins 3’000 à 3’400 francs suisses bruts par mois et une bouffée d’oxigène pour les bas et moyens revenus sous la forme du financement social de l’assurance maladie.

Le malencontreux travail sur appel

Denis Torche, secrétaire de la Confédération des syndicats chrétiens de Suisse (CSC), a enfin souligné que la concurrence à laquelle se livrent tous les pays de la planète conduisait à démanteler les droits du travail acquis de longue lutte. Comme à détériorer les propres conditions de travail. «Plus de 100’000 femmes en Suisse, a-t-il déploré, travaillent aujourd’hui sur appel de leur employeur».

La plate-forme présente vendredi à Genève est composée, outre de la Communauté de travail (Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas et Caritas) de l’Entraide protestante suisse (EPER), de l’Oeuvre d’entraide ouvrière (OSEO), de la Conférence suisse des institutions sociales (CSIAS), de l’Union syndicale suisse (USS), de la Confédération des syndicats chrétiens de Suisse (CSC) et de l’Association suisse des professionnels de l’action sociale (ASPAS). (apic/com/ba)

12 juin 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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