Un lieu de mémoire vivante

Genève: Ouverture du Musée de la Réforme à Genève

Michel Bavarel, agence Apic

Genève, 17 avril 2005 (Apic) Le Musée International de la Réforme a été inauguré, en cette fin de semaine, dans la cité de Calvin. S’il n’occupe qu’un espace restreint, au rez-de-chaussée et dans les sous-sols de la Maison Mallet, sur l’emplacement de l’ancien cloître de Saint-Pierre, il n’en contient pas moins une abondance de trésors présentés d’une manière attrayante.

Ce musée s’ouvre alors que les réformés ne constituent plus qu’une minorité des habitants de la «Rome protestante». S’agit-il d’un enterrement de première classe ? a-t-on demandé à la directrice, Isabelle Graesslé. Celle-ci a opposé un ferme démenti à cette assertion. «Ce musée est un lieu de mémoire vivante, a-t-elle affirmé. La Réforme doit toujours être recommencée et nous allons y contribuer.» Il s’agit de naviguer entre deux écueils: celui d’oublier l’histoire et celui de s’y réfugier.

Faisant allusion à de récents événements dans le monde catholique, Isabelle Graesslé relève que, toujours à contre-courant, les protestants se passent d’un porte-parole charismatique. «La case du grand homme, chez nous, reste vide. Il n’empêche qu’on ne doit pas avoir honte de se mettre en valeur.» On sait aussi rire de soi-même, comme le montre la salle des caricatures ou, dans un couloir du sous-sol, des dessins d’Albert de Pury. Ce dernier met ces mots dans la bouche d’un pasteur : «Tout est permis. A condition que cela ne fasse pas plaisir».

Rendre attrayants d’austères personnages

C’est à la fin du 19ème siècle qu’a été conçue l’idée d’un musée de la Réforme. Le projet a été repris en 1959. Il est enfin réalisé grâce, en particulier, à une mise de fonds de la banque Pictet & Cie qui fête son bicentenaire. Charles Pictet a souligné, lors de la conférence de presse, que sans la Réforme, la renommée de Genève ne serait pas la même. Elle la doit en effet, pour une bonne part, aux réfugiés huguenots qui y ont été accueillis. Une maquette montre comment l’on a surélevé les immeubles de la ville pour faire face au doublement de la population, de dix à vingt mille habitants, en dix ans, de 1550 à 1560.

Il n’était pas facile de rendre attrayant un musée contenant essentiellement des livres, des manuscrits ou des tableaux représentant d’austères personnages. Et cela d’autant moins que la Réforme a privilégié l’ouïe – le chant et la musique – plutôt que la vue. C’est ce qu’a souligné Olivier Fatio, le président du Conseil de Fondation du Musée. Le défi a été relevé par les muséographes Sylvia Krenz et René Schmid qui ont mis en oeuvre des techniques audiovisuelles perfectionnées. Ils sont parvenus à rendre la visite à la fois agréable et passionnante.

La fête de l’Espace Saint-Pierre

C’est ainsi qu’on peut entendre des assiettes, figurant divers penseurs, débattre de la prédestination ou assister, assis sur des chaises design, à une présentation originale de l’histoire de la Réforme. Environ 400 objets garnissent les douze salles. Mention particulière doit être faite de la donation, par le collectionneur Jean Paul Barbier-Mueller, de manuscrits, d’ouvrages et de gravures du 16ème siècle sur la Réforme en France et les guerres de religion.

Les sous-sols du Musée de la Réforme, où l’on peut écouter de la musique des grandes religions, donnent accès au site archéologique de la cathédrale. C’est ainsi qu’est constitué l’Espace Saint-Pierre où se déroule, en cette fin de semaine, une fête populaire et didactique. Entre autres, un maître horloger, un imprimeur ou un créateur de vitraux feront découvrir leur métier. (apic/mba/be/pr)

17 avril 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!