Genève: Plein feu de la revue «Choisir» sur les vacances et l’art de vivre
Prendre le temps
Genève, 1er juillet 2005 (Apic) Avec les vacances revient le temps… de prendre le temps. La revue culturelle «Choisir», éditée à Genève par les jésuites romands, a interrogé la philosophie, la psychologie, la religion et la littérature à propos du temps, «un des biens les plus précieux qui nous soit accordé par le Créateur», et derrière lequel la plupart d’entre nous courons sans relâche…
«Vivre est un art; la société actuelle en a fait une performance à caractère économique», dénonce d’emblée Pierre Emonet, rédacteur en chef de «Choisir», dans son éditorial. Pourquoi, l’espace d’un été, ne pas s’appliquer à secouer la tyrannie du rendement et de la performance? «Lorsqu’il a le courage de dire non, de récuser le tourbillon sans plus s’inquiéter du désir d’être reconnu, de devenir riche, de réussir, pour prendre simplement le temps de vivre et de goûter ce qui lui est donné, alors seulement un homme commence vraiment à vivre. Jusqu’alors il se contentait d’exister», écrit encore Pierre Emonet.
Expérimenter le temps, c’est vivre une quête existentielle. Alliant intelligence conceptuelle et ressenti métaphysique (le concept de temps échappe tant aux théories scientifiques qu’aux réflexions philosophiques), le philosophe Michel Cornu propose un essai intitulé Le temps d’exister. Ouverture sur «l’événement» qui survient d’un ailleurs que l’on ne maîtrise pas et qui demande de notre part lâcher prise et espérance.
L’art de s’aménager des îlots de lenteur
Abordant la réflexion à partir d’autres angles, la psychanalyste Marie Romanens et le président de la Fondation Diagonale, Michel-Maxime Egger expriment la même idée. Le développement des lois du marché et les progrès technologiques conduisent à une accélération du temps apte à mettre en péril le devenir de l’être humain, car parler de rythme «inhumain» n’est pas une métaphore. Nécessité spirituelle, certes, mais aussi enjeu politique, notre société doit s’attacher à recouvrer la saveur du temps qualitatif et aménager des îlots de lenteur.
Le Shabbat est justement un de ces îlots, et de ce fait conserve toute sa signification pour le monde d’aujourd’hui. C’est ce que démontre Jean Halpérin dans Les enseignements du Shabbat. Expérience hebdomadaire de liberté plénière et de fraternité, le Shabbat, «loin d’être une évasion hors du temps, lui donne tout son sens en empêchant sa banalisation «.
Le lecteur trouvera encore dans ce numéro une apologie de la lenteur et de ses si précieux enfants – la délicatesse et la volupté – par Gérard Joulié, qui nous ballade sur le sillage de grands auteurs de la littérature.
Enfin, l’historien Karel Bosco propose de redécouvrir Emmanuel Mounier, un penseur engagé, né il y a cent ans, disparu en 1950, et dont la pensée est toujours d’actualité. (apic/com/pr)




