Genève: Première conférence européenne sur «le racisme anti-Noir»

«Banalisation du racisme en Europe»

Genève, 19 mars 2006 (Apic) Vendredi 17 et samedi 18 mars s’est tenue, à Genève, la «première conférence européenne sur le racisme anti-Noir». Elle a rassemblé, dans les locaux du Conseil oecuménique des Eglises plus d’une centaine de personnes d’ascendance africaine vivant sur notre continent, ainsi que des sympathisants blancs. On a souligné en particulier une recrudescence et une banalisation du racisme en Europe.

C’est le rapporteur spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines de racisme, de la discrimination et de la xénophobie, le Sénégalais Doudou Diène, qui a dressé le constat de cette recrudescence, lors de son exposé inaugural. Une recrudescence des «anciennes formes du racisme» auxquelles s’ajoute, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, «une nouvelle forme découlant de la lutte contre le terrorisme».

Doudou Diène relève également une banalisation du discours raciste et xénophobe. Face à l’immigration clandestine et à l’arrivée des requérants d’asile, des partis «dits démocratiques» n’hésitent pas à inclure un tel discours dans leur programme. Et selon le rapporteur, comme ces partis accèdent maintenant au pouvoir, il y a «passage à l’acte». C’est-à-dire mise en oeuvre de politiques xénophobes.

Le rapporteur spécial insiste surtout sur la légitimation du racisme, qui est «une construction intellectuelle». Le racisme anti-Noir, en particulier, a été élaboré pour justifier la pratique économique et commerciale de la traite négrière, «première forme de mondialisation». Sa légitimité s’est forgée avec l’aval de l’Eglise et l’Europe des Lumières. Selon Doudou Diène, «c’est le côté sombre des Lumières : on a théorisé l’infériorité culturelle et humaine des peuples noirs».

Aujourd’hui, à ses yeux, l’Europe doit passer d’une identité où l’Européen blanc se conçoit comme le modèle de l’être humain à une identité multiculturelle. Combattre le racisme ne consiste pas seulement à s’attaquer aux discriminations dans des domaines comme le travail ou le logement. Les Noirs n’ont pas à se présenter dépouillés de leur culture, leurs valeurs ou leur éthique pour s’intégrer : il faut que celles-ci soient reconnues. Comme doivent être reconnues les spécificités des autres peuples – arabes, juifs, entre autres – vivant en Europe.

La Suisse et le durcissement de la loi sur l’asile

Les participants se sont ensuite répartis dans des ateliers. Cette conférence a été mise sur pied avec le concours d’autres associations européennes, par le Carrefour de réflexion et d’action contre le racisme anti-Noir (CRAN).

Le président de la Commission fédérale des étrangers, Francis Matthey, a reconnu que la commission n’a pas réussi à suffisamment influencer les lois sur l’asile et sur les étrangers adoptées par les Chambres le 16 décembre dernier. «C’est l’obsession des abus qui a détourné les députés de la raison et de la clairvoyance», a-t-il déclaré. Il a cependant relevé que la ségrégation ne se marque pas avec acuité dans notre pays, grâce notamment aux efforts des écoles. Autre point noir, le soutien accordé par certains milieux économiques helvétiques au régime de l’apartheid d’Afrique du Sud. (apic/mba/vb)

19 mars 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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