Les Africains demandent des indemnisations aux colonisateurs

Genève: Ralentissement dans la préparation de la Conférence mondiale contre le racisme

Genève, 4 juin 2001 (APIC) La préparation de la Conférence mondiale sur le racisme stagne en raison de désaccords sur l’indemnisation de l’Occident à l’Afrique, la question palestinienne et l’universalisation des termes «apartheid» et «holocauste». Réuni dès le 21 mai à Genève, le comité préparatoire n’est pas arrivé à adopter les résolutions prévues pour la Conférence de Durban. La séance, prévue jusqu’au 1er juin, est prolongée d’une semaine.

L’Union européenne et les Etats Unis ont principalement manifesté leur opposition aux propositions émises au comité préparatoire sur les indemnisations par crainte des conséquence dans la prise en charge de leurs actions. Et qui dit actuellement responsabilité dit réparation et indemnisation. Les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne ont fait savoir que la question était trop complexe et source de division pour être soulevée à la Conférence mondiale sur le racisme, qui se tiendra du 31 août au 7 septembre à Durban en Afrique du Sud.

Le groupe des pays africains estime pour leur part que «les pays colonisateurs doivent assumer leurs responsabilités morale, économique, politique et légale» en versant des indemnités aux victimes. Saïdou Kane, Inspecteur général d’éducation en Mauritanie, défend que la traite atlantique des esclaves est le plus barbare des crimes contre l’humanité suivi de la colonisation, de l’arrêt du développement des savoirs traditionnels africains et des réunifications des différents royaumes dans un seul espace. Sans compter le pillage des ressources naturelles.

Les Etats-Unis se sont opposés à la mention de crimes contre l’humanité à propos du colonialisme et de l’esclavage. Washington est également opposé à des réparations, car les victimes ne sont plus vivantes.

«Il y a pourtant une jurisprudence à cet égard, le fonds d’indemnisation des banques suisses à l’égard des victimes du nazisme», a déclaré Alioune Tinele, coordonnateur des ONG africaines. Les pays occidentaux craignent pour leur part une cascade des plaintes devant les tribunaux.

Chaque pays responsable a un argument pour ne pas accepter l’esclavage et la colonisation comme crimes contre l’humanité. Les Américains veulent rappeler que le commerce des esclaves en Afrique centrale et orientale était organisé par des marchands arabes. Les Britanniques se cachent derrière l’argument juridique : à l’époque l’esclavage ne constituait pas un crime. Ils voient la traite des Noirs comme une «tragédie».

La Haut Commissaire aux droits de l’homme, Mary Robinson, a apporté son soutien aux pays exigeant des excuses des Etats-Unis et des anciennes puissances coloniales, pour leurs pratiques esclavagistes et coloniales.

Apartheid, holocauste et la question palestinienne

Le groupe des ONG (Organisations non gouvernementales) et les pays arabes veulent pour leur part élargir le champ d’application des termes «apartheid» et «holocauste» pour décrire les nombreuses violations des droits humains dans le monde. Il est clair pour tous que la question des Palestiniens est au coeur du problème. Les entités arabes veulent en effet élargir ces termes afin de les utiliser dans les documents officiels pour décrire la situation des Territoires occupés.

Yousri Moustafa, représentant de l’Institut des Droits de l’Homme au Caire, a affirmé: «La souffrance humaine n’est pas comparable, une violation est une violation, pourquoi utiliser des mots spécifiques pour certaines situations et pas pour d’autres?».

Israël a proposé d’utiliser «dikue», un mot de sa région pour décrire la discrimination au lieu d’apartheid. Mais Saïd El Bikri, avocat agréé auprès de la Cour Suprême au Maroc soutient que ce mot ne parle pas de la réalité qui subit le peuple palestinien.

La négociation pour faire figurer dans l’agenda de la Conférence mondiale contre la racisme à Durban la question palestinienne n’a pas abouti à une décision. Israël essaye de convaincre le comité de retirer la question du Proche-Orient de l’ordre du jour, en prétextant qu’il ne s’agit pas d’une question raciale mais de politique qui est en négociations.

Une semaine de prolongation, sans les ONG

Les ONG africaines demandent également la fin des discriminations contre les immigrés noirs et des traitements inhumains dans les ambassades, le rapatriement des fonds des dictateurs. Ils lancent également un appel pour des poursuites contre les marchands d’armes et des sanctions contre les multinationales qui polluent l’environnement.

Les divergences et les discussions sont si dures que les Nations Unies ont décidé de prolonger d’une semaine la conférence préparatoire qui devait se clore vendredi 1er juin. Mais cette fois les ONG ne sont pas invitées. Seuls les 21 Etats membres des deux groupes de travail y participeront. (apic/ines/bb)

4 juin 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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