Mouvements féminins organisés de façon non-ethnique
Genève: Recherche du rôle de femmes yougoslaves lors du conflit des Balkans
Genève, 6 juin 1999 (APIC) La sociologue Patricia Barandun vient de présenter à Genève les premiers résultats de sa recherche sur le rôle des femmes dans la guerre des Balkans, à l’occasion d’un débat organisé par les «Femmes suisses pour la paix». Elle a insisté sur l’opposition des femmes yougoslaves à la politique nationaliste et leur refus des antagonismes ethniques.
Le mouvement «Femmes suisses pour la paix» avait convié mercredi dernier à Genève la sociologue Patricia Barandun à présenter son étude sur le rôle des femmes dans la guerre des Balkans. Spécialiste des questions féminines, Patricia Barandun a déjà étudié le rôle des femmes dans le conflit israélo-palestinien et d’Irlande du Nord.
Première constatation: les mouvements féminins dans les Balkans s’organisent de façon non-ethnique. Il n’existe pas de «mouvement des femmes serbes pour la paix», ou de «mouvement des femmes croates pour la paix». Elles ne défendent pas la cause de leur ethnie. Elles sont unies par les mêmes préoccupations concernant le viol, la mort de leur mari ou le sort des enfants. En refusant la logique ethnique, elles s’inscrivent contre les pouvoirs en place.
Deuxièmement, les femmes mènent des actions civiles de rue où elles s’exposent à la moquerie, aux injures, voire à la violence des forces de l’ordre. Elles ont par exemple envahi le Parlement de Belgrade pour protester contre la politique belliqueuse de Milosevic. Ce coup d’éclat leur a valu les sarcasmes des médias serbes qui ont ridiculisé leur action. Et lorsqu’elles descendent dans la rue pour crier des slogans pacifistes, elles se heurtent à l’hostilité des badauds ou des policiers qui les agressent physiquement ou verbalement. Toute expression d’opposition politique étant proscrite en temps de guerre, il faut user d’un courage certain pour braver ainsi les tentatives d’intimidation du pouvoir.
Enfin, les femmes n’ont aucun appui dans «l’establishment» politique yougoslave. Raison pour laquelle elles tissent des liens avec des mouvements féministes à l’étranger. Ainsi, elles bénéficient de relais en Occident pour plaider leur cause, sensibiliser l’opinion publique et obtenir un soutien financier. En revanche, elles n’ont que peu d’impact sur le gouvernement de leur pays, du fait qu’elles se placent hors de la classe politique traditionnelle et refusent de s’intégrer au paysage institutionnel yougoslave. Ce manque d’efficacité risque à la longue de s’avérer problématique. Et l’on pourrait assister à l’éclosion d’un parti féministe «classique» qui rentrerait progressivement dans le rang.
Pour terminer son étude qui sera publiée à l’automne sur une publication, Patricia Barandun bénéficie d’une bourse du «Fonds suisse de la recherche féminine pour la paix». Ce Fonds rassemble chaque année quelque 50’000 francs via des dons. La somme est ensuite redistribuée à des chercheuses souhaitant étudier le monde contemporain avec une approche féministe. Reste que l’intérêt pour ce type de réflexion n’est pas encore très développé. En effet, à l’heure actuelle, le Fonds a du mal à distribuer l’intégralité de ses subventions, faute de chercheuses intéressées. Un réflexe qu’explique en partie la réticence des universités à reconnaître de tels travaux.
Patricia Barandun a également évoqué l’action pédagogique des «Femmes suisses pour la paix» qui dispensent une formation aux fonctionnaires suisses en mission à l’étranger – diplomates, observateurs militaires, négociateurs – afin qu’ils prennent en compte les réalités spécifiques vécues par les femmes. C’est d’autant plus important que, sur le terrain, ce sont surtout des femmes qui s’adressent aux missions internationales pour la paix. (apic/spp/jop/ba)




