Konrad Raiser souhaite désamorcer certaines tensions
Genève: Relations COE et Eglise orthodoxe russe
Genève, 21 septembre 1997 (APIC) Le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), devrait se rendre en Russie au début de l’an prochain pour tenter de résoudre les difficultés qui affectent les relations entre le COE et sa plus grande Eglise membre, l’Eglise orthodoxe russe.
Interviewé au siège du COE à Genève la semaine dernière, le pasteur Raiser a déclaré au correspondant des «Nouvelles oecuméniques internationales» (ENI) que le projet de cette visite avait été approuvé lors d’une réunion qu’il avait eue à Genève avec un représentant influent de l’Eglise russe, le métropolite Kirill de Smolensk et Kaliningrad.
La visite du pasteur Raiser pourrait aider à diminuer le sentiment d’hostilité à l’égard de l’oecuménisme qui existe actuellement au sein de certaines Eglises membres du COE en Russie et dans la région avoisinante. Au début de cette année, l’Eglise orthodoxe de Géorgie s’est retirée du COE, et le Conseil des évêques de l’Eglise orthodoxe russe a décidé de consulter d’autres Eglises orthodoxes sur la participation au COE. Les hauts responsables du Patriarcat de Moscou de l’Eglise orthodoxe russe sont soumis à la pression de ceux qui, au sein de l’Eglise, réclament la rupture des relations avec le mouvement oecuménique.
Cette hostilité à l’égard de l’oecuménisme est en grande partie une réaction provoquée par l’arrivée massive des valeurs occidentales et du christianisme occidental, protestant et catholique romain, depuis la chute du communisme.
Changements considérables dans la vie interne des Eglises orthodoxes
«Nous sommes tout à fait conscients des changements considérables qui sont intervenus dans la vie interne des Eglises orthodoxes», a fait remarquer le secrétaire général du COE, et cette nouvelle situation «oblige toutes les Eglises membres du COE, les autorités gouvernementales, tous les partenaires extérieurs, à réexaminer leur relation avec les Eglises orthodoxes». Il a souligné par ailleurs que le COE était prêt à entamer un tel processus de réévaluation.
Pour le secrétaire général du COE, l’ambivalence de la participation orthodoxe au mouvement oecuménique est un résultat d’un profond dilemme interne. D’une part, la tradition chrétienne orthodoxe est profondément engagée en faveur de l’unité du christianisme. D’autre part, pour les chrétiens orthodoxes, le seul modèle d’unité chrétienne est l’Eglise orthodoxe. «C’est un dilemme objectif, et je ne vois pas de solution», a ajouté le pasteur Raiser.
«Faire mieux entendre la voix orthodoxe»
Les Eglises orthodoxes se plaignent de ne représenter qu’un groupe minoritaire au sein du COE, dont la majorité des Eglises membres sont protestantes. Pour certains chrétiens orthodoxes, des changements institutionnels sont nécessaires pour permettre à la «voix
orthodoxe» de se faire mieux entendre. Certaines de ces critiques ont été formulées lors de la réunion du Comité central, réuni à Genève du 11 au 19 septembre.
«Le christianisme orthodoxe ne peut pas être une minorité ignorée, qui est traitée poliment, mais qui ne peut en réalité influencer l’ordre du jour du COE», a souligné le métropolite Kirill. Il s’est par ailleurs déclaré favorable à la mise en place d’une nouvelle structure basée sur «les familles d’Eglises». Une structure similaire, promouvant un partenariat sur un pied d’égalité entre les «familles» d’Eglises orthodoxes, orthodoxes orientales non chalcédoniennes, catholique romaine et protestantes, forme la base de travail du Conseil des Eglises du Moyen-Orient.
La possibilité d’une telle structure a été avancée par le patriarche Aram Ier, catholicos du siège de Cilicie de l’Eglise apostolique arménienne, président du Comité central du COE, et a suscité un débat animé, notamment entre les orthodoxes. Certains d’entre eux estiment qu’elle renforcerait leur rôle au sein du COE et assurerait un partenariat égal avec les Eglises protestantes occidentales.t Au correspondant d’ENI, le pasteur Konrad Raiser a précisé que le métropolite Kirill et lui-même avaient décidé «d’entamer un processus de sérieuse réflexion sur le style de travail du COE», y compris la possibilité d’un modèle basé sur les «familles d’Eglises».
Deux branches de l’orthodoxie
Le pasteur Raiser se demande si cela peut être facilement applicable dans le cadre du COE. D’un côté, a-t-il dit, il existe en fait deux branches de l’orthodoxie – les Eglises orthodoxes et les Eglises orthodoxes orientales non chalcédoniennes – qui sont considérées comme deux ’familles’ dans le cas du Moyen-Orient. «D’un autre côté, nous semblons rassembler, dans une perspective orientale, des Eglises si différentes en raison de leur origine, leur théologie et leur ecclésiologie, comme les anglicans et les baptistes. «Afin de mieux répondre aux intérêts des chrétiens orientaux au sein du COE, a-t-il fait remarquer, la notion de la «famille» pourrait être appliquée dans le cadre de la Commission «Foi et Constitution» qui traite des aspects théologiques et compte parmi ses membres l’Eglise catholique romaine et des groupes pentecôtistes, qui ne sont pas membres du COE. En même temps, au sein des instances dirigeantes la solution pourrait être de «réduire les occasions où nous devons voter et ainsi établir une majorité vis-à-vis d’une minorité». Le COE devrait «opérer sur un base de consensus» autant que possible, a précisé le pasteur Raiser. (apic/eni/ba)



