Genève: Rencontre avec le cardinal Cottier après la sortie de «Itinéraire d’un croyant»
Un témoin de la foi au milieu des tempêtes
Bernard Bovigny, Apic
Genève, 4 octobre 2007 (Apic) Le cardinal Georges Marie Cottier, ancien théologien de la Maison pontificale, a rencontré jeudi à Genève les journalistes catholiques romands à l’occasion de la sortie du livre «Itinéraire d’un croyant» (*) qui lui est consacré. Communisme, marxisme, nazisme, mais également dialogue interreligieux, théologie de la libération, syncrétisme, . : aucun courant de pensée, aucune idéologie qui a marqué ces dernières décennies n’a échappé à l’analyse affûtée du dominicain.
«Ce livre m’a permis de découvrir toutes les activités que j’ai accomplies durant ma vie. Vous savez, je vis beaucoup dans le présent», a lancé le dominicain genevois âgé de 85 ans à la dizaine de journalistes présents à la rédaction de l’hebdomadaire «L’Echo». Il est vrai que le lecteur de l’ouvrage signé Patrice Favre, journaliste à La Liberté, ressort étonné de découvrir le très large spectre des causes, engagements et sujets d’études abordés en profondeur par le Père Cottier durant sa vie. Aucune tempête qui a secoué le monde politique durant le siècle dernier et au début du 21e siècle, aucun courant qui a traversé l’Eglise en profondeur durant cette même période, aucune initiative important, intra-ecclésiale ou interreligieuse, menée par le Saint-Siège n’a échappé à l’analyse approfondie du professeur de philosophie devenu théologien du pape à 67 ans, un âge où tous ses contemporains goûtaient aux joies de la retraite.
La richesse d’un parcours de vie
Patrice Favre lui-même se dit surpris par la richesse de ce parcours de vie. «Je connaissais surtout le théologien de la Maison pontificale, et j’ai découvert en rédigeant ce livre tout son engagement qui a précédé cette deuxième carrière». Et de citer entre autres l’amitié du Père Cottier pour Jacques Loew et les prêtres ouvriers, son activité d’expert auprès de Mgr de Provenchères, puis du cardinal Journet, lors du Concile Vatican II (ce qui lui donne d’autant plus de légitimité pour analyser les années d’après-concile), et sa spécialisation sur l’athéisme de Karl Marx, dont il a fait sa thèse de philosophie, et qui l’a guidé lors des relations avec les pays communistes. Ses années passées au Vatican ont été marquées notamment par les efforts de rapprochement avec les juifs et les questions du repentir de l’Eglise, face à l’Inquisition entre autres.
Prolongeant les réflexions contenues dans l’ouvrage qui lui est consacré, le cardinal Cottier a répondu aux questions des journalistes présents et rappelé les combats qu’il a menés durant sa vie. Commentant l’effondrement du rideau de fer qui a débouché dans les pays de l’Est sur une situation désastreuse, il pointe le doigt sur les méfaits déjà présents dans le communisme. «Le matérialisme du communisme ne leur a pas rendu service. Les habitants ont découvert dans les pays occidentaux ce matérialisme qu’ils recherchaient», lance-t-il. Quant à la misère qui sévit actuellement dans de nombreuses régions à l’est, elle est due d’une part à la pauvreté déjà existante auparavant et d’autre part à la négligence dans l’éducation des personnes.
L’option préférentielle de l’Eglise pour les plus pauvres
Interrogé sur l’accusation d’influence marxiste exprimée par le Saint-Siège à l’égard de la théologie de la libération, le Père Cottier tient à préciser que ce mouvement a constitué une immense prise de conscience de la misère qui sévit dans de nombreuses régions d’Amérique latine. Il est cependant vrai que certains théologiens, selon lui, ont adopté le marxisme comme outil d’analyse et d’engagement, ce que le Saint-Siège ne peut accepter. C’est pour cette raison que Leonardo Boff a été sanctionné. «Mais cela ne concerne pas la théologie de la libération en tant que telle, ni l’ensemble de ses théologiens», a précisé le cardinal Cottier, en soulignant que ce mouvement de pensée a permis de souligner l’option préférentielle de l’Eglise pour les plus pauvres, «dans une région du monde où cohabitent de façon choquante la plus grande richesse matérielle et la plus grande misère». Que le Saint-Siège ait nommé, notamment au Brésil et au Pérou, des évêques traditionalistes qui ne font pas de l’engagement social de l’Eglise leur priorité, l’ancien théologien de la Maison pontificale en est conscient. «Vous savez, les nominations d’évêques résultent d’une procédure complexe et dépendent beaucoup des rapports transmis par les nonces à Rome», relève-t-il, un peu embarrassé.
Le syncrétisme, une «valeur qui arrange tout le monde»
L’ancien professeur de philosophie est resté très sensible aux courants de croyance qui ont traversé ou qui traversent encore la société. Il relève que nous vivons une période marquée par le syncrétisme. «Une valeur qui arrange tout le monde». «Le doute est devenu la normalité», lance pour sa part Patrice Favre, qui a consacré plusieurs chapitres de son ouvrage à la question du rejet de la vérité, un thème qui a également marqué le pontificat de Jean Paul II, auteur de l’encyclique «La splendeur de la vérité».
Interrogé sur le dialogue avec les musulmans, le cardinal Cottier se montre pour le moins sceptique face à la capacité de l’islam d’assimiler le modernisme. «Une lecture scientifique du Coran changerait beaucoup de choses, elle permettrait de discerner l’essentiel. Mais l’islam est davantage qu’une religion. C’est une structure sociale très forte, qui peine à évoluer», commente-t-il.
Jean Paul II a imprimé à l’Eglise catholique l’image de sa personne. «C’est vrai, mais ce n’était pas calculé», assure celui qui a collaboré avec lui durant une dizaine d’années. «Mais je trouve que les évêques ne parlent pas assez. Ils laissent le pape faire. Ils sont sans doute trop pris par les tâches administratives. Or, leur premier devoir est celui de la parole».
Encadré:
Les suites d’une interview jamais publiée
L’idée de l’ouvrage signé Patrice Favre est venue d’une interview réalisée au Vatican le 19 avril 2005, en plein conclave, et qui n’a pas pu être publiée en raison de l’élection, ce même jour, du pape Benoît XVI. Pourquoi ne pas reprendre cet entretien, le poursuivre et en faire un livre, s’est demandé le journaliste de «La Liberté». Une série de rencontre entre le cardinal Cottier et Patrice Favre, à Rome et à Fribourg, débouchera deux ans et demi plus tard sur la sortie de «Georges Cottier / Itinéraire d’un croyant». Le journaliste a pris l’heureuse option d’alterner le récit de la vie du cardinal Cottier avec des petites interviews de fin de chapitre destinées à approfondir ses nombreux engagements. Ainsi, l’égrènement des souvenirs par le dominicain ne suit pas un ordre purement chronologique, mais une logique par thèmes. On découvre au début de cet ouvrage une personnalité religieuse très proche du cardinal Journet, avec qui il a partagé un rejet sans équivoque de l’idéologie nazie, au temps où beaucoup de représentants de l’Eglise étaient tentés d’y voir une barrière contre le communisme. Puis ses nombreuses autres rencontres (Jacques Loew, le Frère de Taizé Max Thurian, les Pères du Concile, .) lui permettront d’affiner sa vision du monde. Mais lorsqu’il aborde une question théologie, politique, philosophique ou idéologique, Georges Cottier ne s’appuie pas uniquement sur des connaissances acquises dans des ouvrages, ni à travers ses très nombreuses relations. C’est d’abord sur le terrain qu’il a approfondi ces valeurs avant de porter un jugement. Une vie pleine et passionnante, racontée avec un style voulu accessible au grand public.
(*) «Georges Cottier / Itinéraire d’un croyant», Patrice Favre, Editions CLD / La Liberté, 258 pages, 20 euros – 40,50 frs
(apic/bb)




