Genève: Rencontre interreligieuse pour la paix

Un thème rassembleur: «Dans la vérité, la paix»

Gladys Théodoloz, responsable de l’information au vicariat épiscopal de Genève

Genève, 1er février 2006 (Apic) Une foule nombreuse se pressait mardi soir 31 janvier en l’église Saint-Nicolas-de-Flue, à Genève, où se tenait, comme tous les ans à la même période, une célébration interreligieuse pour la paix. Thème de la rencontre: «Dans la vérité, la paix». Un thème rassembleur, choisi par le pape Benoît XVI lui-même à l’occasion de la Journée mondiale de la paix 2006.

Célébrée traditionnellement le premier janvier, la Journée mondiale de la Paix prend à Genève, ville internationale, un relief très spécial. L’Eglise catholique romaine et la Nonciature apostolique auprès de l’ONU profitent en effet de l’occasion pour organiser chaque début d’année une rencontre de prière et de réflexion à laquelle sont invités tout particulièrement les fonctionnaires internationaux, ambassadeurs et diplomates.

OEcuménique à l’origine, cette célébration, au fil des ans, s’est ouverte aux autres religions. Des représentants du bouddhisme, de l’islam et du judaïsme y participent désormais avec régularité, aux côtés de personnalités des différentes traditions chrétiennes, et la rencontre du 31 janvier n’a pas fait exception à la règle. Autour de Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, de son auxiliaire, Mgr Pierre Farine, et de Mgr Silvano Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Organisations internationales, étaient rassemblés le Vénérable Tawalama Dhammika, président du Centre international bouddhiste de Genève, Izhak Dayan, Grand Rabbin de la Communauté israélite de Genève, Hafid Ouardiri, porte-parole de la Mosquée de Genève, le Métropolite Jérémie de Suisse et le pasteur Roland Benz, modérateur de la Compagnie des pasteurs de l’Eglise protestante genevoise. Chacun a livré une réflexion, mettant en évidence les enjeux et les embûches du combat (pacifique) pour la paix.

Paix fleuve ou paix oiseau ?

Le Vénérable Dhammika a ainsi rappelé que la pratique de la paix était ardue, nécessitant l’exercice de la patience, de la tolérance et du pardon inconditionnel. Même constat de la part de Mgr Jérémie: le principe de paix est difficile à mettre en pratique, en raison des nombreux autres intérêts sociaux qui nous dominent et régissent nos rapports. Seule la vérité de Dieu libère l’homme de ses doutes et de ses impasses.

Quant au Grand Rabbin Dayan, il a mis en relation la notion de paix et celle «d’harmonisation des contrastes», précisant qu’il existe dans la tradition juive deux formes de paix, la paix fleuve et la paix oiseau. La première, pour laquelle nous devons prier, est un dynamisme de prospérité et d’amour entre les peuples et avec Dieu, alors que la seconde n’est qu’une paix précaire, «obtenue au prix d’une force entretenue afin de dissuader l’ennemi».

Le fléau du terrorisme

Dans un dialogue de son crû entre la vérité et la paix, Hafid Ouardiri, pour sa part, a proposé une réflexion sur le terrorisme: «Quelle horreur que ce fléau qui traumatise jusqu’au foetus dans le giron de sa mère. En vérité, je ne cesse d’entendre dire que le terrorisme existe depuis toujours là où la relation dominant-dominé vise à l’anéantissement du plus faible. Mais il y a le droit international pour protéger les faibles des abus des forts, et c’est ce que doit faire respecter l’ONU!»

Le pasteur Roland Benz a souligné que si la vérité est une condition pour la paix, elle n’est pas suffisante, car elle reste source potentielle de violence. L’exemple de Jésus est très parlant à cet égard: «Sa vérité pacifiante a abouti à la violence de sa mort par les pouvoirs en place, menacés dans leur ’vérité’ de dominateurs». Comment sortir de l’impasse? Le pasteur Benz a offert, en guise de réponse, quatre convictions puisées chez l’archevêque anglican Desmond Tutu: celle que l’amour de Dieu ne nous fait jamais défaut quoi que l’on fasse, celle que chacun est capable du pire, celle que nous sommes tous capables, par grâce divine, de bonté, de générosité et de clémence, et celle, enfin, que l’univers est moral, ce qui signifie «qu’en aucun cas, le mal, l’injustice, l’oppression, les mensonges, ne peuvent avoir le dernier mot».

Promouvoir les grandes valeurs

Mgr Bernard Genoud, enfin, a rappelé que la vérité et l’amour sont les deux poumons de la paix. «Si nous voulons la servir, il s’agit aujourd’hui d’avoir le courage de la vérité, et d’abord la vérité sur l’homme». Car l’homme n’est pas qu’un peu de poussière organisée, il est souffle de Dieu et soif de vérité. De grands idéaux l’animent, au-delà de son malaise, de ses errances et de ses doutes. Et son désir le plus indéracinable est celui du bonheur éternel. C’est ce qui explique son élan vers les grandes valeurs et vers Dieu, qui est l’autre vérité fondamentale. Un Dieu qui se définit lui-même comme étant la vérité, le chemin et la vie. Un Dieu qui vient à nous sous les traits d’un petit enfant, présenté par les anges de Bethléem comme le Prince de la Paix. Un Dieu que le croyant nomme lorsqu’il prononce les mots de justice, de paix, de fraternité, de beauté, de partage et d’amour. Ces grandes valeurs nous permettent d’exister, et il n’y aura pas de paix possible entre les hommes tant qu’elles ne seront pas acclamées et reconnues unanimement. C’est pourquoi Mgr Genoud voudrait voir promus et enseignés à l’école, depuis la maternelle jusqu’à l’université, les «grands principes de la morale et un code de valeurs essentielles pour nous ouvrir les chemins de la paix». Ces valeurs, sur lesquelles toute vie sociale est basée, s’appellent, par exemple, le sens civique, le respect de la vérité, la solidarité, la fidélité à la parole donnée, le sens du service, de même que «la résistance à l’esprit de consommation effrénée et aux sirènes de la facilité». (apic/gt/bb)

1 février 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!