Genève: Réunion du Comité central du Conseil oecuménique des Eglises (COE)

La «cyber-communauté» menace l’identité de l’Eglise

Genève, 27 août 2002 (APIC) La mondialisation affecte aussi les Eglises et la «cyber-communauté» menace l’identité, l’intégrité et la viabilité de la communauté ecclésiale, constate le modérateur du Comité central du Conseil oecuménique des Eglises (COE), le catholicos Aram Ier, chef de l’Eglise apostolique arménienne de Cilicie.

S’adressant aux membres du Comité central du COE réunis à Genève du 26 août au 3 septembre, le catholicos arménien a estimé que la mondialisation est un processus irréversible: «nous ne pouvons y échapper et elle ne cesse d’affecter nos vies».

Alors que s’ouvre à Johannesburg le Sommet mondial sur le développement durable, qui aborde des questions semblables, le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE a affirmé lui aussi qu’en soumettant toutes les relations et interactions, au sein de la société, à la logique «économiste» du marché, la mondialisation provoque la désorganisation de la communauté et marginalise – ou exclut de toute participation – un grand nombre de gens et parfois même des communautés entières.

L’après 11 septembre: danger pour les libertés

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, «le monde et les Eglises sont confrontés à des défis dramatiques et inattendus», a poursuivi le secrétaire général du COE. «On ignore le droit international et l’on recommence à admettre qu’il peut être légitime de recourir à la force militaire pour atteindre des objectifs politiques.»

L’espoir que le choc des attentats du 11 septembre provoquerait la prise de conscience du fait que tout le monde est finalement vulnérable, et que cela favoriserait l’émergence de nouvelles formes de coopération et de solidarité «a été vain». Au contraire, dans les pays industrialisés qui détiennent le pouvoir, les populations et les gouvernements ont exigé des mesures de sécurité plus strictes contre les menaces du terrorisme.»

Les responsables religieux chrétiens et musulmans condamnent le terrorisme

Depuis la fin de l’année dernière, a rappelé le pasteur Raiser, il y a eu de nombreuses réunions interreligieuses de haut niveau, réunissant en particulier des responsables chrétiens et musulmans. Elles ont toutes fait des déclarations solennelles condamnant le terrorisme et la violence et affirmant leur engagement commun en faveur de la paix et de la réconciliation.» Néanmoins, souligne le secrétaire général du COE, «la sécurité est devenue la préoccupation première des gouvernements et des gens. Au nom de la sécurité, on met en veilleuse des normes internationales bien établies relatives aux droits de l’homme.»

Les 158 membres du Comité central examinent depuis lundi des propositions – qui pourraient être sujettes à controverses – concernant le processus de prise de décisions de l’organisation basée à Genève. Les orthodoxes voudraient avoir davantage droit au chapitre.

Les Eglises orthodoxes membres se plaignent en effet de la domination des points de vue protestants au sein de cette réunion de 342 Eglises, qui comprend toutes les grandes traditions – protestante, anglicane et orthodoxe – à l’exception de l’Eglise catholique romaine, qui collabore activement avec le COE sans en être membre.

Une réalité désormais incontournable

Bien que la mondialisation soit désormais une réalité incontournable, a constaté pour sa part le catholicos Aram, «nous ne devons ni la soutenir sans discernement, ni la rejeter aveuglément. Il nous faut adopter une attitude de réalisme critique.» «La mondialisation va toujours plus remettre en cause et menacer ce qui, dans nos ecclésiologies, tend à enfermer l’Eglise locale dans sa dimension paroissiale, provinciale ou nationale», a expliqué le modérateur du Comité central.

«En réaction, il faut que l’Eglise locale s’efforce d’entrer en interaction créatrice avec le global; elle doit réorganiser sa vie et sa mission de manière à faire partie intégrante du peuple universel de Dieu; enfin, elle devra redéfinir son concept du ’local’ en termes multiethniques, multiculturels et multiconfessionnels.»

L’oecuménisme ne fait plus toujours recette

Mais en même temps, observe le catholicos Aram Ier, en provoquant la désagrégation des communautés locales et en favorisant la «monosociété», la mondialisation connecte les gens entre eux au niveau planétaire, mais les isole au niveau local. La cyber-communauté menace l’identité, l’intégrité et la viabilité de la communauté ecclésiale.

«Pour bâtir une communauté, il ne suffit pas de créer des liens entre les gens. Il s’agit de créer une communauté dont la viabilité et l’intégrité seront garanties par des valeurs morales et spirituelles.» Dans un monde marqué par une recrudescence du régionalisme ainsi que le repli des Eglises sur leurs identités, le secrétaire général du COE affirme que l’oecuménisme ne fait plus toujours recette. «Chez beaucoup, le mot même d’oecuménisme provoque des réactions de suspicion et de rejet», a finalement reconnu le pasteur Konrad Raiser. JB

Encadré

La participation des orthodoxes au COE remise en cause: orientation trop libérale

Lors de cette rencontre du Comité central, c’est le rapport de la Commission spéciale sur la participation des orthodoxes au COE qui devrait être l’un des points les plus controversés de l’ordre du jour de la réunion. Ces dernières années, de nombreux orthodoxes ont reproché au COE d’être influencé par les vues occidentales, qu’ils jugent trop libérales, concernant le langage inclusif, l’ordination des femmes et la sexualité. Des Eglises membres estiment que les programmes de l’organisation sont trop dominés par les vues protestantes. Deux d’entre elles ont déjà quitté le COE: l’Eglise orthodoxe de Bulgarie et celle de Géorgie. JB

Encadré

Problèmes financiers: réserves épuisées, déficit de 6,6 millions de francs suisses

Les participants devraient aussi s’attaquer au problème épineux des finances du COE. Un rapport du COE a indiqué que la réserve générale du COE était épuisée suivant un déficit en 2001 de quelque 6, 6 millions de francs suisses (4,39 millions de dollars EU ) – soit cinq millions de plus que les prévisions.

Le COE constate qu’il rencontre actuellement des problèmes de liquidités et il a précisé que des responsables de l’organisation négocient en vue d’obtenir un prêt hypothécaire sur le Centre oecuménique qui devrait être couvert ces prochaines années par les revenus résultant des investissements.

Le pasteur Konrad Raiser secrétaire général du COE relève que face à la concurrence de nombreuses ONG, l’organisation manque d’argent. Les sources de financement sont en diminution, alors qu’augmente le nombre d’acteurs de la société qui se partagent les fonds disponibles. «Les Eglises et les organisations oecuméniques sont bien obligées de constater que leur rôle est de plus en plus concurrencé par des ONG laïques», constate le secrétaire général du COE. JB

Les illustrations de cet article sont à commander à l’agence CIRIC, Chemin des Mouettes 4, CP 405, CH-1001 Lausanne. Tél. ++41 21 613 23 83 Fax. ++41 21 613 23 84 E-Mail: ciric@cath.ch

(apic/eni/be)

27 août 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!