Aucun motif évoqué par l’administration américaine

Genève: Visa de travail de Tariq Ramadan pour les Etats-Unis annulé

Genève, 25 août 2004 (Apic) Le professeur de civilisation islamique et philosophe suisse Tariq Ramadan ne pourra finalement pas se rendre aux Etats-Unis. Son visa de travail a été annulé par l’administration américaine.

Tariq Ramadan a été nommé professeur à l’université catholique Notre- Dame près de South Bend dans l’Indiana. Il devait donner des cours sur les rapports entre religion, conflit et promotion de la paix. Or, le Département d’Etat américain avait annulé son permis de travail le 28 juillet, ont annoncé des responsables de l’université. Tariq Ramadan devait débuter son activité universitaire cette semaine.

Les services de l’immigration et des douanes (ICE), qui ont recommandé au département d’Etat de retirer le permis de travail, ont refusé de livrer les motifs de cette décision. «D’une manière générale, le critère pour une révocation est lié à la sécurité publique ou nationale», a affirmé Russ Knocke, un porte-parole de l’ICE.

L’intéressé se dit choqué par cette procédure.  » On ne peut pas, neuf jours avant l’entrée de quelqu’un à qui on a accordé un visa de travail, le lui refuser sans explication», a-t-il affirmé à l’agence Swissinfo. «Toutes nos affaires sont déjà aux Etats-Unis. Mes enfants sont inscrits dans des écoles américaines».

Tout comme la presse américaine, l’islamologue genevois pense que des pressions sont à l’origine de cette décision politique. Il mentionne le journal «Chicago Tribune», qui cite Daniel Pipes, responsable de Campus watch, un site qui surveille les universités américaines sur ce qui est dit à propos du conflit israélo-palestinien. «Daniel Pipes, rappelle Tariq Ramadan, a d’ailleurs déclaré qu’il voulait s’opposer à ma venue aux Etats- Unis.»

Sollicité par Bill Clinton et William Cohen

Selon lui, tout espoir n’est pas perdu. «L’université attend des explications des autorités et leur demande de reconsidérer sa position, tout comme une série de personnalités et d’universitaires américains», affirme Tariq Ramadan. Parmi les nombreuses sollicitations dont il est l’objet pour une conférence, il cite celle de l’ancien président Bill Clinton et de l’ancien secrétaire d’Etat à la défense William Cohen.

Côté suisse, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey est personnellement intervenue auprès de l’ambassade des Etats-Unis à Berne pour demander des explications, précise encore le professeur musulman.

Tariq Ramadan, âgé de 42 ans, enseignait l’islamologie au Collège De Saussure à Genève et à l’Université de Fribourg. Il dirige le Centre culturel islamique de Genève et il est membre du Groupe des Sages sur le Dialogue entre Peuples et Cultures de la Commission européenne. Cet intellectuel musulman a été cité en avril dernier par le quotidien «Time» parmi les 100 personnes les plus influentes de la planète. Il est le petit- fils du fondateur des Frères musulmans, l’Egyptien Hassan al-Banna. (apic/ag/bb)

25 août 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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