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Génocide au Rwanda: Prison à vie demandée contre un prêtre en exil en France

Kigali, 20 octobre 2006 (Apic) La Cour militaire de Kigali a requis mercredi la prison à vie contre l’abbé Wenceslas Munyeshyaka, prêtre catholique rwandais qui vit en exil en France. Il est soupçonné de participation au génocide de 1994 au Rwanda, indiquent des sources judiciaires citées par l’Agence France presse. Le prêtre est jugé par contumace. Son cas a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années.

«En raison de son rôle central dans la sélection (de Tutsis) par les milices et dans la supervision du massacre de centaines de personnes innocentes, nous demandons à la cour de condamner Munyeshyaka à la prison à vie», a déclaré à Kigali le major Christophe Bizimungu, cité par l’AFP, sorte de procureur général au sein de la justice militaire rwandaise.

L’abbé Munyeshyaka aurait aidé à la sélection de membres de la communauté tutsie qui allaient ensuite être massacrés, selon des témoignages de personnes qui s’étaient réfugiées en avril 1994 dans l’église de la Sainte-Famille, une paroisse de Kigali. Il est aussi accusé d’avoir violé des femmes tutsies qui avaient cru trouver refuge auprès de lui. L’abbé Munyeshyaka a toujours nié les faits reprochés.

Le Rwanda a lancé un mandat d’arrêt international contre le prêtre en décembre 2005 pour qu’il soit extradé. Mais il n’existe pas de traité d’extradition entre la France et le Rwanda.

Le prêtre vit en France depuis 1995 et officiait au début de l’année 2006 dans la paroisse de Gisors (ouest). Le génocide de 1994 au Rwanda a fait selon l’ONU environ 800’000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsie.

Une vieille affaire

Une information judiciaire avait été ouverte à Paris en janvier 1999 contre l’abbé Wenceslas Munyeshyaka, accusé d’avoir encouragé les massacres en 1994. Les deux commissions rogatoires internationales (septembre et octobre 2000) des juges français, dans lesquelles ils sollicitaient l’audition de témoins rwandais, sont restées sans réponse de la part du ministère de la Justice rwandais.

Le cas de l’abbé Munyeshyaka a fait couler beaucoup d’encre. En avril 1997, le directeur de la revue catholique contestataire «Golias» avait été condamné à une amende de 2’000 francs français pour avoir «diffamé le Père Wenceslas Munyeshyaka». «Golias», en accusant le prêtre rwandais d’avoir participé au génocide dans son pays 1994, – dans un dossier de 150 pages intitulé «Rwanda: l’honneur perdu des missionnaires» – a porté atteinte «à l’honneur, à la considération et à la dignité» du prêtre rwandais, avait fait valoir le tribunal correctionnel de Lyon. (apic/ag/arch/pr)

20 octobre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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