Lausanne: L’écrivain Pierre Calame plaide pour une économie durable
Gérer intelligemment les dysfonctionnements de la société
Lausanne, 18 janvier 2011 (Apic) L’écrivain Pierre Calame a donné, lundi soir 17 janvier, une conférence sur le thème de l’économie à visage humain. Elle s’inscrivait dans le cadre des 25 ans du Centre catholique d’études de Lausanne. Devant une cinquantaine de participants, le président de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme a prôné la promotion d’une économie durable, qui passe par l’identification des grands défis de l’humanité. Retour sur les propos d’un homme qui rêve encore d’une communauté mondiale viable et vivable.
Pierre Calame (*) a réfléchi et agi activement sur l’impasse philosophique de la frugalité à la fin des années 1980. Il venait de comprendre que nous ne parviendrons pas à bâtir une société durable, en continuant à mesurer le travail humain et la consommation de ressources avec le même étalon.
«Revenir à l’oeconomie»
Aujourd’hui, l’écrivain est d’avis que l’économie doit revenir à son sens étymologique: «Oïkos», le foyer, la maison commune, et «Nomos», la loi. «Revenir à l’oeconomie, c’est avoir une vision économique plus large», explique le directeur de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme. Dans un essai (**) qu’il consacre au sujet, «oeconomie» recouvre à la fois l’art de l’organisation des échanges matériels et immatériels des êtres humains entre eux, des sociétés entre elles et de l’humanité avec la biosphère. Pierre Calame préconise de remettre les prétendues «lois naturelles de l’économie» dans la cité, pour assurer à la société la maîtrise collective et démocratique de son propre destin.
La société est un grand paquebot
Le conférencier considère la société comme un grand paquebot. «Son inertie lui permet de continuer longtemps sur son aire mais les virages sont laborieux. Elle tire sa puissance de sa masse et de la force que cette masse confère à ses évolutions, plus que de sa rapidité de réaction. Il serait d’ailleurs stupide de le lui reprocher. Les grandes institutions sociales sont là pour assurer l’autoreproduction et la pérennité de la société. Elles sont sa quille, ce qui lui assure sa stabilité. Mais ce qui fait sa force ordinaire devient sa faiblesse», écrit-il dans son livre aux allures encyclopédiques, que même les Chinois s’arrachent.
Parlant des Chinois, il avoue son incompréhension face au discours de la communauté internationale, qui a pris pour habitude de dénoncer tout ce qui ne va pas, comme si tout se passait bien dans le reste du monde, notamment en Occident. «La Chine fait ses choix économiques majeurs et de manière durable, avec son propre rythme. A ceux qui l’accusent de nationalisme pointilleux, je leur demande de balayer d’abord chacun devant sa propre porte et de changer le regard que nous avons les uns sur les autres», répond-il à un participant pour qui la Chine donne l’impression de freiner les progrès en matière d’assainissement économique.
S’il faut analyser la situation en profondeur, précise le conférencier, mieux vaut se rendre compte que la société ne fonctionne jamais de manière cohérente et que ce serait une illusion optique de la voir ainsi. «Il faut gérer intelligemment ses dysfonctionnements et aller au-delà des droits déclaratifs que nous font miroiter les tenants du néolibéralisme», souligne l’écrivain. Selon lui, il faut évoluer du local au mondial pour éviter les conflits de tout genre.
Encadré
Du 16 novembre 2010 au 29 mars 2011, le Centre catholique d’études de Lausanne organise une série de conférences sur le thème de l’économie. Des personnalités de divers milieux professionnels sont invitées à réfléchir sur «un monde qui requiert de nouvelles régulations adaptées à ses horizons nouveaux», peut-on lire dans la présentation de ces conférences qui marquent en même temps les 25 ans du Centre catholique. Les membres espèrent, à l’avenir, qu’il y ait des hommes et des femmes soucieux d’innover, de mettre en œuvre une dynamique de société capable de réconcilier l’économie et l’homme.
Pour tous renseignements: www.ccelausanne.ch; contact: Centre catholique d’études de Lausanne: phuocdurous@sunrise.ch.
(*) Pierre Calame est polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées. Après une carrière dans l’Administration française (Equipement) et dans l’industrie (Secrétaire général d’Usinor), il a été directeur général de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme de 1988 à 2009. Aujourd’hui, il préside son Conseil de Fondation.
(**) Pierre Calame, «Essai sur l’oeconomie», Paris, éditions Charles Léopold Mayer, 2009, 600 pages. (apic/com/dng/ggc)



