Les animateurs et organisateurs du séminaire sur le soufisme à Genève. De gauche à droite : Idris de Vos, Slimane Rizki, Shady Ammane, Eric Geoffroy, Hafid Ouardiri, Ahmed Chbab (Photo: Priscilia Chacón)
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Les animateurs et organisateurs du séminaire sur le soufisme à Genève. De gauche à droite : Idris de Vos, Slimane Rizki, Shady Ammane, Eric Geoffroy, Hafid Ouardiri, Ahmed Chbab (Photo: Priscilia Chacón)

Goûter à la voie subtile du soufisme

04.06.2016 par Priscilia Chacon, pour cath.ch

Une soixantaine de personnes ont participé vendredi à une initiation au soufisme. Le chercheur et enseignant Eric Geoffroy a exposé ses fondements et objectifs, pour entrer dans cette voie intérieure de l’Islam.

Le crépuscule tombe sur le temple des Pâquis, au cœur du quartier multiculturel. A l’intérieur, les participants font connaissance autour d’une verrée. Une manière de construire ce “socle humain” cher à la Fondation de l’Entre-Connaissance, organisatrice de la conférence. “Une base qui aide à accueillir les différences et rencontrer l’autre en cherchant le meilleur en lui”, a introduit son directeur, Hafid Ouardiri.

L’affirmation invite à balayer les projections sur le soufisme, vu parfois comme un Islam laïc ou une secte. “La méthode du soufisme n’est pas de rejeter le monde, mais de l’épouser pour mieux le transcender”, a expliqué l’orateur Eric Geoffroy. Une voie qui recherche la purification de l’âme et la connaissance de Dieu par l’Amour, avec un but principal: goûter à la Présence de l’Unique, ici et maintenant.

Sortir d’une sclérose de l’Islam

Le spécialiste du soufisme a retracé en quelques étapes le développement de cette spiritualité. Un survol enrichi de références tirées des textes sacrés et citations des maîtres soufis, en langue arabe. Dès ses débuts aux 8e et 9e siècles, l’Islam s’est répandu rapidement. “Les théologiens ont dû s’occuper du corps (en instaurant le jeûne par exemple) et ont négligé les œuvres du cœur” a analysé Eric Geoffroy. Une sclérose de la pratique religieuse s’est installée progressivement, renforcée aux 12e et 13e siècles par la naissance des confréries et leurs règles.

“Aucun texte ne s’oppose à ce qu’une femme soit imam”

“Le rôle historique du soufisme est de ramener un équilibre entre la part intérieure et celle extérieure dans la pratique de l’Islam” a-t-il expliqué. Un appel à déconstruire les illusions et jugements produits par l’homme, afin de vivre dans l’intériorité des choses. Eric Geoffroy a ainsi rappelé que plusieurs passages du Coran encouragent à l’introspection.

Une voie de la désappropriation

Le soufisme possède une dimension inspirée, qui s’oppose à une science livresque et normative: “Si je projette mon mental humain sur ce que Dieu pourrait être, je le limite. Pour goûter à cette Présence, il me faut déconstruire tous les pièges de l’ego et du mental” a énoncé le conférencier. En d’autres termes, il s’agit de passer d’une logique binaire (“oui ou non”) à une pensée supralogique (“oui et non”). Pour les maîtres soufis, l’impuissance de l’homme à percevoir le mystère est aussi perception, par la négative, de la Présence. Un primat de l’Islam que le soufisme met en relief.

“Comment le wahhabisme a conduit en deux siècles à percevoir l’Islam comme une religion de l’intolérance et de la violence?” demande un professeur d’arabe égyptien. Le spécialiste du soufisme voit dans ce radicalisme une forme d’appropriation et de réification de Dieu par l’homme.

Revalorisation du féminin

Y a-t-il des femmes soufis? Une question de la présidente de la Fondation de l’Entre-Connaissance. Depuis 30 ans, le nombre de maîtres spirituels femmes seraient en augmentation et les saintes soufis plus visibles, selon Eric Geoffroy. Et d’évoquer la place de la femme dans l’Islam, avec des propos qui font parfois écho à des réflexions actuelles au sein de l’Eglise.

“Les musulmans doivent avoir le courage de redécouvrir dans l’Islam l’aspect maternel de Dieu” a-t-il déclaré. D’après lui, aucun texte ne s’oppose à ce qu’une femme soit imam. La présidente de la Fondation a quant à elle rappelé que la première jurisconsulte de l’Islam était Aïcha, épouse du prophète.

Une matière qui doit cheminer en chacun

Le soufisme ne serait pas une philosophie, mais quelque chose de l’ordre du vécu initiatique, qui ne peut pas se limiter à une connaissance extérieure. “Le but de cette conférence était de faire goûter aux participants cette sagesse. Il s’agit d’un ressenti, d’une matière, qui doit ensuite cheminer dans la personne” confie Eric Geoffroy. Pour poursuivre l’initiation, la Fondation organise dimanche 5 juin des ateliers animés par des spécialistes.


Eric Geoffroy

Eric Geoffroy est chercheur et enseignant universitaire, spécialiste du soufisme. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, parmi lesquels Un éblouissement sans fin: la poésie dans le soufisme (2014) et L’Islam sera spirituel ou ne sera plus (2009). L’islamologue est président de la Fondation internationale « Conscience soufie », qui naît de la pensée que le monde actuel a besoin de la sagesse des spiritualités. Elle attire divers publics, en particulier des musulmans ne trouvant pas leur compte dans des confréries soufies, et des non-musulmans en quête de spiritualité. (cath.ch-apic/pc/pp)

Le chercheur et enseignant Eric Geoffroy et Hafid Ouardiri (Photo: Priscilia Chacón)
Le chercheur et enseignant Eric Geoffroy et Hafid Ouardiri (Photo: Priscilia Chacón)
"Si je projette mon mental humain sur ce que Dieu pourrait être, je le limite", selon Eric Geoffroy (Photo: Priscilia Chacón)
"Si je projette mon mental humain sur ce que Dieu pourrait être, je le limite", selon Eric Geoffroy (Photo: Priscilia Chacón)

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