Corruptrice et incompatible avec les valeurs du judaïsme

Grande-Bretagne: Le Grand rabbin J. Sacks critique sévèrement la politique de Sharon

Londres, 27 août 2002 (APIC) Le Grand rabbin de Grande-Bretagne Jonathan Sacks critique sévèrement la politique du gouvernement d’Ariel Sharon et la juge «incompatible avec les valeurs du judaïsme». Dans une interview publiée mardi par le quotidien britannique «The Guardian», la haute autorité religieuse affirme que le conflit actuel avec les Palestiniens «corrompt la culture d’Israël».

«Vous ne pouvez ignorer un commandement répété 36 fois dans les livres de Moïse: vous avez été exilés dans le but de savoir ce qu’est d’être exilés. Je considère que c’est l’un des projets centraux d’un Etat fidèle aux principes du judaïsme. Je considère la situation actuelle comme rien moins que tragique, parce qu’elle force Israël dans des attitudes qui sont à la longue incompatibles avec nos idéaux les plus profonds», déclare le Grand Rabbin Sacks, âgé de 54 ans.

Le chef religieux affirme qu’il y des choses qui se déroulent quotidiennement en Israël qui le mettent dans une position très inconfortable en tant que juif. Il a été ainsi «profondément choqué» de récents reportages montrant des soldats souriants prenant la pose pour les photographes devant les cadavres de Palestiniens abattus. «Il est hors de doute que ce genre de conflit prolongé, accompagné d’une absence d’espoir, génère de la haine et de l’insensibilité qui corrompent à long terme une culture», a-t-il déclaré au «Guardian».

Va-t-il pour autant rejoindre d’autres rabbins qui ont qualifié l’occupation des territoires palestiniens d’immorale ? Le Grand rabbin Sacks rappelle qu’il était déjà convaincu en 1967, après la Guerre des Six Jours, qu’il fallait restituer toutes les terres conquises «pour le salut de la paix».

Une onde de choc programmée en Israël et dans la communauté juive

La prise de position de cette personnalité juive reconnue va certainement créer une onde de choc en Israël et dans la communauté juive au niveau mondial, écrit mardi le quotidien britannique. Si ses déclarations courageuses vont réjouir le camp des colombes et des libéraux, elles vont certainement susciter l’ire des colons et des faucons qui ne jurent plus que par la force et la reddition sans conditions des Palestiniens.

Le «Guardian» rappelle que depuis son élection en 1991 comme Grand rabbin orthodoxe de la communauté juive de Grande-Bretagne – et de facto le chef spirituel des 280’000 juifs du pays -, Jonathan Sacks avait réussi à éviter toute déclaration sur la politique d’Israël, préférant défendre publiquement l’Etat hébreu et soutenir la poursuite des efforts de paix.

Comment éviter le choc des civilisations

Durant la période du processus de paix d’Oslo, il était en contact régulier avec le Premier ministre israélien d’alors Yitzhak Rabin. Il risque de s’attirer les foudres de la communauté juive britannique, qui a glissé à droite depuis l’éclatement de la deuxième intifada, il y a deux ans.

Jonathan Sacks, qui publie ces jours-ci son nouveau livre «The Dignity of Difference», l’a sous-titré: «Comment éviter le choc des civilisations». Il tente d’offrir au monde des pistes «pour échapper au désastre». (apic/guardian/be)

27 août 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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