Grande-Bretagne: Le Premier ministre Gordon Brown défend l’archevêque de Canterbury

Un homme d’une «grande intégrité»

Londres, 11 février 2008 (Apic) Le Premier ministre britannique Gordon Brown a défendu lundi 11 février l’archevêque de Canterbury pris dans une vive polémique suite à sa proposition d’introduction partielle dans le pays de la charia, la loi islamique. Le porte-parole de Gordon Brown a souligné que Rowan Williams a clarifié ses commentaires et les a remis «dans leur contexte».

«M. Brown croit que la législation religieuse doit être subordonnée à la loi britannique», a-t-il ajouté. Pour le Premier ministre britannique, l’archevêque Rowan Williams est un homme d’une «grande intégrité».

Le chef de la Communion anglicane – qui a provoqué un tollé en proposant la semaine dernière d’intégrer certains aspects de la charia, la loi islamique, dans le système juridique britannique – doit prochainement s’adresser au synode général de l’Eglise d’Angleterre. Des membres du synode ont demandé sa démission.

Accepter des lois musulmanes serait «désastreux» pour la Grande-Bretagne

Tout en ne demandant pas sa démission, son prédécesseur à la tête de l’Eglise d’Angleterre, Lord Carey, a critiqué dimanche la proposition de Rowan Williams. L’acceptation de certaines lois musulmane serait à ses yeux «désastreuse» pour la Grande-Bretagne. Il estime que des systèmes juridiques parallèles risqueraient de déboucher sur la création de ghettos pour les communautés musulmanes.

Selon le journal «The Times», Gordon Brown a téléphoné à l’archevêque anglican pour l’encourager à clarifier ses remarques, car il pense qu’elles peuvent avoir été mal interprétées. Le chef de l’Eglise entretient des rapports assez étroits avec le Premier ministre.

Mais les observateurs notent que la confiance dans le «leadership» du Primat de l’Eglise anglicane a fortement baissé. Ses propos sur la charia continuent de provoquer le tollé en Grande-Bretagne, tant dans les milieux politiques que religieux. Ils suscitent un débat passionné sur la tolérance religieuse. Primat de la Communion anglicane mondiale, Rowan William a tenu ses propos tout d’abord lors de l’émission de radio «The World at One», sur la BBC, le 7 février, puis il les a développés lors d’une conférence donnée à Londres. Il a proposé d’intégrer dans le droit britannique une petite partie de la charia, qui est elle-même une partie du droit islamique fondée sur les textes du Coran mais pas codifiée.

Bien que la presse britannique ait évoqué en première page des interprétations de la charia qui ont eu pour conséquence l’amputation ou la flagellation pour vol ou adultère, la plupart des responsables musulmans du pays sont restés discrets. Mais l’Université «al-Azhar» au Caire, autorité reconnue du monde sunnite, a salué la suggestion du Primat anglican de permettre que les musulmans britanniques puissent choisir entre un tribunal islamique et un tribunal civil pour résoudre certaines disputes comme les divorces. «Les déclarations de l’archevêque de Canterbury vont dans la bonne direction et ont un impact positif chez les musulmans», a déclaré l’adjoint de l’imam d’al-Azhar, cheikh Abdel Fattah Allam, à l’agence de presse égyptienne MENA. Selon cheikh Allam, ces propos «encouragent le dialogue entre les cultures et les civilisations dans un cadre de respect mutuel des religions».

Rowan Williams a expliqué jeudi dernier que l’adoption de certains aspects de la loi islamique dans le pays était «inévitable». Le prélat anglican n’avait certainement pas mesuré l’impact de ses propos qui suscitent des vagues. Il a tout de même souligné qu’il n’y avait pas de place en Grande-Bretagne pour les châtiments extrêmes et la discrimination des femmes.

Selon les observateurs, seule une minorité des musulmans serait favorable à l’introduction de la charia dans les quartiers majoritairement musulmans de Grande-Bretagne. Ibrahim Mogra, un porte-parole du Muslim Council of Britain (MCB, Conseil musulman du Royaume-Uni), semble cependant être d’accord avec Rowan Williams en déclarant qu’au sein du système juridique britannique, «nous pensons qu’un débat devrait avoir lieu sur la possibilité d’accommoder un minuscule aspect du droit familial et individuel relatif au mariage, au divorce, à la garde des enfants et à l’héritage».

La majorité des musulmans de Grande-Bretagne contre l’introduction de la charia

Le 8 février, le rabbin Danny Rich, directeur de Liberal Judaism, une organisation progressiste juive, a déclaré dans le journal «The Times» à propos du Primat anglican: «Je suis stupéfié par ses propos. La communauté juive connaît la valeur non seulement de la participation au système juridique britannique, mais aussi la possibilité, lorsque l’Etat l’autorise, que certaines questions soient prises en charge par ses propres autorités rabbiniques. Nous acceptons cependant la primauté du droit britannique.»

L’évêque anglican d’origine pakistanaise Michael Nazir-Ali, de Rochester, qui a reçu des menaces de mort après avoir affirmé en janvier qu’au Royaume-Uni les non musulmans étaient devenus personae non gratae dans certains quartiers, a déclaré: «Nous nous félicitons des propos progressistes concernant la promotion de la charia. Ils vont permettre aux musulmans d’être plus en phase avec le monde contemporain … Ils ne constituent cependant pas un argument permettant de remettre en question l’intégrité d’une tradition juridique ancrée dans une perspective morale et spirituelle plutôt différente, qui découle de la Bible».

Le site internet de la BBC a reçu quelque 17’000 messages, pour la plupart négatifs, à propos de cette polémique. Les deux tiers des membres dirigeants de l’Eglise anglicane désapprouvent les propos de Rowan Williams, selon un sondage du «Sunday Telegraph».

Le cardinal Cormac Murphy-O’Connor, archevêque de Westminster et chef des catholiques d’Angleterre et du pays de Galles, a fermement rejeté les propos de l’archevêque de Canterbury. Il a dit ne pas croire en une société multiculturelle: «Quand les gens viennent dans ce pays, ils doivent respecter les lois locales», a-t-il souligné dans une interview au «Sunday Telegraph» publiée dimanche. Et il y a des aspects de la charia «que nous ne voudrions pas voir appliquer». «Les lois de ce pays n’admettent pas les mariages forcés ou la polygamie», a-t-il relevé. (apic/bc/eni/be)

11 février 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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