Ce n’est plus le ’plombier polonais’ envahissant l’Union européenne
Grande-Bretagne: Les prêtres polonais viennent regarnir les rangs d’un clergé vieillissant
Londres, 17 mars 2006 (Apic) Si l’image du «plombier polonais» envahissant l’Union européenne a fait un temps recette, la nouvelle vague d’immigrants polonais en Grande-Bretagne est plus surprenante: c’est celle des prêtres, qui viennent regarnir les rangs de leurs confrères britanniques qui ont tendance à s’éclaircir.
Selon le quotidien britannique «The Guardian», des dizaines de prêtres polonais arrivent chaque mois en Grande-Bretagne pour prendre en charge des paroisses ou pour apporter une assistance pastorale aux travailleurs migrants polonais toujours plus nombreux. C’est que les prêtres locaux sont toujours moins nombreux et la relève s’est asséchée.
Cette nouvelle vague d’immigrés est largement passée inaperçue, note le journal britannique. Ces derniers mois, une bonne soixantaine de prêtres de l’archidiocèse de Cracovie – d’où provenait le pape Jean Paul II – ont quitté ce coin de Pologne pour aller travailler aux quatre coins du monde.
«C’est un défi que nous n’attendions pas, et tout se passe très rapidement», déclare Jozef Morawa, recteur du séminaire de Cracovie. Et de relever que les Polonais qui ont besoin d’assistance pastorale sont de plus en plus nombreux en Grande-Bretagne, et de nombreux prêtres polonais apprennent l’anglais. D’autres prennent le week-end des vols de la compagnie à bas prix easyJet pour aller donner la communion à leurs compatriotes.
Le mois dernier, relève le journal, c’est l’évêque d’Aberdeen, Mgr Peter Antony Moran, qui s’est rendu en Pologne pour recruter des prêtres pour ses paroisses du nord de l’Ecosse. Il en a besoin pour les catholiques locaux, mais également pour les nouveaux immigrants polonais venus dans la région depuis l’élargissement de l’Union européenne.
Pléthore au Sud, raréfaction au Nord
Mgr Moran n’est pas le seul à manquer de prêtres: s’il n’y a pas de problèmes de relève dans certaines régions du Sud, comme l’Afrique, partout en Europe occidentale, l’Eglise doit faire face au même manque de prêtres. Ainsi en Irlande, terre de tradition catholique, sept séminaires sur huit ont dû fermer leurs portes ces dix dernières années, tandis que le nombre de candidats à la prêtrise, dans des pays comme la France, l’Espagne ou la Suisse, a drastiquement diminué. L’âge des prêtres restants est de plus en plus élevé. Ce sont alors les prêtres polonais qui remplissent les vides.
Le cardinal Keith Michael Patrick O’Brien, archevêque de Saint Andrews et Edimbourg, en Ecosse, souligne la «crise des vocations», due notamment au fait de la raréfaction des enfants dans les familles catholiques. «Si un couple n’a que deux enfants, il a moins tendance à encourager l’un d’entre eux à devenir prêtre que s’il en avait six, sept ou huit».
Les responsables de l’Eglise ont diverses explications pour tenter de discerner les causes de ce manque de vocations: l’absence de volonté de faire des sacrifices, une «fausse vision» de ce qu’être prêtre signifie, et même «la dépendance à internet». La Pologne, en fait, est le seul pays d’Europe où le nombre de vocations est pour le moment encore en augmentation.
7’100 séminaristes aux études en Pologne
Ainsi, le grand séminaire de Cracovie a actuellement 240 étudiants qui y passent 5 ans avant de devenir prêtres. Après une récession dans les années 90, le nombre de jeunes Polonais qui veulent embrasser le sacerdoce est à nouveau à la hausse: de 4’500 en 1998 à 7’100 l’année dernière, d’après «The Guardian».
L’exemple du pape Jean Paul II, décédé il y a un an, a joué un grand rôle dans la décision de nombreux jeunes Polonais de choisir le sacerdoce. Des prêtres de Cracovie sont présents en Grande-Bretagne, au Brésil, en Irlande, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Ukraine, en Autriche, en Tanzanie, rappelle le porte-parole du nouvel archevêque de Cracovie, Mgr Stanislaw Dziwisz, qui fut secrétaire du pape Jean Paul II.
En ce qui concerne le nombre de vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, il faut noter que la Pologne – encore à 95% catholique et plutôt résistante à la laïcisation, qu’elle soit le produit de la société communiste ou celui de la société libérale de consommation – reste pour le moment un cas particulier. Mais la baisse de la tendance démographique commence aussi à se faire sentir. Et les responsables de la pastorale des vocations en Pologne le notent: de plus en plus de candidats dans les séminaires et les noviciats se montrent des enfants de leur temps et subissent les influences dominantes de la culture contemporaine, peu propice aux sacrifices qu’induit le sacerdoce et l’engagement dans la vie religieuse. (apic/guard/com/be)



