En soutenant son adversaire dans sa circonscription
Grande-Bretagne: Un évêque anglican jette une pierre dans le jardin électoral de Blair
Londres, 28 avril 2005 (Apic) Accusé de «menteur» par ses adversaires politiques, Tony Blair doit aujourd’hui faire face à la fronde menée contre lui par un évêque anglican, en charge du diocèse de sa circonscription.
L’Eglise anglicane ajoute une pierre supplémentaire dans la campagne électorale du premier ministre britannique Blair, dans sa propre circonscription parlementaire où un candidat militant contre la guerre en Irak se présente contre lui pour les élections générales du 5 mai. Tom Wright, évêque anglican de Durham, dont le diocèse englobe la circonscription de Sedgefield où se présente Blair, a envoyé un message de soutien aux militants opposés à la guerre en Irak.
L’évêque, quatrième dans la hiérarchie de l’Eglise anglicane, estime que la guerre et ses conséquences «continuent de représenter une véritable insulte à l’intelligence morale des pays concernés (Etats-Unis et Royaume- Uni) et une réelle menace pour la stabilité de tout le Moyen-Orient.»
L’intervention de l’évêque vient encore étayer l’argument selon lequel Blair a menti pour engager la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak, aux côtés de George Bush. Surtout qu’un rapport des Etats-Unis confirme qu’aucune arme de destruction massive a été retrouvée en Irak. C’est pourtant fort de la certitude que l’Irak possédait ce type d’armes que Washington et Londres ont décidé de faire la guerre.
L’intervention de l’évêque anglican Wright a été perçue comme un encouragement au programme du candidat indépendant, Reg Keys, qui milite contre la guerre après la mort de son fils, soldat en Irak. Reg Keys affirme que Tony Blair a trompé sciemment l’opinion publique en invoquant précisément la menace d’armes de destruction massives pour engager la guerre.
Tony Blair occupe ce qui est considéré comme l’un des sièges parlementaires les plus surs dans le pays, ayant obtenu une majorité de 17’713 voix sur son plus proche adversaire aux élections de 2001.
Les méthodistes sur le dos
L’Eglise méthodiste a elle aussi remis en question les actions de la Grande-Bretagne en Irak. Steve Hucklesby, chargé des affaires internationales de l’Eglise, a fait remarquer qu’»après deux ans et deux grandes enquêtes, le processus qui nous a conduit à cette guerre en Irak pose encore plus d’interrogations que de réponses».
«Ceux qui défendent l’intervention en Irak ont placé leur confiance sur le ’bien-fondé’ de l’action en pensant promouvoir la démocratie», a-t- il affirmé. «Mais dans notre monde marqué par les attentats du 9 septembre, l’intervention unilatérale de la part de pays ayant une forte puissance militaire pourrait bien être contre-productive face à la menace du terrorisme.»
Brian Sedgemore, un député travailliste qui vient de prendre sa retraite, a annoncé le mardi 24 avril sa défection et sa décision de passer chez les libéraux-démocrates, parti de l’opposition. Il a exhorté les électeurs à infliger une défaite cuisante au premier ministre à cause de son engagement en Irak et de son style de gouvernement «très autoritaire».
Les sondages d’opinion ne placent toutefois pas l’Irak comme une priorité électorale, et le parti travailliste, selon ceux-ci, devrait remporter un troisième mandat.
La colère des musulmans de Luton
Méthodistes et une partie des anglicans ne sont pas les seuls à vouloir sanctionner Blair. Deux ans après le début de la guerre en Irak, la communauté musulmane de Luton, dans le nord de Londres, attend les élections législatives du 5 mai pour faire entendre sa voix et sanctionner Tony Blair. «A cause de l’implication de la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak, nous ne sommes pas satisfaits du parti travailliste», explique Mubin Quraichi, responsable de la mosquée centrale de Luton.
Deux sièges sont à pourvoir dans cette ancienne petite ville ouvrière du nord de Londres, dont environ le quart de la population est d’origine musulmane, principalement bangladaise et pakistanaise. Comme la plupart des 1,5 million de musulmans du pays, lors des dernières législatives, en 2001, celle-ci a largement contribué à la victoire du parti travailliste dans les deux circonscriptions de la ville.
La «preuve finale» du mensonge
Le Premier ministre britannique Tony Blair a encore été dans l’obligation de faire face, mercredi soir, aux attaques dirigées contre lui au sujet de la légalité de la guerre en Irak, après la publication d’extraits de l’avis du procureur général sur la question eut été révélé par des médias. Il ressort d’un avis confidentiel envoyé à Blair en mars 2003, que l’Attorney général (à la fois procureur général et ministre chargé des affaires judiciaires) Peter Goldsmith se montrait sceptique sur la légalité de l’invasion de l’Irak sans une nouvelle résolution de l’ONU.
Les médias britanniques ont pour leur part relié ces révélations avec la campagne électorale, le tabloïd Daily Express (droite) titrant sur «le grand mensonge: la preuve finale que Blair a trompé la nation». «S’il peut mentir pour nous emmener en guerre, il peut mentir pour gagner une élection», proclame enfin la dernière affiche du parti conservateur. (apic/eni/ag/pr)



