Des chiffres révélateurs d’un mal vivre
Grande-Bretagne: Violence dans les écoles britanniques: un phénomène en augmentation
Londres, 22 octobre 2004 (Apic) La violence des jeunes dans les écoles en Angleterre inquiète. Le phénomène est en constante augmentation, comme le prouve les dernières statistiques publiées à ce propos par le «Department for Education and Skills», le Ministère de l’éducation.
Au cours de l’été 2003, c’est plus ou moins dix élèves par jour qui ont été expulsés pour avoir agressé un adulte ou un élève. Au total, 288 élèves ont été expulsés pour s’en être pris à un adulte, 336 pour avoir agressé un compagnon d’école, mais dans l’ensemble ce sont 4’000 adolescents qui ont agressé un adulte, et 12’800 qui s’en sont pris à d’autres jeunes. Pendant l’été 2003, on a décompté 2’400 expulsions définitives des écoles et 800 qui étaient partielles.
Les histoires comme celle qui va suivre sont quotidiennes ou presque: «ils» lui cassent le bras et prennent une photo. C’est ce qui est arrivé en Grande Bretagne à la «Wetherby High School», école du Yorkshire occidental: une dizaine d’adolescents de quinze ans ont agressé un petit de onze ans et, après lui avoir cassé le bras, ont pris une photo de la scène et l’ont envoyée à leurs amis par courriel. Ce fait divers insupportable a fait ces jours-ci la Une des journaux britanniques mais il ne s’agit en Grande Bretagne que du énième épisode mettant en scène des apprentis voyous.
Dans une interview accordée à l’Agence de presse de la Conférence des évêques itlaiens, SIR, Jim Richards, directeur de la «Catholic Children Society», l’association catholique qui s’occupe des problèmes de l’enfance estime que ce phénomène est bien plus important qu’autrefois, et devient de plus en plus grave, vien plus grave selon lui en Grande-Bretagne qu’aux Etats-Unis ou que dans le reste du monde.
Multiples causes
Les causes de ce phénomène? «Le Royaume Uni a le taux européen le plus élevé de divorces, et le nombre le plus élevé de pères ou mères qui élèvent seuls leurs enfants. C’est aussi le pays où l’horaire de travail est le plus lourd de toute l’Europe. Si l’on met bout à bout ces phénomènes, on peut alors se demander le type de contact qui existe entre parents et enfants, et la possibilité qu’ont ces derniers de se sentir réellement aimés. Ici, les enfants se retrouvent souvent seuls devant la télévision. Et le petit écran propose un taux de violence très élevé qui, selon les experts, peut être mis en relation avec la façon de se comporter qu’ont les jeunes. Les écoles aussi ont changé. Aujourd’hui, on donne beaucoup plus d’importance aux examens et il existe une pression très forte sur les enseignants pour qu’ils améliorent les standards des écoles. Les jeunes, privés d’amour dans le foyer familial, sont soumis à un stress continu à l’école, sont conditionnés par cette violence qu’ils voient à la télé, se referment sur eux-mêmes et s’en prennent à leurs compagnons».
Quelles solutions à ce problème? Pas simple, convient Jim Richards. A ses yeux, il est important par exemple que le gouvernement arrête de publier les «league tables», ces classements où l’on donne dans les écoles des notes suivant certains paramètres; il faut diminuer le nombre de tests en classe et l’horaire de travail des parents pour que ces derniers puissent passer plus de temps avec leurs enfants. Il faut aussi exercer une pression sur la télévision et les producteurs de jeux vidéo pour que ces jeunes ne soient pas continuellement exposés au phénomène de la violence. «La ’Catholic Children’s Society’ dont je suis le directeur a beaucoup travaillé avec les enfants dans les écoles et a fourni une aide psychologique aux petites victimes. Nous travaillons aussi avec les couples divorcés qui ont des enfants».
Pour notre interlocuteur, s’il n’y a pas de changements radicaux dans la politique du gouvernement et dans le type de traitement que la société actuelle réserve aux enfants, les efforts des associations telles que la sienne resteront vains. «Je suis plutôt pessimiste sur ce qui se passe actuellement, et je ne vois aucun signe pour y remédier. Je dois dire que la situation n’est pas aussi tragique dans les écoles catholiques, qui ont une logique différente de celle des écoles publiques. Ce sont les élèves qui sont au centre de l’attention et qui sont considérés non pas comme de la chair à examen mais comme des êtres humains». (apic/sir/pr)



