Graz est plus un début qu’un aboutissement

Graz : 2e Rassemblement œcuménique européen

De notre envoyé spécial Maurice Page

Graz, 29 juin 1997 (APIC) La dernière séance plénière du 2e Rassemblement œcuménique européen de Graz a permis, samedi en fin de journée, l’approbation massive – 454 oui, 5 non, 31 absentions exprimées et un certain nombre de non-votants dans les rangs orthodoxes – du document de base (texte A) et des recommandations pour des engagements concrets (B).

Malgré les nombreuses difficultés rencontrées dans les discussions en groupes de travail, les deux documents sont plus que de simples généralités et devraient pouvoir servir de base pour la poursuite de la discussion.

Le Document de base s’articule essentiellement autour de la reconnaissance mutuelle de la responsabilité des chrétiens dans la division des Eglises, les conflits entre les peuples et les discriminations entre les personnes. «Que peut signifier la réconciliation pour nous en Europe, en songeant à tous ceux qui parmi nous souffrent encore des conséquences de deux terribles guerres mondiales et de conflits cruels qui ont meurtri notre continent après la chute du Mur de Berlin ?» interroge le texte.

«La réponse à ces questions se trouve dans une confession de foi commune et renouvelée, et de l’espérance en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, de qui nous recevons la réconciliation.» «Ces jours nous ont remplis de joie surtout parce qu’en tant que peuple de Dieu, nous prenons un chemin de pèlerinage dans notre soif d’unité.»

Après un exposé théologique des fondements trinitaires de la Réconciliation, le document aborde de manière plus concrète le péché des Eglises. Le principal reste bien sur celui de la division par laquelle «la crédibilité de notre témoignage chrétien commun a été affaiblie.» Le paragraphe suivant aborde «l’abominable tragédie de la Shoah» pour dénoncer l’antisémitisme.

L’égalité homme femme en question

Malgré les récriminations de certains milieux féministes, le document va assez loin dans la reconnaissance de l’inégalité persistante entre les hommes et les femmes. «Dans nos Eglises, il ne se trouve pas d’espace suffisant pour que les femmes puissent exprimer la richesse de leurs charismes et de leurs vocations».

La veille encore, les délégués de Russie, y compris les catholiques, avaient mis en garde dans une déclaration contre le langage «inclusif» et les interprétations tendancieuses de l’Ecriture Sainte tendant à défendre le sacerdoce féminin ou à justifier le mariage de couples homosexuels «en contradiction avec l’esprit et la lettre de la Sainte Bible».

L’abus de la création a été plutôt réduit à la portion congrue et le message ne lui réserve que quelques lignes. Plus significatif le numéro 17 qui relève que malheureusement, le terme de réconciliation est devenu pour beaucoup une notion bon marché parce qu’il a souvent été utilisé pour minimiser la faute et pour couvrir du manteau de la tolérance des événements qui auraient exigé une mise en évidence critique. (…) Qui transgresse le droit doit s’attendre à être châtié. «

L’école de la miséricorde

Au niveau individuel et familial, les délégués approuvent le principe d’une «école de la miséricorde» entre les sexes et les générations avec la mention explicite ici des enfants non encore nés. «C’est un grand défi pour les Eglises que d’affirmer la dignité et la sainteté de la vie». Au niveau des Eglises, ce même principe exige que les Eglises majoritaires soutiennent les préoccupations des Eglises minoritaires.

La réconciliation demande dans le domaine politique une attention particulière envers les plus faibles. Le document nomme les personnes âgées, les familles nombreuses, les mères célibataires, les jeunes et les handicapés, mais aussi les demandeurs d’asile. Le développement d’une justice démocratique et indépendante, le respect de l’Etat de droit sont également des conditions de la réconciliation.

Les délégués n’ont pas manqué non plus de rappeler, après le premier Rassemblement œcuménique européen de Bâle en 1989, l’importance du développement d’institutions démocratiques communes et de la coopération politique et économique dans toute l’Europe.

Pour une péréquation mondiale des richesses

La question de la péréquation mondiale des richesses a fait l’objet dans le texte d’apports assez substantiels. Pour dénoncer le fait que la richesse soit concentrée entre les mains d’une minorité de privilégiés et pour appeler à une réglementation planétaire du commerce et à un réseau mondial de solidarité.

Le gros morceau de la journée de samedi a été constitué en fait par les 58 recommandations pour des engagements concrets (B). A la différence de Bâle, elles n’ont pas été soumises à un vote, mais uniquement préésentées à l’assemblée. Aux Eglises et mouvements de les mettre ensuite en pratique. (apic/mp/be)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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