Discriminations à l’égard de ce qui n’est pas orthodoxe

Grèce: Les évangéliques s’associent à l’appel du pape pour l’égalité religieuse en Grèce

Athènes, 3 mars 1999 (APIC) L’Eglise protestante évangélique de Grèce s’associe à l’appel du pape pour réclamer l’égalité religieuse en Grèce. Elle demande à son tour au gouvernement de prendre des mesures et invite les orthodoxes à une plus grande ouverture œcuménique.

A la suite à la visite de six évêques de la Conférence épiscopale à Rome, en février dernier, les responsables catholiques et évangéliques de Grèce se sont en effet unis pour reprendre à leur compte l’appel lancé par le pape Jean Paul II. Ils demandent que les minorités religieuses obtiennent les mêmes droits et libertés que l’Eglise majoritaire de Grèce (orthodoxe). Ils ont en outre appelé l’Eglise orthodoxe – qui déclare représenter la grande majorité des 10,4 millions de citoyens – à être plus ouverte à l’oecuménisme.

«Légalement, la liberté religieuse est garantie», fait aujourd’hui observer Antoni Koulouris, secrétaire général de l’Eglise évangélique grecque (réformée). «Mais il est l’usage de croire que les citoyens doivent être orthodoxes, et que tous les membres d’autres Eglises sont hérétiques et ne sont pas des patriotes».

Lors de la visite «ad limina» des six évêques grecs à Rome, début février, le pape avait mentionné les problèmes liés à l’absence de statut juridique de l’Eglise catholique en Grèce, et encouragé les évêques à favoriser le dialogue avec les différentes autorités concernées pour régler cette question de manière juste et équitable.

Dans une interview accordée à l’Agence œcuménique ENI, Antoni Koulouris déclare que les restrictions légales imposées aux Eglises minoritaires sous la dictature du général Metaxas en 1936-37 restent en vigueur, notamment l’obligation d’obtenir l’approbation d’un évêque orthodoxe pour établir un lieu de culte.

Le silence orthodoxe

L’archevêque catholique romain d’Athènes, Mgr Nikolaos Foscolos, déclare pour sa part que son Eglise n’a pas de «contacts officiels» avec l’orthodoxie, bien que ses membres, qui ont beaucoup contribué à la culture néo-hellénique, maintiennent les mêmes traditions nationales.

Parmi les domaines de «discrimination pratique», il cité les forces armées, ou la «première condition» pour devenir officier est d’être orthodoxe. «L’orthodoxie étant l’Eglise de l’Etat, les non-orthodoxes ne sont pas considérés comme totalement grecs», déplore l’archevêque. Bien que la constitution garantisse aux citoyens le même statut juridique, sans distinction de religion, «la discrimination religieuse existe».

Les droits des catholiques – on compte 50’000 catholiques grecs de souche et 150’000 autres résidents étrangers – sont un sujet particulièrement délicat en Grèce, depuis la décision de la Cour suprême de 1994 établissant que l’Eglise bénéficiait de la liberté religiese mais non d’un statut juridique.

L’article 3 de la Constitution de Grèce, membre de l’Union européenne et de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), stipule que l’orthodoxie est la «religion dominante» du pays et interdit les traductions de la Bible sans l’autorisation préalable de l’Eglise orthodoxe.

Dans un rapport de 1998, la Fédération internationale d’Helsinki pour les droits de l’homme mentionnait que 14 communautés appartenant à l’Eglise évangélique grecque et à la Communauté des Eglises évangéliques libres avaient été accusées de pratiquer sans autorisation en 1997. Le rapport ajoutait que le gouvernement grec avait rejeté toute tentative de la minorité musulmane, forte de 150’0000 membres, d’élire ses propres dirigeants religieux.

Le 5 février enfin, le pape Jean Paul II exprimait l’espoir de voir la liberté religieuse être accordée «à tous les Grecs, sans distinction de religion. Comme tous les citoyens, les catholiques ont le devoir d’oeuvrer en faveur d’une coexistence sincère entre tous les Grecs, bénéficiant des mêmes droits et libertés».

A noter que les membres du synode de l’Eglise de Grèce ont refusé de s’exprimer sur la question et ont décliné l’interview que leur proposait l’Agence ENI. (apic/eni/pr)

3 mars 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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