La peur règne: les auteurs de tueries jouissent de l’impunité

Guatemala: Des représentants de l’ONU et d’Eglises dénoncent les lenteurs de la justice

Guatemala, 9 octobre 2000 (APIC) La peur règne encore au Guatemala, et face à un système judiciaire inefficace, les auteurs des tueries de civils durant la longue guerre civile qui a déchiré le pays sont pratiquement sûrs d’échapper aux poursuites, dénoncent des représentants des Nations Unies et des Eglises au Guatemala. Les accords de paix ne sont pas respectés. D’anciens membres des patrouilles civiles, armées par les «forces de l’ordre» sévissent encore. Quant aux équipes anthropologues chargées de l’exhumation des personnes «disparues», elles ne pourront bientôt plus poursuivre leur travail, faute de moyens financiers.

Au moins 626 massacres ont été perpétrés durant les 36 années de guerre civile, selon un rapport diffusé l’an dernier par une commission de la vérité supervisée par les Nations Unies. La plupart des victimes sont des Indiens Mayas. Un autre rapport, publié par les Nations Unies le 26 septembre, indique que, ces dernières années, des exhumations ont été effectuées sur 125 lieux de massacres.

Le nouveau rapport cite 20 cas où des membres de la famille et des survivants ont présenté aux autorités des preuves physiques découvertes lors des fouilles. Le rapport ajoute que les procureurs ont engagé des poursuites pour crimes dans seulement deux de ces 20 cas. Dans un seul cas, les poursuites ont été suivies d’inculpations – en 1998 trois anciens membres d’une patrouille civile paramilitaire ont été condamnés à la peine capitale pour leur rôle dans le massacre de 130 civils en 1982 non loin de la ville de Rio Negro.

Selon Hugo Lorenzo, directeur des droits de l’homme auprès de la mission des Nations Unies, au Guatemala, les efforts des procureurs pour enquêter sur les massacres ont été insuffisants, pour ne pas dire nuls.

Le rapport souligne aussi «le climat persistant de peur et d’intimidation» qui règne dans les villages, et cite des dizaines de survivants contre qui des menaces ont été proférées et qui, à cause de cela, n’ont pas osé déposer officiellement plainte.

A la recherche des victimes

La responsable d’une équipe d’exhumation mise en place par l’Eglise approuve le rapport des Nations Unies. «Les accords de paix n’ont tout simplement pas été respectés», a fait remarquer Mariana Valdizon, qui dirige l’équipe d’anthropologie légale de l’archidiocèse catholique de Guatemala. «Les procureurs et juges n’ont pas eu la volonté de poursuivre ces cas, et c’est pourquoi de nombreux procès sont bloqués».

L’équipe de l’archidiocèse a été mise en place en 1997 et a effectué 30 exhumations, déterrant plus de 600 victimes de la guerre. En dépit de son travail, aucune des preuves apportées à la suite des exhumations n’a entraîné une action juridique des procureurs. «De nombreuses personnes ne sont pas encore prêtes à faire la démarche suivante, a observé Mariana Valdizon. La crainte et la peur pèse dans les villages. La machine répressive de l’Etat est encore active. D’anciens membres des patrouilles civiles menacent encore les gens».

«Il y a tellement à faire»

Mariana Valdizon a souligné que le travail de son équipe était issu de la discussion d’un rapport de 1998 dans le cadre du projet de mémoire historique effectué par l’Eglise, première analyse systématique sur ce qui s’est passé durant la guerre et sur les responsabilités dans les violences. Cette équipe, forte de onze membres, a effectué des exhumations dans le pays. Trois autres équipes d’anthropologie légale travaillent dans le même sens. La plus petite équipe a été mise en place l’an dernier par le diocèse catholique de Quiché, province où a eu lieu le plus grand nombre de massacres.

«Il y avait tant à faire à Quiché que nous ne pouvions répondre assez vite aux demandes des communautés», a dit Mariana Valdizon. L’équipe du diocèse de Quiché a déjà effectué sept exhumations.

Manque d’argent

Quant à l’équipe de Mariana Valdizon, elle doit encore procéder à 10 exhumations avant la fin de l’année, et 15 durant le premier semestre de 2001. Les demandes affluent encore des Eglises locales et des chefs de communautés, mais les contraintes financières impliquent certaines limites. La grande partie des fonds proviennent d’organisations religieuses européennes. Des restrictions financières ont réduit le budget de moitié.

Si l’archidiocèse ne peut pas obtenir davantage de fonds, le travail sera terminé à la mi-2001. Si d’autres moyens sont trouvés, l’équipe pourrait encore travailler durant trois ans pour retrouver les victimes des violences au Guatemala, qui ont fait des dizaines de milliers de morts, la plupart des crimes étant imputables aux forces armées. (apic/eni/pr)

9 octobre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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