Menacé, le procureur Galindo démissionne
Guatemala: L’enquête sur l’assassinat de Mgr Gerardi à nouveau bloquée
Guatemala, 13 octobre 1999 (APIC) L’Eglise guatémaltèque ne cache pas son inquiétude après la démission du procureur Celvin Galindo, chargé d’enquêter sur l’assassinat Mgr Juan Gerardi, évêque auxiliaire de Guatemala Ciudad, assassiné en avril 1998. La démission de Galindo a été sévèrement critiquée par le «procureur des droits de l’homme» – officialité gouvernementale -, Julio Arango, qui a qualifié la décision d’»irresponsable». Il n’en demeure pas moins qu’il est le quatrième fonctionnaire de la justice à abandonner l’enquête en raison des menaces exercées sur lui et sa famille. Par les militaires.
Galindo a présenté sa démission et s’est exilé aux Etats-Unis, jeudi dernier, en compagnie de sa famille. Ils étaient constamment surveillés, poursuivis et avaient reçu des menaces de mort. «Je suis frustré de ne pas avoir terminé l’enquête, a précisé le procureur. Je crois qu’aller jusqu’au bout de ce cas, c’était courir un risque énorme». Il a par ailleurs mis en doute la volonté du gouvernement du Guatemala de faire toute la lumière sur cet assassinat.
Celvin Galindo est le quatrième fonctionnaire de la justice à abandonner l’enquête sur la mort de l’évêque auxiliaire de Guatemala, survenue le 26 avril 1998, quelques heures après la présentation du rapport «Guatemala: jamais plus», prouvant plus de 55’000 violations des droits de l’homme pendant le conflit armé au Guatemala. Les juges Isaias Figueroa et Henry Monroy et le procureur Otto Ardon avaient également présenté leur démission. Le Ministère Public a annoncé que Galindo serait remplacé par Anibal Sanchez Mérida.
Plusieurs dirigeants d’organismes humanitaires estiment que Galindo a mené son enquête de façon impartiale. La Mission de Vérification des Nations Unies pour le Guatemala, qui veille à l’application des accords de paix signés en 1996, a été la première à dénoncer en août dernier les menaces de mort contre Galindo.
Militaires impliqués
En septembre dernier, le procureur avait déclaré que cinq militaires dont un officier, non identifiés, avaient été aperçus circulant dans une voiture près de la résidence de l’évêque. «C’est lamentable» et «préoccupant» de voir qu’il a dû abandonner le cas et quitter le Guatemala. Ceci montre que l’Etat ne permet pas aux opérateurs de justice de travailler en sécurité, ont déclaré des représentants des mouvements des droits de l’homme. Le porte-parole de l’Alliance contre l’Impunité (ACI), Miguel Angel Albizúrez, a déclaré : «Il y a des secteurs qui ont intérêt à ce que la lumière ne soit pas faite sur cet assassinat et ils sont prêts à tout pour que personne n’y touche».
C’est dans l’Etat-Major présidentiel que Galindo avait fait ses dernières enquêtes, en septembre dernier, en compagnie de la juge Flor de María García, chargée du procès.
L’enquête a pris un nouveau tournant en juillet dernier lorsque des analyses d’ADN de militaires, de pauvres, et d’un religieux ont été faites aux Etats-Unis. Sur 17 suspects, 12 étaient des militaires, 3 pourraient être impliqués dans le crime, selon les analyses. Aucune personne n’est actuellement en garde à vue pour la mort de Mgr Gerardi. (apic/zn/tj/pr)



