Jugement cassé: nouveau procès

Guatemala: Les assassins de Mgr Gerardi relaxés

Ciudad de Guatemala, 9 octobre 2002 (APIC) Quinze mois après avoir été condamnés à 30 ans de prison pour meurtre, les trois militaires – dont un colonel et un capitaine – jugés en première instance coupables de l’assassinat de Mgr Juan José Gerardi, évêque auxiliaire de Guatemala, ont été relaxés. La Cour d’appel de Guatemala a annulé mardi la condamnation des trois officiers. Mgr Gerardi a été tué le 26 avril 1998, 3 jours après la publication accablant d’un rapport contre l’armée, dont il était l’auteur.

La Cour d’appel a également annulé la peine de 20 ans de prison, pour complicité d’assassinat, prononcée à l’encontre du prêtre assistant de Mgr Gerardi.

Le verdict de la Cour d’appel était très attendu au Guatemala et ailleurs en Amérique latine. Condamnés à 30 ans de détention en première instance, le colonel Byron Lima Estrada, son fils, le capitaine Byron Lima Oliva, ainsi que l’ancien garde du corps présidentiel José Obdulio Villanueva étaient présents dans la salle au moment de la lecture de la sentence. En revanche, l’ancien secrétaire de l’évêque assassiné, le Père Mario Orantes, condamné à 20 de prison pour complicité, est demeuré sur son lit d’hôpital qu’il occupe depuis février 2000. «Son état de santé ne lui permet pas de se présenter devant le tribunal», a dit son avocat José Toledo.

Nery Rodenas, du bureau pour les droits de l’homme de l’archidiocèse de la capitale a déploré la décision de la Cour. Elle rappelle que Mgr Gerardi a été découvert mort, le corps roué de coups, trois jours après la publication du rapport «Guatemala Nunca Mas!» rédigé dans le cadre du Projet Diocésain Récupération de la Mémoire Historique et Justice (REMHI) dans lequel une large responsabilité de la mort de près de 200’000 personnes durant la guerre civile entre 1960 et 1996, est attribuée à des unités de l’armée durant la guerre civile.

«La Cour a annulé pour vice de forme la condamnation en première instance prononcée le 7 juin 2001», selon le jugement de la Cour d’appel qui précise qu’une date devra être fixée pour un nouveau procès qui se tiendra avec des juges différents. A l’unanimité, la Cour a estimé recevable l’appel déposé par l’un des avocats de la défense, Me Irwin Aguilar, qui dénonçait la validité de la déposition de l’un des témoins clés de l’accusation.

Espoirs déçus

Le premier jugement avait été salué par toutes les organisations de défense des droits de l’Homme du Guatemala pour lesquelles cette sentence marquait la fin de l’impunité des militaires dans un pays meurtri par trente années de guerre civile (1966-1996

Depuis la condamnation des militaires, les menaces contre ceux qui entendaient faire justice dans cette affaire n’ont cessé de grandir. Six semaines après le procès historique qui a abouti à des condamnations, le procureur spécial chargé de l’affaire avait dû fuir le pays devant les menaces de mort dont il était l’objet.

Pressions et menaces

Auparavant, deux magistrats, le juge d’instruction Henry Monroy ainsi que le procureur Celvin Galindo, avaient déjà dû fuir le pays en raison des menaces de mort répétées dont ils avaient été la cible. La plupart des auteurs de violations des droits de l’homme au Guatemala ne sont pas passés en justice. Jusqu’à la réouverture, l’an dernier, du procès de Mgr Gerardi, il n’était pas prévu de procédures judiciaires afin de connaître les noms des auteurs de crimes. Le procès des auteurs de l’assassinat de l’évêque s’est d’ailleurs heurté à quantité d’obstacles: menaces, harcèlement, suspension de l’affaire faute de preuves, renonciation de deux juges et d’un procureur, exil de témoins clés, mort de six témoins potentiels dans des circonstances non éclaircies jusqu’à ce jour. soit autant d’éléments qui s’ajoutent à la renonciation des deux juges et du procureur. (apic/ag/pr)

9 octobre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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