Gouvernement et armées sur la sellette
Guatemala: Les familles de prêtres belges assassinés veulent obtenir des réponses
Ciudad de Guatémala, 1er décembre 1997 (APIC) Des parents de quatre prêtres belges vraisemblablement assassinés par l’armée guatémaltèque pendant la guerre civile qui a duré 36 ans se sont récemment rendues au Guatemala pour exiger des autorités qu’elles leur fournissent des éclaircissements sur ces cas, révèle l’agence catholique latino-américaine «Noticias Aliadas».
«Nous voulons savoir exactement quand et pourquoi ils ont été assassinés et qui a donné l’ordre», a expliqué Andrea Stessel, à son arrivée le 28 octobre. Son frère, Alfonso Stessel, a été abattu au retour d’une célébration près de sa résidence à Tierra Nueva, en décembre 1994. Walter Voordeckers, Serge Berten et Ward Capiau, appartenant tous trois à la congrégation des Missionnaires du Coeur Immaculé de Marie (Scheut), ont été séquestrés et assassinés dans les années 80, au plus dur de la répression. «Nous sommes convaincus que l’armée en sait davantage. Peut-être accepteront-ils de parler si nous augmentons la pression», a expliqué Andrea Stessel.
Walter Voordeckers était curé de Santa Lucia, dans la province d’Esquintla, quand il a été séquestré en 1979 et retrouvé mort quelques jours plus tard. Avec Serge Berten et Ward Capiau, il travaillait au Comité d’Unité Paysanne, accusé par les militaire d’inciter les paysans à la rébellion. Berten et Capiau ont été séquestrés dans des circonstances similaires, respectivement en 1981 et en 1982.
orturé puis assassiné par l’armée
Une mission belge qui s’est rendue dans le pays en janvier 1989 a acquis la «certitude morale» que Serge Berten a été arrêté par l’armée et torturé «d’une manière inhumaine» pendant une semaine, puis assassiné. Son corps n’a jamais été retrouvé. Les restes de Ward Capiau ont été retrouvés il y a deux mois dans une fosse commune à Antigua. Seul le cas du Père Stessel a fait l’objet d’une enquête. Version de la police: il a été victime de «délinquants».
«Mon frère travaillait beaucoup avec les réfugiés indigènes», a déclaré Andrea Stessel à «Noticias Aliadas», mais certains faisaient obstruction à son travail. Pour elle, pas de doute: «C’était un assassinat politique». Aldo Morales, de la Commission des Droits de l’Homme au Guatemala, confirme que des témoins ont mis en cause des membres des Forces Armées. Quant au Bureau des droits de l’Homme de l’Eglise catholique, il a également mené son enquête sur les crimes, mais a refusé d’en révéler les résultats.
Commission de la Vérité: quelle vérité ?
Depuis que les évêques catholiques du Guatemala ont lancé leur «Projet pour retrouver la mémoire historique», en 1995, l’Eglise a recueilli plus de 6’000 témoignages. Selon le directeur du projet, Edgar Gutierrez, ce sont plus de six cents massacres qui y sont décrits. Le projet rencontre l’hostilité aussi bien des militaires que des responsables de la guérilla, qui ne tiennent pas à voir leurs crimes étalés au grand jour.
L’objectif du «Projet pour retrouver la mémoire historique» n’est pas seulement de décrire le passé: les agents pastoraux aident la population à retrouver la confiance perdue pendant les années de guerre; les bureaux diocésains pour la Paix et la Réconciliation font avancer l’idée du pardon et du repentir; des prêtres accompagnent les familles lorsque sont exhumés les restes de leurs proches – comme dans ce village du Quiché dont pratiquement toute la population, soit 150 personnes, a été anéantie en 24 heures en deux massacres perpétrés l’un par la guérilla, l’autre par l’armée.
L’Eglise enverra les conclusions de son enquête avant l’été prochain à la Commission de la Vérité créée en 1994, lors des négociations de paix.
Comme beaucoup de parents de victimes, Andrea Stessel a des doutes sur le travail de la Commission de la Vérité, qui doit clôturer ses travaux en juillet 1998. «Ils ont besoin de plus de temps. Il faudra voir s’il parviendront à connaître la vérité», s’interroge-t-elle en conclusion. (apic/cip/pr)




