Guatemala: Manifestations pour dénoncer les militaires dans l’assassinat de Mgr Gerardi
«Un coup prémédité contre l’Eglise catholique guatemaltèque»
Guatemala, 27 octobre 1998 (APIC) Au lendemain de l’inculpation officielle de l’abbé Orantes, accusé sans preuve de l’assassinat de Juan Gerardi, évêque auxiliaire de Guatemala Ciudad, plus d’un millier de personnes ont défilé en ce début de semaine dans les rues de la capitale pour honorer la mémoire de ce défenseur des droits. Elles demandent que les autorités guatémaltèques fassent tout pour retrouver son assassin.
Le cortège des manifestants, parti de la cathédrale catholique, s’est achevé à l’église San Sebastian, ou une messe a été célébrée. C’est précisément là que l’évêque Girardi a été tué le 26 avril, deux jours après la publication d’un accablant rapport accusant les militaires du pays d’être responsables de violences commises durant 36 ans de guerre civile.
Dans un communiqué publié lundi 26 octobre, la Conférence épiscopale guatémaltèque considère l’enquête menée sur cet assassinat comme «totalement inadéquate». Selon les évêques, cet assassinat est «un coup prémédité porté contre l’Eglise catholique guatémaltèque» visant à «freiner notre action pastorale et à nous rappeler que les forces les plus terrifiantes du pays sont toujours intactes et possèdent un énorme pouvoir».
L’abbé Mario Orantes a été inculpé du meurtre le 21 octobre., Il est en prison depuis trois mois, dans l’attente de son procès. Les manifestants estiment qu’il n’est qu’un bouc émissaire.
Le père Orantes, qui se déclare innocent, exerçait son ministère et vivait aussi dans la paroisse de San Sebastian. La date de son procès devrait être annoncée le mois prochain.
Pour de nombreux Guatémaltèques, les forces militaires sont impliquées dans le meurtre de l’évêque Gerardi. Malgré les appels des Eglises et de plusieurs associations de défense des droits, qui déclarent que des militaires sont impliqués dans l’assassinat, le ministère public a attendu cinq mois avant d’appeler six officiers à témoigner. Ceux-ci ont répondu à la convocation et lu des déclarations niant toute implication. Mais, fait inhabituel, aucun d’eux n’a été interrogé, ni par le procureur général, Otto Ardon, ni par ses assistants.
Diplomate français pas dupe
La décision d’enquêter auprès des militaires est intervenue après plusieurs semaines et sous la pression des critiques intérieures et étrangères. Exprimant sa «préoccupation devant des crimes non élucidés, en particulier le meurtre de l’évêque auxiliaire Gerardi», le bureau présidentiel de l’Union européenne a réclamé «une enquête approfondie» sur cette mort. La demande en a été faite lors d’une réunion à Bruxelles du groupe consultatif sur le Guatemala, composé de pays et d’institutions internationales chargés de décider du financement du processus de paix au Guatemala. En privé, plusieurs diplomates ont averti que le financement pourrait être freiné si l’enquête criminelle ne progressait pas.
Pour Jean Arnault, diplomate français qui dirige la délégation des Nations Unies chargée du suivi des accords de paix, les gens sont «totalement autorisés» à penser que ce meurtre a été perpétré pour des motifs politiques. «Nous savons qu’il existe des groupes ayant le pouvoir d’exécuter un crime politique et de le faire passer pour un crime de droit commun», a-t-il déclaré le 16 octobre. «Cet assassinat jette une ombre sur l’administration de la justice».
De nombreux commentateurs accusnt aujourd’hui ouvertement les autorités d’avoir arrêté le père Orantes afin de donner l’impression que l’enquête est menée avec soin. «Tant que le gouvernement détiendra le père Orantes, il peut résister aux pressions exercées pour qu’il dirige son enquête auprès des militaires», a déclaré Matthew Creelman, directeur de «Central America Report», au Guatemala. «La question est de savoir pendant combien de temps il peut le faire».
Un élément important de preuve contre le père Orantes est le témoignage d’un expert de médecine légale espagnol, Jose Reverte, qui affirme que le corps portait des marques de morsures de chiens, et suggère que l’évêque aurait été attaqué par le berger allemand du père Orantes, sur ordre de ce dernier.
Les accusations d’un pseudo expert espagnol
Mais, selon trois experts des Etats-Unis invités par les autorités catholiques à participer à la seconde autopsie du corps de l’évêque, en septembre, il n’y avait aucune marque de morsure. Les experts affirment que l’évêque a été frappé avec deux objets, un bloc de ciment et un objet long et cylindrique, comme un tuyau, ce qui voudrait dire que le meurtre a été perpétré par deux personnes. Une constatation qui corrobore celle faite immédiatement après le meurtre, selon laquelle l’évêque avait été frappée par un bloc de pierre.
Les accusations du pseudo expert espagnol ont suscité de nombreuses critiques. Julio Cesar Barreno, président de l’Association guatémaltèque des médecins et chirurgiens, a signalé que l’association allait porter plainte contre l’expert espagnol qui, dit-il, a enfreint le code d’éthique médicale et le processus judiciaire. En effet, précise-t-il, Jose Reverte s’est exprimé sur le drame sans s’être rendu sur les lieux du crime et sans avoir parlé à quelqu’un qui aurait fait cette démarche. (apic/eni/pr)




