Guatemala: Un témoin clé de la Garde présidentielle met ses supérieurs en cause

Le crime «politique» ne fait pratique plus aucun doute

Guatemala, 6 septembre 1999 (APIC) Le flou qui entoure le meurtre, le 26 avril 1998, de Mgr Juan Gerardi, évêêque auxiliaire de Guatemala Ciudad, est peut-être sur le point d’être éclairci. Un ancien membre des services secrets de l’armée du Guatemala affirme que ses collègues de la Garde présidentielle sont responsables du crime. Cet aveu ne fait que corroborer les thèses émises depuis toujours par l’Eglise et les milieux de défenses des droits de l’homme du pays.

Mgr Juan Gerardi a été tué dans la nuit du 26 avril 1998, deux jours seulement après avoir publié un long rapport accusant l’armée d’être à l’origine de la plupart des morts et «disparitions» en trente ans de guerre civile.

Le témoin, Jorge Aguilar, membre de la Garde présidentielle, escadron militaire chargé de protéger le président du pays et passablement incriminé dans le rapport de l’évêque assassiné, avoue aujourd’hui avoir été de service, la nuit du meurtre, au quartier général de la Garde présidentielle, à trois rues des lieux du meurtre.

Des représentants du Bureau des droits de l’homme de l’archevêché catholique du Guatemala étaient au courantdepuis plus d’un an, mais il semble que Jorge Aguilar ait été contraint au silence par ses supérieurs et qu’il n’était pas disposé à témoigner.

Le témoignage de Jorge Aguilar, a été reçu le 24 août dans le cadre d’une audience privée tenue dans le Bureau des droits de l’homme de l’archevêché, en présence de Flor de Maria Garcia, juge responsable du dossier Gerardi. .Le meurtre, a-t-il déclaré au juge, a été organisé par le major Francisco Escobar, le capitaine Byron Lima et un autre officier identifié seulement comme «Dubois». Des spécialistes de la Garde présidentielle, selon Aguilar, auraient «nettoyé» la zone autour de l’église avant le meurtre, pour s’assurer que des unités de la police ou d’autres importuns ne viendraient pas interrompre leurs activités.

Selon ce témoin, l’assassin, dont le nom n’a pas encore été rendu public, a quitté le quartier général de la Garde présidentielle en voiture avec le capitaine Lima et d’autres portant des cagoules. L’assassin, ajoute Jorge Aguilar, a plus tard été renvoyé de la Garde présidentielle, avant d’être à nouveau engagé qualité d’instructeur en arts martiaux.

Assassins et menteurs…

Une Toyota Corolla blanche, dont l’immatriculation a été attribuée à la Garde présidentielle, avait été aperçue par un chauffeur de taxi sur les lieux du meurtre. Cette voiture, affirme encore Jorge Aguilar, serait maintenant cachée au quartier général de la Garde présidentielle.

Le 26 août, soit deux jours après ce témoignage, des représentants de l’ONU ont escorté Jorge Aguilar, sa femme et leurs cinq enfants jusqu’à l’aéroport. De là, ils ont pris l’avion pour le Canada, où ils vont vivre dans un endroit gardé secret.

Les militaires n’ont pas tardé à chercher à discréditer Jorge Aguilar. Le colonel Douglas Barrera, chargé des relations publiques de l’armée, a prétendu que Jorge Aguilar n’était au Palais national qu’un «simple concierge, qui, pour des raisons administratives, figurait sur la liste du personnel de la Garde présidentielle».

Pour Mynor Melgar, avocat de l’archevêché, les militaires protestent trop. «Ils feraient mieux d’abandonner leur attitude défensive et de cesser de chercher à discréditer les témoins sans même savoir ce qu’ils ont dit au juge».

Depuis le début de l’enquête, des représentants de l’archevêché ont laissé entendre que le meurtre de l’évêque Gerardi avait des mobiles politiques et que des membres de l’armée, y compris le capitaine Lima, y étaient mêlés. C’est là une théorie qu’a refusé d’examiner le premier enquêteur, Otto Ardon. Ce dernier a démissionné en décembre, et son remplaçant, Celvin Galindo, s’est plaint de la disparition d’une grande partie des pièces du dossier accumulées au cours de l’enquête.

Parallèlement à ces révélations, des analyses ADN viennent d’être effectuées aux Etats-Unis. Les résultats de ces analyses devraient être connus ces jours. (apic/eni/pr)

6 septembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!