La position de l'Eglise face à la guerre reste inchangé depuis le pontificat de Benoît XV (1914-1922) | © Pixabay
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La position de l'Eglise face à la guerre reste inchangé depuis le pontificat de Benoît XV (1914-1922) | © Pixabay

Guerre de 14-18: en France et en Belgique, les prêtres ont payé un lourd tribut

09.11.2018 par Jacques Berset, cath.ch

Pour commémorer la fin de la Première Guerre mondiale, les cloches des églises sonneront  à toute volée à 11h, dans toute l’Europe, le dimanche 11 novembre 2018. En France et en Belgique, notamment, l’Eglise rappelle que les prêtres ont payé un lourd tribut lors de la “Grande Guerre”.

Les cloches sonneront dans tous les diocèses en faveur de la paix le jour de l’Armistice qui a marqué la fin du conflit sanglant, que tous espéraient alors être la “Der des Der”. Lors de multiples célébrations eucharistiques, les fidèles sont invités à prier pour la paix et pour les victimes de la Première Guerre mondiale et de toutes les guerres.

Ce même 11 novembre, tous les carillonneurs sont invités à jouer du carillon dans les églises et autres édifices à partir de 11h30. “Ringing bells across Europe” (Sonner les cloches à travers toute l’Europe), un site internet réalisé à cette occasion par des carillonneurs allemands, représente les paroisses et les carillons participant à cette initiative sur une carte interactive.

Des milliers de prêtres ont trouvé la mort

Durant la Première Guerre mondiale, 2’949 prêtres diocésains, 1’571 religieux et 1’300 séminaristes sont tombés au champ d’honneur, et 375 religieuses sont mortes au service des soldats. Une plaque à leur mémoire a été dévoilée et bénie le 31 mars 2015 par Mgr Luc Ravel, évêque aux armées, à la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides, à Paris, que l’on appelle familièrement l'”église des soldats”.

Du côté français, le clergé est d’emblée mobilisé: plus de 32’000 prêtres, religieux et séminaristes sont appelés sous l’uniforme, comme tous les hommes de leur génération. Les plus âgés, environ la moitié, servent dans des formations sanitaires, ce qui leur permet de ne pas faire verser le sang d’autrui, comme le demande le droit canonique. Les plus jeunes sont affectés dans les troupes combattantes. Un millier de prêtres sont plus classiquement aumôniers militaires, rappelle la revue de spiritualité ignatienne Vie chrétienne.

Prêtres et religieux mobilisés

Pour beaucoup de Français, la guerre de 14–18, ce sont les “poilus” à moitié ensevelis dans les tranchées, les monuments aux morts rappelant le sacrifice de toute une jeunesse partie la fleur au fusil, les millions de familles endeuillées et les souffrances engendrées par le conflit, peut-on lire sur le site de l’Eglise catholique à Lyon.

Une partie de l’histoire de la “Grande Guerre” est pourtant méconnue, notamment la place des religieux catholiques. Pour l’unique diocèse de Lyon, ce sont 57 prêtres et 93 séminaristes, qui ont donné leur vie pour que la France reste libre.

Des médailles militaires pour les religieux

A l’automne 1914, la Semaine Religieuse du diocèse de Lyon comptabilisait déjà 756 religieux mobilisés, sachant que pour la seule ville de Lyon, 140 séminaristes et 28 prêtres sont comptés. A l’issue du conflit, sur les religieux diocésains mobilisés, 29 ont reçu la croix de la légion d’honneur, 58 des médailles militaires, 505 citations avec croix de guerre et 34 décorations diverses françaises et étrangères.

Suivant leur date de naissance et leur formation ecclésiale, trois affectations étaient possibles. La plus connue des Français était celle d’aumônier militaire. Depuis la loi du 20 mai 1874, toutes les garnisons étaient pourvues d’aumôniers. Avec l’arrivée de prêtres volontaires, plus de 500 aumôniers ont officié pendant le conflit. La loi du 15 juillet 1889 déclarait obligatoire un service militaire d’un an pour les séminaristes.

Dans les unités combattantes, “pas des prêtres embusqués”

En cas de mobilisation, ils étaient affectés au service de santé. La loi du 21 mars 1905 maintient l’affectation au service de santé pour ceux qui en bénéficiaient déjà. Les autres sont affectés au sein des unités combattantes. L’amendement Sixte Quenin, dit de récupération, est voté en 1917. Il rappelle aux combats des prêtres initialement dispensés, il permet également aux élèves ecclésiastiques, qui seraient sous le bénéfice de la loi 1889, d’être affectés aux unités combattantes.

A partir de 1915, plusieurs journaux lancent une campagne à l’encontre des religieux, qu’ils accusent d’être des “prêtres embusqués”. Dans le diocèse de Lyon, en 1916, Le Progrès et le Lyon républicain véhiculent ces idées, rappelle le site de l’Eglise catholique à Lyon.

Verdun Nécropole nationale de Douaumont |© Jacques Berset

Tombés au champ d’honneur

Pour y répondre, la Semaine Religieuse du diocèse de Lyon publie, “dans une visée apologétique non déguisée”, une nécrologie soignée et détaillée, en mettant notamment en lumière les nombreuses décorations et distinctions reçues par les religieux diocésains lyonnais sur le champ de bataille. Mais en plus des prêtres tombés au champ d’honneur, Mgr Lavallée (1870 – 1961) rappelle le dévouement de ceux qui n’étaient pas mobilisés, pour des raisons d’âge ou de santé. Dans certains cas, leurs efforts pour s’occuper des paroisses vacantes les ont conduits à la mort.

Outre l’attention portée aux populations et aux victimes de guerre, le Saint-Siège a rapidement pris en compte les nécessités religieuses de ses membres mobilisés. Ainsi, le 30 mars 1915, Mgr  Hector Irénée Sevin, archevêque de Lyon (1912-1916), reçoit des conseils pour le soin des prêtres envoyés à la guerre de la part du cardinal De Laï, alors préfet de la Congrégation Consistoriale.

Cette inquiétude est surtout spirituelle. Les prêtres, confrontés à la souffrance et à l’horreur de la guerre, se voient dans de nombreux cas démunis face à cette situation. Pour y remédier, le cardinal De Laï propose de mettre en place des correspondances fournies mais aussi de leur envoyer des lectures. Ces conseils ont pour but de continuer à nourrir leur vie spirituelle, afin qu’à leur tour ils soient une lumière pour leurs camarades de tranchées, et qu’ils puissent poursuivre leur vocation sacerdotale, même dans ces temps troublés.

Les ambivalences de l’Eglise

Dans cette revue, le professeur Xavier Boniface, auteur de l'”Histoire religieuse de la Grande Guerre”, montre les ambivalences de l’Eglise dans les pays belligérants: porteuse de la foi et des espérances des peuples, elle s’associe également à leur patriotisme exacerbé. En France, elle soutient l’union sacrée, à laquelle le président de la République, Raymond Poincaré, appelle les Français dès le 4 août 1914: “il s’agit de taire les divisions internes de la nation pour s’unir contre l’adversaire”.

Une décennie après les lois anticléricales visant les congrégations (1901 et 1904) et la séparation des Eglises et de l’Etat (1905), les relations s’améliorent entre les catholiques et la République. Le gouvernement suspend l’application des mesures visant les congrégations et sollicite le soutien des forces religieuses. En 1915, le ministère des Affaires étrangères charge le recteur de l’Institut catholique de Paris, Mgr Baudrillart, de former un Comité catholique de propagande française à l’étranger. “Il a pour mission de montrer aux catholiques des pays neutres, comme ceux d’Espagne, qui pourraient être séduits par les Empires centraux, que la France, loin d’être athée, respecte la religion”.

“Patriotisme et Endurance”

En Belgique, le cardinal Désiré-Joseph Mercier, archevêque de Malines-Bruxelles, s’abstient au début de la guerre de toute condamnation de l’ennemi et reste très prudent même après les massacres de civils d’août 1914. Mais finalement, c’est au nom de la foi que le primat de Belgique appelle les fidèles à la résistance spirituelle dans sa lettre pastorale de Noël 1914, intitulée “Patriotisme et Endurance”.

Il écrit: “Ce pouvoir n’est pas une autorité légitime. Et dès lors, dans l’intime de votre âme, vous ne lui devez ni estime, ni attachement, ni obéissance. L’unique pouvoir légitime en Belgique est celui qui appartient à notre roi, à son gouvernement, aux représentants de la nation”. Il est seul à signer cette lettre, que ses confrères dans l’épiscopat désapprouvent dans un premier temps, avant de changer leur fusil d’épaule.

Pour beaucoup de Belges, comme pour les Français en 1914, il ne fait guère de doute que l’agression allemande est criminelle et que Dieu ne peut que “soutenir le Droit contre la Force brutale”. “L’imaginaire de la Croisade n’est pas loin…”, lit-on sur le site de la Radio Télévision belge francophone RTBF.

Guerre de 14-18 Borne commémorative sur la Voie sacrée entre Bar-le-Duc et Verdun |© Jacques Berset

Foi en Dieu et foi en la Patrie

Foi en Dieu et foi en la Patrie se rejoignent, mais si les croyants s’engagent sur le terrain des œuvres, au profit des soldats, des prisonniers, des blessés et des réfugiés, cette charité ne s’exerce qu’à l’égard des compatriotes ou des alliés, presque jamais au profit de l’adversaire.

Les catholiques, comme l’ensemble de la société française d’ailleurs, font valoir la primauté de la patrie, relève la revue Vie chrétienne. “Défendre celle-ci par les armes ou par les œuvres, c’est en effet servir Dieu. La foi en Dieu et la foi en la patrie tendent à se rejoindre et à se superposer. Le conflit devient alors guerre sainte, croisade, mais aussi châtiment divin en vue de la rédemption du pays. Un tel discours fait barrage aux appels du pape Benoît XV à la paix”.

En effet, Benoît XV prône une “paix blanche, sans vainqueurs, ni vaincus”, mais sa note du 1er août 1917 est très mal accueillie par des catholiques français qui rappellent que leur pays a été agressé et que le droit est dans leur camp. “La ligne de neutralité et d’impartialité suivie par le pape n’est pas comprise dans le contexte de la guerre totale, alors que les catholiques sont présents par millions dans les deux camps”.

Diocèses bretons: près de 900 religieux et religieuses ont péri

Sur l’ensemble des cinq diocèses bretons de l’époque, regroupant le Finistère, les Côtes-du-Nord, le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique, environ 4’500 religieux ont été mobilisés lors de la durée du conflit et un peu plus de 810 y ont laissé leur vie. A ces chiffres il faut ajouter les religieuses bretonnes, dont au minimum 50 ont été des victimes directes du même conflit, lit-on sur le site “Bretons et catholiques en 14-18, qui rend hommage à ces victimes. “Pas une ville, pas un village n’a été épargné par la Grande Guerre. Les régiments bretons ont payé un lourd tribut. “Plus jamais la guerre”, dira-t-on ensuite ! (cath.ch/be)

 


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