Cardinal Ratzinger: attaque américaine sans justification morale
Guerre de Bush et Blair contre l’Irak: opposition croissante des Eglises
Washington/Ottawa/Londres/Rome, 26 septembre 2002 (APIC) La «guerre de Bush et Blair» contre l’Irak se heurte à une opposition croissante des Eglises dans le monde. Tandis que le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, affirme qu’en l’état actuel, une attaque unilatérale américaine sans mandat de l’ONU serait dépourvue de justification morale, le Conseil canadien des Eglises (CCEC) et l’Eglise d’Ecosse disent à leur tour «non à la guerre contre l’Irak».
Fidèle allié de Washington, le Premier Ministre Anthony Blair présentait mardi un rapport de 50 pages aux députés britanniques intitulé «Les armes de destruction massive de l’Irak: l’évaluation du gouvernement britannique», un dossier qui n’a de loin pas convaincu les experts et qui a été reçu comme de la «pure propagande» dans de nombreux pays.
L’Eglise d’Ecosse a elle aussi ajouté sa voix au concert des mouvements anti-guerre qui s’opposent à une attaque américano-britannique unilatérale contre l’Irak. «Sans mandat de l’ONU, une action militaire serait illégale», écrit l’Eglise. Dans une lettre envoyée aux députés britanniques, elle qualifie la guerre envisagée par Washington et Londres de «téméraire et immorale».
Pour l’Eglise d’Ecosse, une attaque unilatérale serait «téméraire et immorale»
Le Révérend Alan McDonald, tout en estimant que «la nature funeste du régime de Bagdad ne fait aucun doute», demande aux parlementaires de considérer si une campagne militaire contre ce régime aiderait vraiment les gens en Irak et contribuerait à la stabilité de la région ou à la paix dans la monde. «Il est plus que probable qu’une telle guerre aliénerait davantage les peuples du Moyen-Orient, déstabiliserait encore plus l’économie mondiale et provoquerait encore davantage de troubles pour les années à venir. Entrer en guerre quand existent des alternatives est non seulement téméraire, c’est immoral!»
Dans sa lettre aux députés, le Révérend McDonald déplore également que la reconstruction de l’Afghanistan ne soit plus une grande préoccupation et que l’on ne s’engage pas plus pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien, qui est la première priorité au Moyen-Orient. Dans cette région d’ailleurs, Israël peut impunément ne tenir aucun compte des résolutions des Nations Unies.
Veillées de prière et de jeûne en Grande-Bretagne
Mardi, tandis qu’Anthony Blair tentait de convaincre les parlementaires d’agir militairement contre l’Irak, des membres du mouvement catholique pour la paix «Pax Christi» ainsi qu’un groupe de moines bouddhistes japonais ont participé à une veillée de prière et de jeûne pour la paix à l’extérieur du parlement à Londres. Des paroisses de tout le Royaume-Uni et des groupes de chrétiens ont également participé à cette journée de prière et de jeûne. Pat Gaffney, secrétaire général de Pax Christi, a expliqué que la manifestation non-violente voulait dire aux députés ce message très simple: «Pas de guerre en notre nom. Oui à la paix dans la justice».
La guerre préventive est interdite par la Charte de l’ONU et le droit international
En Italie, les religieux franciscains d’Assise font partie des opposants à la guerre contre l’Irak. Ils ont interpellé eux aussi les membres du parlement italien. Alors que les pacifistes italiens écrivent aux responsables politiques pour leur demander de s’opposer à la guerre contre l’Irak, de nombreuses associations catholiques figurent parmi les premiers adhérents à l’appel de la large coalition de la «Table de la Paix», dont les Frères conventuels du Couvent Sacré d’Assise.
«Avec tous les Italiens, amants de la paix et de la légalité – lit-on dans le document – dans le respect de la Constitution qui engage notre pays et toutes nos institutions à oeuvrer pour la paix et la justice dans le monde (’L’Italie répudie la guerre comme moyen de résoudre des controverses internationales’), nous disons: ne déchirez pas la Constitution italienne! Ne laissez pas que notre pays soit impliqué, de quelque façon que ce soit, dans cette terrible aventure militaire. Nous devons empêcher la guerre contre l’Irak, parce qu’elle provoquera beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en veut résoudre, parce qu’elle comporte des menaces sérieuses contre notre vie et le futur de l’Europe, parce que la guerre préventive est catégoriquement interdite par la Charte des Nations Unies et par le droit international».
Selon la «Table de la Paix», pour s’opposer aux nouveaux vents de guerre, «l’Italie et l’Europe ne doivent pas se limiter à dire non à la guerre et au terrorisme. Elles doivent suivre avec détermination une autre voie, plus sûre et plus efficace: la voie de la légalité, de la justice pénale et de la coopération internationale».
Le Conseil canadien des Eglises du Canada interpelle Jean Chrétien
Dans une lettre datée du 25 septembre 2002, le Conseil canadien des Eglises du Canada (CCEC) interpelle le Premier Ministre du Canada Jean Chrétien et déplore que «la clameur des tambours de guerre menace d’estomper à la fois loi et compassion; la population est tentée de conclure qu’une autre guerre du Golfe est désormais inévitable. Nous vous écrivons, en tant que dirigeants responsables de plusieurs communautés chrétiennes du Canada, afin d’affirmer haut et fort qu’il faut dire NON à une telle guerre. L’heure est à la diplomatie intense et aux négociations entre individus, non aux missiles et aux bombardements.»
Le CCEC, prenant le contre-pied de l’administration Bush, affirme que «l’heure est particulièrement propice au multilatéralisme : le monde a désespérément besoin de la sagesse émanant de toutes les régions pour clairement comprendre les pleines conséquences des choix qui s’offrent à nous. Il est évident que la planète est aux prises avec une situation dangereuse, en
Irak et dans la région du Moyen-Orient en général. Cependant, face à ces graves problèmes, l’approche non militaire et conciliatrice est non seulement imaginable et possible, mais aussi infiniment préférable à la guerre.»
«L’heure est particulièrement propice au multilatéralisme»
Les Eglises canadiennes, peu convaincues par les arguments de Washington et de Londres, déclarent, à propos de l’arsenal d’armes biologiques, chimiques ou nucléaires dont disposerait Saddam Hussein, que «l’inspection des armements en Irak par des instances internationales demeure la seule avenue à privilégier.»
Il serait utile, aux yeux du CCEC, que l’ONU adopte une résolution décrivant en détails les mesures à prendre, l’échéancier des opérations et les conséquences du refus d’obtempérer, pour autant que les critères choisis ne fassent pas en sorte qu’il devienne pratiquement impossible pour l’Irak de se plier à ces demandes. «Si tel était le cas, une résolution des Nations Unies ne constituerait qu’une méthode voilée pour procéder à une intervention, qui serait multinationale mais demeurerait injuste.» Et de plaider pour la voie des négociations.
Non à la théorie de l’»axe du mal» et à l’arrogance
Les Eglises canadiennes, peu convaincues par la théorie de l’»axe du mal» chère à George Walker Bush, considèrent que «les négociations ne peuvent mener à l’ouverture des esprits et la formulation de solutions si l’univers est divisé au départ entre deux camps distincts, le bon et le mal, ’notre’ côté étant exclusivement bon. Une telle approche, en plus de contrevenir au sens chrétien de péché et de grâce, révèle une arrogance qui ne peut qu’exacerber les sentiments de colère et d’hostilité.»
Le CCEC demande au gouvernement canadien de maintenir le dialogue avec les parties en cause et d’insister pour tous soient considérés comme des semblables, dotés de dignité humaine et jouissant de droits humains. «Une nouvelle guerre du Golfe serait injuste d’abord en raison de la souffrance qui serait conséquemment infligée à la population irakienne, qui a déjà si amèrement souffert» au cours de la dernière décennie, comme en témoigne les frères chrétiens de cette région, écrivent les Eglises canadiennes.
«L’Irak n’est pas le seul pays à contrevenir aux résolutions de l’ONU»
«Nous, occidentaux, devrons répondre devant les générations à venir et le Créateur des dommages que nous acceptons d’infliger au nom de la sécurité. Les onze dernières années de sanctions en donnent un bon exemple: les sanctions imposées n’ont pas eu pour effet de réduire l’étau oppressant du régime de Saddam Hussein. Ce sont les citoyens ordinaires et innocents de l’Irak qui ont subi l’impact des sanctions.»
Les Eglises du Canada insistent pour que toutes les nations soient pressées de se conformer au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, car «l’Irak n’est pas le seul pays à contrevenir à ces résolutions.»
Parmi les responsables de la vingtaine d’Eglises qui ont signé l’appel à Jean Chrétien, on note la présence de Jim Boyles, secrétaire général de l’Eglise anglicane du Canada, du Rév. Kenneth Bellous, ministre exécutif de la Convention baptiste de l’Ontario et du Québec, de Mgr Jacques Berthelet, évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, du Rév. Raymond Schultz, évêque national de l’Eglise évangélique luthérienne au Canada. (apic/cns/vid/cecc/be)



