Guerre des Balkans: «Il va falloir assumer», dit Mgr Tauran
Le recours à la force n’est pas sans risque
Rome, 14 avril 1999 (APIC) L’option retenue par les politiques pour rétablir la paix au Kosovo, à savoir le recours à la force, n’est pas sans risque, et il va falloir assumer, a averti Mgr Tauran, «ministre des Affaires étrangères» du Saint-Siège.
Dans le dernier numéro de l’hebdomadaire italien «Famiglia Cristiana», le prélat français, secrétaire pour les rapports avec les Etats (la seconde section de la Secrétairerie d’Etat du Vatican), rappelle que le Saint-Siège «a toujours souhaité, dans le cas des Balkans, que les problèmes politiques soient résolus avec le dialogue dans le respect de l’histoire et du droit». Le Saint-Siège reconnaît en même temps qu’il y a aussi un «devoir d’ingérence humanitaire», précise l’archevêque, car «aucun Etat ne peut violer les droits humains en se cachant derrière le paravent de la souveraineté nationale», et c’est, selon lui, «une importante évolution du droit international de ces dernières années».
Dans le cas du Kosovo, poursuit Mgr Tauran, une intense activité diplomatique a été déployée pendant plusieurs mois pour favoriser un accord entre la République fédérale de Yougoslavie et la province du Kosovo, qui malheureusement a échoué. «Les responsables politiques ont jugé que, tous les instruments diplomatiques étant épuisés, il restait seulement la force pour imposer une solution qui aurait favorisé la vie commune pacifique entre les populations du Kosovo», constate Mgr Tauran, mais «la responsabilité d’un tel choix est évidemment celle de ceux qui ont retenu opportun de l’adopter».
Le Saint-Siège, tout en prenant acte de cette décision, a cherché à «faire réfléchir sur les conséquences qui en dérivent pour les populations», écrit l’archevêque, pour qui il y a là une «question délicate», quand «le mal que l’on veut combattre et les conséquences de la thérapie appliquée».
A propos de l’invitation adressée par le Saint-Siège à la communauté internationale à reconnaître les raisons du droit et de l’histoire pour parvenir à la paix, Mgr Tauran demande de tenir compte du fait que, «d’une part, la Serbie revendique des faits historiques fondateurs de son identité enracinés dans le Kosovo et que, d’autre part, la majorité de la population qui y habite est d’ethnie albanaise».
«En considérant que cette région appartient à l’Europe, conclut le secrétaire pour les Rapports avec les Etats, il est important que les solutions soient recherchées dans le patrimoine juridique même de la tradition européenne, qui se base sur la démocratie, le respect des droits humains et la libre circulation des personnes et des biens… De telles références ne manquent pas, par exemple les textes du Conseil de l’Europe ou de l’OSCE. Les solutions et les formules de vie commune pacifique entre les peuples doivent puiser à ces sources», (apic/cip/imed/pr)



