Guerre des Balkans: L’action de l’OTAN ne sert pas la paix, mais l’éloigne, dit Alexis II

«L’hypocrisie des alliés»

Rome, 20 avril 1999 (APIC) Dans un entretien accordé au quotidien italien «Avvenire» avant son départ pour Belgrade, mardi 20 avril, le patriarche russe orthodoxe Alexis II lance un appel au dialogue entre serbes et kosovars et demande le cessez-le feu immédiat des forces de l’OTAN. L’intervention des alliés est hypocrite et n’a rien d’humanitaire, estime-t-il. Pour lui, l’action de l’OTAN ne sert pas la paix, mais l’éloigne.

«Cessez la discorde et commencez le dialogue» lance le patriarche à la fois au peuple serbe et aux Albanais du Kosovo. Mais pour lui, «il est évident que les Serbes n’accepteront jamais que le Kosovo se détache de leur patrie car ce territoire est le centre spirituel de la Serbie». «Il est cependant évident que les Albanais ont le droit de vivre sur ces terres dans de dignes conditions, précise-t-il, sinon la guerre fratricide continuera».

Le patriarche condamne l’action militaire de l’OTAN qui «n’a pas servi la paix mais, au contraire, l’a éloignée». Loin d’être «à but humanitaire», il considère l’intervention des alliés comme «une belle hypocrisie». Il reproche «aux chrétiens d’occident» impliqués dans la guerre de commettre «un péché grave devant Dieu et un délit du point de vue international».

«Un groupe de pays, sans aucune approbation de l’ONU, poursuit-il, s’est approprié du droit de juger ce qui est bien et ce qui est mal. C’est une violence, dit-il, qui lèse non seulement la victime mais l’agresseur».

Relations avec les catholiques et oecuménisme

Interrogé ensuite sur les rapports entre l’Eglise de Russie et l’Eglise Catholique, Alexis II souligne «l’importance extraordinaire» des liens entre chrétiens d’Orient et d’Occident face au régime soviétique antireligieux. Il se souvient par exemple d’un ordre de Moscou de fermer l’unique monastère en Estonie en 1961, décision que le gouvernement soviétique a dû révoquer suite à la venue d’une délégation d’évêques catholiques allemands et surtout du tollé de la presse en Occident sur ce cas. «L’aide des chrétiens d’Occident nous a aidé à résister dans les années les plus dures, affirme le patriarche russe, et de par les contacts réciproques, nous avons fait l’expérience de l’engagement missionnaire, caritatif et social de l’Eglise, ce qui était sévèrement condamné en URSS».

Pour ce patriarche orthodoxe élu en 1990, l’écroulement de l’URSS «a libéré la grande potentialité de la conscience religieuse populaire qui était auparavant muselée». De fait, l’Orthodoxie est devenue pour une grande majorité de Russes «la base de la propre identité et le point de référence spirituel et moral», ajoute Alexis, même si la fréquentation dominicale est assez basse. Il estime en effet que le renouveau spirituel actuellement s’étend plus «en profondité» qu’en nombre de croyants.

S’agissant des relations oecuméniques, le patriarche reconnaît «la grande indignation» des russes face «à l’invasion de faux missionnaires étrangers» qui ont su s’imposer dans ce «désert spirituel et culturel» de la période post-totalitaire. Quant à l’Eglise catholique en particulier, le patriarche aimerait qu’elle «confirme dans les faits ce qu’elle répète souvent, à savoir qu’elle considère l’Eglise orthodoxe comme une Eglise soeur». Mgr Alexis II regrette cependant que, «malheureusement, certains événements contredisent une telle approche». Ce sont ces événement qui, pour le patriarche, rendent «difficile» une rencontre entre Jean Paul II et Alexis II. (apic/imed/pr)

20 avril 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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