Guide pour un «désarmement institutionnel» de l'Eglise

Suisse: Pour Daniel Kosch, la situation de la religion nécessite de nouveaux modèles d’action

Zurich, 20 mars 2014 (Apic) «La situation est sérieuse, mais ne porte-t-elle pas une opportunité?» C’est ce que relève le théologien zurichois Daniel Kosch dans un nouveau livre à paraître le 1er avril. L’ouvrage, intitulé «Religion en rénovation- inventaire, innovation, investissement» (Religion im Umbau-Inventar, Innovation, Investition), est publié par l’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI), basé à St-Gall. Selon le secrétaire général de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ), l’Eglise catholique dans le pays doit passer par un «désarmement institutionnel» pour atteindre ceux qui se sont éloignés de l’Eglise.

Les changements sociétaux sont aujourd’hui évidents et semblent encore s’accélérer. La pratique religieuse ne cesse de reculer en Suisse. Les derniers chiffres indiquent que 66% des catholiques sont éloignés de l’Eglise. Ceux qui se sentent liés à l’Eglise, engagés dans les communautés et «s’identifient globalement aux structures, à l’enseignement et au système de valeurs de l’Eglise», comme l’écrit Daniel Kosch, ne représentent plus que 23%.

Cela signifie que, si cette tendance se poursuit, l’institution de l’Eglise, sous sa forme traditionnelle, sera bientôt en danger. Les générations à venir verront de moins en moins de personnes qui, sur une base quotidienne, «s’engageront socialement avec des motivations explicitement chrétiennes ou qui considéreront les communautés chrétiennes comme leurs foyers spirituels et sociaux». Le risque court, au-delà, que l’image des Eglises en tant qu’ «organismes de bienfaisance» largement reconnus par la société s’en retrouve affaiblie.

L’Eglise a besoin d’un «nouveau modèle de gestion»

L’institution de l’Eglise a besoin, selon Daniel Kosch, d’un «nouveau modèle de gestion», un «plan B» pour son avenir. Pour le théologien zurichois, l’on s’en tiendrait aujourd’hui largement encore au «plan A». Un plan qui peut être résumé comme suit: «Continuons à faire la même chose qu’avant, mais avec un peu moins d’argent et moins de personnel». Daniel Kosch propose d’élargir la vision institutionnelle de l’Eglise, en partant de l’idée que ce que l’Eglise fait, existe déjà au-delà de ses frontières». Le «principe d’espérance» est également soutenu par les philosophes athées, la solidarité et la miséricorde sont des valeurs partagées par les personnes éloignées de l’Eglise, souligne par exemple le secrétaire général de la RKZ.

Une telle conception de l’Eglise permettrait de voir aussi «Dieu dans l’œuvre et dans la foi, l’amour et l’espérance chez les hommes, où, sur le plan institutionnel, la seule ‘distanciation’ est perçue». Daniel Kosch plaide ainsi pour une sociologie de la religion «alternative», qui ne s’interroge pas uniquement sur la religiosité institutionnelle, mais qui recherche aussi «des indices de la présence du Dieu biblique et de la fidélité à la mission de Jésus dans notre société».

Plus de simplicité et de modestie

Etant donné les signes des temps, le théologien zurichois plaide pour une stratégie d’»abandon réfléchi et volontaire» au sein de l’Eglise. Il faudrait donc, au lieu de vouloir conserver absolument tout ce qui existe dans l’Eglise actuelle, aller vers un «désarmement institutionnel», ceci dans un double sens. Tout d’abord d’un point de vue matériel: la propriété ecclésiastique, les structures de gestion et les services pastoraux sont encore fortement orientés vers «une couverture totale» pour tous les membres de l’Eglise, de la naissance à la mort et dans toutes les situations de la vie. Ce sont les traits caractéristiques d’une forme de «catholicisme de l’aisance». L’on a besoin de plus de simplicité et de modestie. Ce n’est pas une question d’économies, mais de solidarité à l’intérieur de l’Eglise suisse.

Le concept de «désarmement institutionnel» touche également la «densité de réglementation ” dans l’Eglise catholique, qui met très fortement en exergue son caractère institutionnel et donne l’impression d’une «sur-réglementation». Selon Daniel Kosch, il faut ainsi des règles simplifiées et plus généreuses, en même temps que davantage de développements au niveau des régions et finalement plus de marge de manœuvre pour l’expérimentation.

Moins d’entraves et plus de force de persuasion

Daniel Kosch est persuadé qu’un tel «désarmement institutionnel» rendrait l’Eglise «plus crédible, accessible et efficace» pour les distanciés et les non adhérents. De même, le fait de la libérer de ses entraves, la ferait gagner en «force intérieure, en courage, en vitalité, en force d’illumination et de persuasion».

Une Eglise plus pauvre et plus modeste sur les plans juridique, théologique et spirituel deviendrait plus «disponible et concrète» pour beaucoup de gens qui «cherchent un accès simple et prudent à la religion et au divin, et qui ne doivent pas immédiatement être agressés avec des vérités ‘absolues’». (apic/job/rz)

27 mars 2014 | 09:56
par webmaster@kath.ch
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