Trois cents femmes exciseuses remettent leurs couteaux
Guinée-Conakry: Le revirement des chefs musulmans entraîne des réactions en cascade
Conakry, 13 mai 2001(APIC) Le soutien déclaré des chefs musulmans à la lutte contre l’ecision porte ses premiers fruits en Guinée-Conakry. Plus de trois cents femmes exciseuses ont décidé officiellement de mettre fin à cette activité héritée de leurs parents et de remettre leurs couteaux.
Le désengagement des exciseuses de Conakry intervient une semaine après que des sages du pays ont déposé les ciseaux dont elles se servaient pour mutiler les organes génitaux féminins. Les exciseuses des villes de Kouroussa et de Kérouane, en Haute-Guinée, à l’est du pays, ont également renoncé à poursuivre la pratique de l’infibulation, créant la surprise dans cette zone considérée comme la plus conservatrice de Guinée.
Devant ces renonciations en cascade, les observateurs s’interrogent: s’agit-il vraiment de la fin d’une époque, dans un pays où l’excision est une pratique coutumière fortement ancrée dans les mentalités? Les exciseuses renonceront-elles vraiment à cette activité rémunératrice? Une chose est certaine: la démolition de l’édifice ancestrale est en cours, estime le plus grand nombre.
Instruments sacrificiels bons pour le musée?
Selon les membres de la CCPSF, les instruments utilisés traditionnellement pour exciser les fillettes de Guinée seront placés dans un musée, à Conakry.
L’ablation du clitoris est une pratique très répandue dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest. Toutes les ethnies, indépendamment de leur appartenance religieuse, soumettent leurs filles à l’excision.
Mais depuis une dizaine d’années, la Cellule de Coordination des Pratiques affectant la Santé des Femmes et des Enfants (CCPSF) mène un combat déterminé pour mettre fin à la circoncision des Guinéennes. Cette structure est une ONG (Organisation Non Gouvernementale) essentiellement constituée de femmes intellectuelles. Elle sensibilise les exciseuses sur les méfaits de leur métier sur la santé et leur promette des possibilités de survivre, après avoir abandonné leur activité traditionnelle.
Soutien du gouvernement aux campagnes de sensibilisation
Lors d’une cérémonie officielle organisée vendredi 11 mai à Conakry, les exciseuses ont remis aux responsables de la CCPSF, leurs couteaux qui ont été ensuite enveloppés dans un morceau de tissu rouge, symbolisant le sang. Le gouvernement était représenté à cette cérémonie par deux ministres.
Il y a un an, des chefs religieux musulmans s’étaient montrés virulents à l’encontre des organisations qui luttent contre l’excision, appelant les populations à ne pas céder à la démarche des féministes. Mais la tendance s’est soudainement inversée et l’on a vu les dignitaires musulmans participer aux nombreuses campagnes d’information de l’ONG. (apic/ibc/mjp)



