Mise en place d’un fonds de lutte contre la pauvreté

Guinée: Les Eglises de Guinée et d’Italie forcent la main des gouvernements

Ibrahima Cissé, correspondant de l’Apic à Dakar

Conakry, 2 octobre 2003 (Apic) Les Eglises catholiques de Guinée et d’Italie, engagées dans la lutte contre la pauvreté, ont réussi à contraindre leurs gouvernements respectifs à mettre en place une structure de désendettement. C’est le Fonds Guinéo-Italien de Réduction de la Dette (Foguired) dont le montant de global n’a pas été précisé. Il consiste à reconvertir la dette de la Guinée envers l’Italie.

Près de 40% de la population guinéenne, estimée à 8 millions d’habitants, vivent en dessous du seuil «absolu» de la pauvreté. Ils manquent du revenu minimum pour satisfaire aux besoins essentiels: accès à l’eau potable, soins de santé de base, infrastructures sociales économiques (routes, télécommunications, entre autres). Cette donnée émane de la Banque Mondiale, citant les résultats d’une Enquête Intégrale sur les Biens de Consommation (Eibc) menée en 1994/95 dans le cadre de l’élaboration du Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (Dsrp) par le ministère guinéen de l’Economie et des finances.

Régions rurales davantage touchées par la pauvreté

Selon la Banque Mondiale, la pauvreté affecte l’ensemble des régions et des catégories socio- professionnelles. Elle est deux fois plus élevée dans les zones rurales qu’en milieu urbain, et 7,8 fois plus qu’à Conakry la capitale. En Haute Guinée, 62% de la population est pauvre contre 51% en moyenne Guinée.

Le Dsrp prévoit une accélération de la croissance économique et la création d’opportunités de revenus pour les pauvres, un développement et un accès équitable aux services sociaux de base, ainsi qu’un renforcement des capacités institutionnelles et humaines.

Quatre projets sociaux adoptés

La création du Foguired entre ainsi dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. La convention portant sur sa création a été signée par les deux états le 10 avril dernier. L’Eglise catholique italienne a confié sa gestion à sa Fondation Justice et Solidarité (Fjs). Le comité de gestion composé de représentants des deux gouvernements et des deux Eglises, a approuvé les quatre premiers projets sociaux de lutte contre la pauvreté. Ils portent sur l’emploi des jeunes, la formation et l’appui à des organisations paysannes pour la commercialisation et la transformation de leurs produits, la construction d’un lycée et celui d’un centre de santé amélioré. «Les premiers financements ont été accordés, mais les versements n’ont pas encore eu lieu», a déclaré à l’Apic Jean Pierre Curtis, secrétaire général de l’Ocph (Organisation Catholique pour la Promotion Humaine).

La convention stipule que le gouvernement guinéen versera au fonds, une quotte part annuelle de 1 milliard de Francs guinéens (= 680’982 Frs) pendant 3 ans. La contribution de la Fjs sera de 2 millions d’Euros par an (près de 3 millions de Frs), pendant 3 ans également. Les deux parties ont commencé à exécuter leur engagement. La partie guinéenne s’est acquittée de sa quotte part annuelle. Tout comme le Fjs a effectué un premier versement de 2 millions d’Euros au Foguired.

Action lancée dans le cadre du Jubilé 2000

C’est l’Eglise catholique italienne qui, à l’occasion du Jubilé 2000, «a entrepris de faire quelque chose pour les pauvres sous-développés», a expliqué à l’Apic, Jean Pierre Curtis. Elle a choisi alors la Guinée et la Zambie, deux pays africains à cause de leur extrême pauvreté et de leur faible niveau de revenus. La Guinée, selon Curtis, «est en effet l’un des pays au monde qui traîne encore dans le processus de développement».

L’Eglise italienne a fait pression sur son gouvernement, en lui réclamant l’annulation de la dette de ces deux pays. Les dirigeants italiens ont plutôt préféré la solution de la transformation de cette dette en fonds de lutte contre la pauvreté. C’est ce fonds qui a pris la dénomination, en Guinée, de Foguired. (apic/ibc/bb)

3 octobre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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