L’ONU demande un couloir de sécurité

Guinée: Près de 500’000 réfugiés sont bloqués dans les régions frontalières

Conakry, 13 février 2001 (APIC) Ruud Lubbers, Directeur du Haut-Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (ACNUR) a lancé un appel à tous les chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest, pour rechercher une solution à l’entassement de près de 500’000 réfugiés dans les régions frontalières de la Guinée avec le Liberia et la Sierra Leone. «Il faut créer un couloir de sécurité pour les réfugiés et pour ceux qui travaillent dans les organisations humanitaires», a déclaré le haut fonctionnaire lors de sa récente visite dans les camps d’accueil situés près de Massakoundo.

La situation s’est aggravée durant ces dernière semaines, rapporte l’agence d’information Fides. 330’000 parmi ces réfugiés viennent de Sierra Leone et 130’000 du Liberia. Les incursions des rebelles de Sierra Leone en territoire guinéen a jeté l’insécurité dans les camps d’accueil. Des milliers de réfugiés de Sierra Leone et du Liberia, ont récemment fui le camp de Nyaedou en direction de la ville de Kissidougou, où se trouve le Centre opérationnel de l’ONU. Une famine terrible et une épidémie de fièvre jaune rendent plus difficiles encore les conditions de vie des réfugiés. Il faut ajouter à cela la haine des Guinéens à l’égard des rebelles de Sierra Leone, qui se transforme également en haine contre les réfugiés.

La situation est dramatique aussi pour les Guinéens contraints à subir les attaques et les incursions des rebelles de Sierra Leone : leurs villages sont brûlés, leurs récoltes détruites, les personnes massacrées. Face à l’arrivée des rebelles, les gens abandonnent leurs villages et forment ainsi un groupe de 70.000 réfugiés qui errent dans leur propre pays.

Manque de produits de première nécessité

On manque de tout : nourriture, médicaments, abris, sécurité. Le plan d’urgence de l’ACNUR prévoit le retour volontaire des réfugiés dans leurs villages, ou leur transport par bateaux ou par camions dans des régions plus sûres, comme Conakry. La Caritas a ouvert un camp dans la Capitale, et accueille 3.000 personnes par jour. Un autre camp doit s’ouvrir prochainement dans la périphérie de la ville.

Les réfugiés disposés à retourner dans leur pays d’origine, bénéficient des aides de la Caritas de Guinée, en collaboration avec l’ACNUR, la Croix-Rouge Internationale et avec le Programme Alimentaire Mondial de l’ONU. Ces jours derniers, l’ONU a envoyé des camions pour conduire 1’000 réfugiés d’un camp de Niyaedou vers une région plus sûre à Alabadaria. Les camions se sont remplis de 1’000 personnes en peu de temps. 3’000 autres réfugiés, terrorisés par le fait d’avoir été laissés là pour mourir, ont suivi à pieds la colonne de camions.

Une efficacité remise en question

Des Missionnaires spiritains , qui sont en contact étroit avec les réfugiés déclarent pour leur part que le travail de l’ACNUR est «incohérent». «Ceux qui devraient proposer des solutions ne sont pas présents, déclare l’un d’entre eux. L’ACNUR, en raison de l’insécurité, a abandonné tous les camps pour s’installer dans la Capitale. A Conakry, ils disent qu’ils n’ont pas de mandat officiel pour intervenir. Alors, ils ne font rien : des dizaines de camions de l’ONU continuent à circuler, ils consomment de l’essence pour rien, mais ils n’ont pas d’argent pour faire face aux urgences. C’est la même chose avec les Organisations Non Gouvernementales. Auparavant, elles pourvoyaient à l’assistance humanitaire ; à présent, elles ont disparu. On dirait que toutes ces organisations humanitaires pensent plus à leurs salaires qu’aux réfugiés». (apic/fides/bb)

13 février 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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