Les chrétiens quittent la région par crainte des persécutions
Gujarat : Un rassemblement hindou fait peur aux chrétiens aborigènes du Gujarat
Dangs, 2 février 2006 (Apic) Des chrétiens aborigènes du Gujarat, en Inde, s’apprêtent à quitter la région de Dangs afin d’éviter tout risque de persécution lors d’un important rassemblement religieux hindou. Les interprétations vont bon train sur les motifs de ce rassemblement qui alimente les peurs.
Du 11 au 13 février prochain, l’Etat du Gujarat, accueillera un grand rassemblement hindou visant à reconvertir les populations aborigènes à l’hindouisme. Ce rendez-vous inquiète les chrétiens aborigènes, qui s’apprêtent à quitter temporairement leur village afin d’éviter tout risque de persécution.
«C’est une situation de vie ou de mort pour les chrétiens», estime Samson Christian, responsable de l’organisation de cet exode. Les groupes de l’extrême droite hindoue «se débarrasseront de nous si nous ne partons pas», ajoute-t-il, en précisant que les chrétiens prévoient de revenir une fois que le rassemblement religieux sera terminé.
Le district de Dangs est le plus petit district de l’Etat du Gujarat. Il se situe dans une région où les forêts couvrent plus de 90% du territoire. Selon le recensement du gouvernement en 2001, la population de Dangs est à 92% aborigène. Elle appartient principalement aux tribus Dangis, Kunknis, Warlis, Gamits, Chaudhris. Sur les 186’000 habitants de la région, près de 89 % sont hindous et moins de 5% chrétiens, catholiques, protestants de l’Eglise du Nord de l’Inde (CNI), et anglicans.
En 1998, les chrétiens de Dangs avaient déjà subi des violences orchestrées par des groupes de l’extrême droite hindoue, les mêmes qui organisent le prochain Kumbh Mela. Selon certains villageois aborigènes, la situation n’est pourtant pas si dangereuse qu’elle pourrait le laisser penser.
Attention aux pièges
L’idée de quitter le territoire ne fait cependant pas l’unanimité après des chrétiens. Le Père Xavier Manjooran, qui coordonne différentes associations afin de canaliser «la menace hindoue», est de cet avis. Selon lui, le problème soulevé par ce grand rassemblement religieux n’est pas d’ordre religieux, comme voudraient le laisser entendre les fondamentalistes hindous, mais est plutôt lié à la question des aborigènes. Avec les bénévoles des associations caritatives qu’il coordonne, il explique aux aborigènes les pièges qui peuvent leur être tendus par des gens qui voudraient s’accaparer leurs terres. «Ils l’ont fait tant de fois et à tant d’endroits différents», rappelle-t-il.
Pour le Père Cedric Prakash, directeur de Prashant, centre de défense des droits de l’homme pour la justice et la paix animé par les jésuites du Gujarat, la question fondamentale est: «Pourquoi un rassemblement religieux hindou à Dangs en 1998, puis en 2006?». Selon lui, le rassemblement n’a pas pour but la «reconversion» des chrétiens à l’hindouisme, mais il vise surtout à limiter l’action de l’Eglise locale vis-à-vis du développement économique, social et éducatif des tribus aborigènes.
De leur côté, les organisateurs du Kumbh Mela tentent de séduire les aborigènes en leur vantant les bienfaits du rassemblement religieux hindou du point de vue du développement de leur région. Selon des sources citées par Eglises d’Asie, des agitateurs fanatiques du Sangh Parivar seraient actuellement en train de sillonner «la ceinture aborigène» du sud de l’Etat du Gujarat, afin d’intimider les chrétiens. (apic/eda/pr)



