Haïti: l’Eglise revoit son plan de «sortie de crise»

L’archevêque du Cap-Haïtien: La situation est très grave

Haïti, 12 février 2004 (Apic) Face aux foyers d’insurrection qui s’étendent en Haïti, Mgr Hubert Constant, archevêque du Cap-Haïtien (deuxième ville du pays, chef-lieu du département du Nord), s’est dit «extrêmement préoccupé par une situation propre à dégénérer». Il a ajouté que «les parties doivent faire preuve d’une grande lucidité et prendre conscience de l’enjeu».

Mgr Constant, archevêque du Cap-Haïtien, commentant pour l’agence catholique MISNA la situation insurrectionnelle, qui a atteint ces derniers jours le nord de l’île, a souligné que la «situation est très grave aux Gonaïves». Les Gonaïves, 200’000 habitants, principale localité de la région de l’Artibonite, a été prise le 5 février par le Front révolutionnaire de résistance de l’Artibonite (ancienne «armée cannibale» pro Aristide, comme on l’appelle en Haïti, qui effectuait encore récemment les basses besognes du régime, et dont Aristide s’est débarrassé).

Dans cette région, les groupes armés rebelles, opposés au président Jean- Bertrand Aristide, sont à l’origine des violences où sont également impliqués policiers et partisans du pouvoir. Selon des observateurs, il semble qu’une véritable insurrection soit en marche.

Au Cap-Haïtien, la situation semble un peu plus calme mais, selon plusieurs sources, des habitations ont été incendiées avant-hier, ainsi que dans la nuit de lundi à mardi, et des barricades ont été érigées. Des sources locales font également observer que très peu d’enfants sont allés à l’école hier, un signe interprété comme préoccupant.

Les foyers insurrectionnels se multiplient

Autre foyer d’insurrection, à St Marc (centre, côte ouest), où la police aurait, selon le gouvernement, repris le contrôle de la localité. Des rumeurs non confirmées laissent pourtant penser que les rebelles n’auraient pas abandonné la partie. Depuis le week end, des bandes armées rivales s’affrontent dans cette ville de 160’000 habitants.

La Conférence Episcopale Haïtienne, dont Mgr Constant est le président, avait élaboré une proposition de sortie de crise le 21 novembre 2003, mais les événements du 5 décembre dernier à Port-au-Prince (émeutes à l’Université, avec l’incursion violente des partisans du pouvoir) ont rendu nécessaire «un réajustement» de cette proposition. Le prélat ajoute qu’en cas d’échec de la proposition de la CARICOM (Communauté des pays des Caraïbes), qui tente actuellement une médiation dans le pays, l’Eglise pourrait à reformuler un plan de résolution de la crise.

Rappelons que l’opposition couve en Haïti depuis que Jean-Bernard Aristide, prêtre défroqué et président, a remporté les élections en 2000, élections entachées d’irrégularités. L’opposition demande la démission du président, jugé incapable de faire sortir le pays de la situation de pauvreté et de sous-développement. Ce dernier n’a pas l’intention de quitter son mandat avant 2006.

Selon les observateurs, il faut différencier le mouvement d’opposition de la société civile des bandes armées rivales. La rébellion aurait pris naissance chez des miliciens, autrefois du côté du président. Quant à la police, créée en 1994 par Aristide pour remplacer l’armée qu’il avait dissoute à son retour d’exil, elle est connue pour son implication dans différents trafics de drogue à destination des Etats-Unis.

Port-au-Prince: Le délégué provincial des Jésuites attaqué par un groupe de jeunes

Les Jésuites en poste à Haïti sont fortement préoccupés par la situation. Le délégué provincial des Jésuites haïtiens a été attaqué par un groupe de jeunes pendant qu’il conduisait sa voiture dans les rues de Port-au-Prince. Il a pu se mettre à l’abri sansêtre blessé, bien que les vitres de son véhicule aient été frappées et brisées.

La situation sociale et politique en Haïti est suivie avec attention par la Compagnie de Jésus, comme le rapporte le dernier numéro du bulletin «en ligne» de la Congrégation, diffusé par la Curie générale de Rome.

Les Jésuites originaires de Haïti sont 35, y compris 7 novices, même si quelques-uns résident hors du pays pour raison d’études. A ceux-ci, il faut ajouter 5 Jésuites canadiens, Haïti faisant partie de la Province franco- canadienne à la Compagnie de Jésus. (apic/misna/vidimus/ag/vb)

12 février 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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