Une dizaine de morts: siège présidentiel de l’ex-prêtre chancelant
Haïti: Manifestations violemment réprimées par les forces de l’ordre du président Aristide
Port-au-Prince, 24 décembre 2003 (Apic) Au moins huit personnes ont été tuées par balle et une dizaine d’autres blessées à la suite d’une opération policière menée dans la soirée de lundi à Raboteau, un quartier populaire des Gonaïves (côte ouest, centre-nord d’Haïti), rapporte Radio Métropole. Le fauteuil présidentiel de l’ex-prêtre Aristide est chancelant. Même les évêques lui ont retiré leur confiance.
Selon des informations diffusées par des correspondants de presse, plusieurs cadavres jonchaient les rues de la Cité de l’Indépendance et étaient dépecés par des chiens.
Des sources informées indiquent que les policiers étaient à la recherche des dirigeants du front anti-Aristide qui réclame le départ du président de la république depuis l’assassinat de Amiot Métayer, le 21 septembre dernier, le puissant chef d’OP Lavalas (organisations populaires, partisanes du pouvoir).
Une vive tension a régné dans la ville, mardi, où des barricades de pneus enflammés ont été dressées un peu partout sur fond de tirs nourris. L’un des responsables du camp antigouvernemental, Winter Etienne, a condamné l’action de la police et dénoncé le régime du Parti Fanmi Lavalas (Famille L’Avalanche).
Durant la journée du 22 décembre, des inconnus armés ont mis à sac la Place d’Armes où le président Aristide s’apprête à prononcer son discours de célébration du Bicentenaire de l’indépendance, le 1er janvier prochain.
A Port-au-Prince aussi
L’intervention musclée de la police à Raboteau, lundi soir, est la quatrième du genre depuis celle du 2 octobre, indique encore Radio Métropole. On a déjà dénombré plusieurs dizaines de morts et de blessés par balle dans le cadre des violences qui frappent la ville.
Les violences et les manifestations se sont déroulées un peu partout ces derniers jours. L’une d’elle, à Port-au-Prince, a regroupé quelques dizaines de milliers de personnes pour réclamer le départ de l’ex-prêtre devenu président. Un homme a été tué par balle lundi au cours des affrontements.
La manifestation de Port-au-Prince, regroupant des participants de différentes couches sociales, avait cependant débuté dans le calme, sous la protection de la police. L’ancien ministre de l’Education nationale, Marie Carmel Austin, qui a récemment démissionné pour protester contre des violences commises le 5 décembre contre des étudiants et des responsables universitaires par des partisans armés du pouvoir, était parmi les manifestants.
L’épiscopat veut le départ d’Aristide
Les violences en ce début de semaine pourraient marquer un tournant pour l’ambitieux Aristide. Dont le départ est maintenant de plus en plus réclamé, y compris par l’épiscopat haïtien. L’épiscopat a retiré de plus dimanche la proposition de paix qu’elle avait formulée le 21 novembre dernier pour tenter d’assainir le climat de tension qui règne dans le pays.
Le plan de paix formulait trois principales exigences: une réforme importante de la police haïtienne; une réforme des institutions gouvernementales; la création d’un conseil des sages en remplacement du parlement, qui a perdu tous ses pouvoirs législatifs depuis qu’Aristide est au pouvoir.
Le président Aristide avait accepté cette proposition après la tenue d’importantes manifestations dans le pays. Aujourd’hui, les évêques lui ont retiré leur confiance, depuis qu’il a dénoncé les mouvements de protestation, lors du congrès de son parti, la semaine dernière. Ils lui demandent de quitter le pouvoir, unique remède à la crise selon eux. (apic/ag/misna/pr)



