Avec la bénédiction du gouvernement
Haïti: Paysans dépossédés de leur terre au profit de l’industrie textile
Port-au-Prince, 4 mai 2003 (Apic) C’est dans un climat d’indignation et de désespoir que les paysans de la Plaine de Maribahoux, au nord-est d’Haïti, ont passé la traditionnelle fête de travail du 1er mai. A cette date, les tracteurs dominicains ont pratiquement terminé leur destruction de tous les champs sur lesquels trouvaient les maisons des habitants de Nan Cacao et de Pitobert.
Le gouvernement s’entête à sacrifier la fertile plaine agricole au profit de l’installation d’une zone franche» a déclaré le Comité de Défense de Pitobert dans d’un point de presse tenu dans la capitale, Port-au-Prince, le 30 avril, et communiqué à l’agence MISNA par le Groupe d’Appui aux Rapatriés et aux Réfugiés (GARR).
«Depuis le 18 mars 2003» indique le document, «des tracteurs dominicains, sous haute sécurité de l’unité départementale de maintien de l’ordre (UDMO) et d’autres agents de la police nationale, procèdent à la destruction de nombreux champs de bananes, de maïs, d’arachides, de manioc et de haricots sur plus d’une soixantaine d’hectares».
Le Comité de défense de Pitobert dénonce: «Aucun des exploitants n’avait été prévenu de l’opération, certaines exploitations ont même été livrées au pillage avant d’être rasées. Plus d’une cinquantaine de paysans ont ainsi assisté, impuissants, à la disparition de leurs moyens de survie». Les quelques habitants auxquels les autorités avaient offert une compensation dérisoire l’ont refusée et les métayers n’ont absolument rien reçu.
Les paysans lésés ont fait appel à un avocat qui s’est lui même adressé à un juge de paix de la zone, mais les autorités n’ont pas autorisé ce dernier à se rendre sur les terres expropriées. «Les agents de l’UDMO imposent une interdiction musclée à toute personne désireuse de tirer des photos ou de filmer ce site» lit-on encore dans le communiqué.
Les défenseurs des agriculteurs locaux déclarent que la destruction des champs sert à faire place nette à l’implantation de la zone franche industrielle du «Groupe M» appartenant de l’homme d’affaires dominicain Fernando Capellan, leader dans le secteur du textile.
Le Comité de défense de Pitobert met en garde les autres agriculteurs de la zone frontalière entre Haïti et la République Dominicaine car il craint que le processus de dépossession des terres fertiles ne prenne de l’ampleur, au risque de mettre en grave péril la sécurité alimentaire d’Haïti, déjà en proie à une crise économique, humanitaire et politique catastrophique. (apic/misna/sh)



