Le visage caché de la survie d’un peuple
Haïti : rencontre avec Jean-Bertrand Aristide
Port-au-Prince, 7 août 1997 (APIC) L’histoire d’Haïti est parsemée de tragédies, qui n’arrêtent pas de se répéter. L’ancien président Jean-Bertrand Aristide les évoque au lendemain de la commémoration de la mort d’une centaine de paysans, massacrés entre le 23 et le 28 juillet 1987 à Jean Rabel. Le gros propriétaire terrien Nicol Poitevin, pas inquiété par la justice, a répété ces jours ce qu’il avait déclaré sans pudeur à l’époque : , s’écriait Jésus. Si je veux vivre de lui, je me sens bien en communion avec les enfants. En travaillant avec eux, on apprend beaucoup du monde des enfants. Il y a onze ans, je les ai rencontrés dans les rues. Nous avons vécu une fête de Pâques exceptionnelle en 1986 quand, après avoir acheté notre première maison, nous sommes passés de la rue à la maison (>). Pour nous, c’était une première expérience.
Le visage caché de la survie
Que souhaitez-vous que les chrétiens d’Europe comprennent de la situation en Haïti ?
J.-B. Aristide : Malheureusement, la distance n’aide pas à voir le visage caché d’Haïti. La grande presse en Europe présente volontiers ce pays comme le plus appauvri de l’hémisphère et le montre déchiré par la violence quand surgissent les coups d’Etat. Mais cela, c’est le visage d’une pauvreté économique ou politique vue à partir de l’Europe. En fait, quand on regarde le pays à partir de sa culture propre, Haïti est un des plus riches au monde. Nous ne connaissons pas le suicide en Haïti. Nos racines culturelles nous apportent une sève de vie qui nous incite à lutter pour survivre au-delà de la misère économique.
Nous survivons grâce à notre richesse d’âme. En Haïti, le pays sourit quand il accueille l’étranger, et il l’accueille comme un frère. Il est capable de transcender la réalité matérielle et visible pour vivre d’un amour profond. Oui, c’est possible chez nous, alors que le revenu annuel est à peine de 250 dollars par habitant. Haïti, c’est aussi cette terre où les hommes et les femmes s’aiment, où ils aiment la vie sans sombrer dans une forme de violence, alors qu’ils sont victimes d’une violence institutionnalisée.
Nous marchons résolument vers la construction d’un Etat de droit. Un jour, c’est notre espoir, notre rêve, nous pourrons passer de la misère infrahumaine à une pauvreté vécue dans la dignité. Nos amis d’Europe pourront alors voir cette terre d’Haïti dans sa totalité : terre déchirée dans la temps par la violence institutionnalisée, mais terre prospère, où nous travaillons pour investir dans l’humain et promouvoir ainsi sa croissance de l’humain. (apic/cip/mc/pr)



