Le jésuite Hans Zollner est un des organisateurs du sommet sur la protection des mineurs au Vatican | © KNA
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Le jésuite Hans Zollner est un des organisateurs du sommet sur la protection des mineurs au Vatican | © KNA

Hans Zollner: "La conscience des abus sur mineurs grandit dans l'Eglise mondiale"

19.02.2019 par Roland Juchem/ CIC / traduction Davide Pesenti, Maurice Page

Du 21 au 24 février 2019, les présidents des Conférences épiscopales du monde entier rencontreront le pape François au Vatican. Thème unique de cette rencontre: les abus sexuels sur les mineurs dans l’Eglise. Entretien avec le jésuite Hans Zollner, directeur du “Centre de protection des mineurs” de l’Université pontificale grégorienne à Rome et membre du comité préparatoire du sommet.

Que peut-on attendre de manière réaliste de cette rencontre au sommet ?
Hans Zollner: Il serait certainement irréaliste de croire qu’une réunion comme celle-ci régle une fois pour toutes la question des abus dans l’Eglise. Néanmoins, j’espère vivement que les thèmes discutés puissent se concrétiser dans les Eglises locales. Je souhaite que les membres de cette rencontre assument leurs responsabilités. Et que l’on puisse faire la clarté sur les instruments à mettre en œuvre. Par-dessus tout, je suis disposé à ce que cette réunion ne soit pas la dernière du genre.

“La prise de conscience dans l’ensemble de la société et dans l’Eglise vont de pair”

Vous avez dit que la prise de conscience dans l’Eglise sur le problème des abus était très différenciée. Ou est-elle plus grande, où est-elle moindre?
Premièrement, la prise de conscience grandit partout dans le monde. Deuxièmement oui, il existe de fortes differences. Dans chaque pays, il y a des personnes qui sont largement en avant et d’autres qui ne font rien. Mais je n’ai pas l’expérience de personnes qui s’y opposent activement. La prise de conscience dans l’ensemble de la société et dans l’Eglise vont de pair.

Dans les diverses cultures, les rapports sont différents sur la notion de proximité ou de distance, sur la sexualité, la violence, l’enfance ou encore les questions d’autorité et de pouvoir. Tout cela a une grande influence sur l’efficacité des mesures contre les abus. En outre, une Eglise locale en proie à la persécution aura plus de peine à se pencher sur ses problèmes internes qu’une Eglise bénéficiant encore d’une bonne reconnaissance sociale.

Cela ne doit pas constituer une excuse pour les omissions, mais nous devons comprendre comment nous positioner de manière adéquate. Dans toutes les parties du monde il y a aussi d’autres problèmes: enfants soldats, travail des enfants, pauvreté des enfants et d’autres choses semblables. Dans certains pays africains, nous ressentons que les violences sexuelles doivent être vues dans un contexte de violences plus large.

“L’Eglise n’a pas de prisons”

Vous avez annoncé la création de “task-forces” pour soutenir les conférences épiscopales dans cette lutte. Comment voyez-vous leur rôle?
J’ai bien quelques idées, mais elles doivent d’abord être présentées et discutées. A mon avis, il devrait y avoir des task-forces par continent ou par région. Ces petits groupes de trois à cinq personnes devraient se déplacer pour apporter leur expertise dans divers domaines: la théologie, la psychologie, le droit. Ces personnes devraient s’informer et rechercher ce qu’il faut faire.

Les peines canoniques contre les auteurs d’abus devraient-elles être renforcées?
La peine la plus lourde pour un prêtre est le renvoi de l’état clérical. Les autres peines sont déterminées selon la gravité des faits, mais la plupart sont des peines de suspension. L’Eglise n’a pas de prison, ni d’autres possiblités de sanctions. C’est la tâche de l’Etat.

Publier les noms de personnes, et en particulier d’évêques, qui n’auraient pas respecté leur devoir en matière de dénonciation d’abus peut-il être utile?
C’est un exercice de corde raide. En particulier lorsqu’il s’agit de personnes qui ne peuvent plus s’expliquer parce qu’elles sont mortes. Mais pour beaucoup de victimes, c’est un pas important de pouvoir nommer des personnes qui leur ont causé des souffrances concrètes.

“L’intérêt va de l’approbation et du soutien jusqu’au doute, au rejet et au scepticisme”

Comment percevez-vous les attentes des médias envers cette rencontre?
L’intérêt va de l’approbation et du soutien jusqu’au doute, au rejet et au scepticisme. Cette diversité est une expression réaliste d’opinions et de préoccupations différentes et chacune est en elle-même justifiée. Cependant, à mon avis, c’est aussi l’expression d’un intérêt positif pour l’avenir de l’Église, au-delà des diverses orientations. Car on sait, ou on soupçonne, que l’Église a, ou pourrait avoir, un rôle important dans ce monde. Je comprends aussi dans ce sens les critiques explicites. On dit à juste titre: ‘Celui qui te critique ne t’a pas oublié’.

Le résultat de la rencontre sera-t-il décisif pour le pontificat de François?
Un jugement sérieux sur une période de gouvernement ne dépend pas d’un événement unique. Mais il est incontestable qu’un traitement approprié des abus est un thème-clé.

Le thème des abus est-il instrumentalisé par quelques-uns contre le pape François?
Oui, il y a des gens qui, pour diverses raisons, n’aiment pas le pape François et chaque remarque, chaque thème doit leur donner raison. Mais je ne crois pas que la question des abus soit particulièrement mise en avant. (cath.ch/cic/rj/dp/mp)


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