Harare: Les femmes clôturent la Décennie œcuménique «Les Eglises solidaires des femmes»
Violence contre les femmes: Trop d’Eglises ferment les yeux
Harare, 3 décembre 1998 (APIC) Des Eglises du monde entier ferment les yeux sur la violence contre les femmes. Telle est la constatation qui ressort d’un rassemblement de femmes tenu fin novembre à Harare, dans la capitale du Zimbabwe, pour marquer la fin de la décennie œcuménique «Les Eglises solidaires des femmes», mais aussi en prélude à la 8e Assemblée du Conseil œcuménique des Eglises (COE
Au cours d’un débat public des participantes du monde entier ont évoqué publiquement les abus et les violences dont elles sont victimes au sein de la société et des Eglises. Elles ont parlé des agressions sexuelles commises par des membres du clergé, de la réticence des Eglises à soutenir les femmes qui ont quitté un époux violent, et du rejet dont elles sont l’objet dans les structures de l’Eglise, composées en majorité d’hommes.
C’était la première fois, le 28 novembre, que le sujet de la violence à l’encontre des femmes était débattu lors d’un rassemblement oecuménique international. Cette rencontre examine une série de recommandations – notamment la question de la violence contre les femmes. Ces questions seront débattues dans le cadre de la Huitième Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises (COE). Le COE, qui avait lancé la Décennie en 1988. Ouvrira sa 8e ’Assemblée le 3 décembre à Harare.
En ouvrant le débat, Irja Askola, luthérienne finlandaise qui travaille à la Section «femmes» de la Conférence des Eglises européennes (KEK), et l’une des principales organisatrices du rassemblement, a déclaré qu’il était apparu «très clairement» durant la Décennie oecuménique que «la violence contre les femmes dans nos sociétés et nos Eglises» était un problème important.
Irja Askola a rappelé les résultats des visites d’équipes organisées auprès des Eglises membres du COE pour parler de la Décennie oecuménique. Au total 75 équipes, chacune composée de deux femmes et deux hommes, ont visité et contacté plus de 300 Eglises et 650 groupes de femmes, dans le monde entier. Selon un document distribué lors de ce débat, toutes les équipes ont rapporté que la violence à l’encontre des femmes était un problème majeur au sein des Eglises, et parlé de «l’insensibilité totale de nombreux responsables d’Eglise face à cette question».
Témoignages
Durant le débat, cinq femmes ont parlé de leur expérience de l’exclusion, de la violence et des abus. Olivia Juarez de Gonzalez, une autochtone du Mexique, a évoqué la violence endurée par les femmes autochtones en Amérique latine; Ann Smith, prêtre anglicane du Canada, a raconté comment son père, un prêtre anglican, avait abusé d’elle alors qu’elle était enfant. Il l’avait aussi obligée à rejoindre une secte fondamentaliste au sein de laquelle elle avait été soumise à des violences rituelles; pour Ada Maria Isasi-Diaz, théologienne des Etats-Unis, la marginalisation des «théologies» axées sur les femmes et des théologiennes est un acte de violence; Rebecca Alman, catholique de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, aujourd’hui coordinatrice du Women’s Crisis Centre de Wewak, dans le Nord-Est du pays, a raconté comment, il y a 22 ans, elle avait quitté son mari après avoir enduré des violences pendant six ans, et est allée vivre avec un autre homme. Depuis, elle n’a pu communier car l’Eglise catholique n’a pas annulé son mariage.
La cinquième intervenante, Susan Adams, d’Aotearoa-Nouvelle-Zélande, a parlé de la violence institutionnelle qui règne à l’encontre des femmes dans des structures d’Eglises dominées par des hommes, même au sein d’Eglises qui déclarent croire en la parité entre hommes et femmes, à l’ouverture à tous et toutes, et à la contribution des femmes.
A côté de ces témoignages, les participantes ont pu entendre ce que font les Eglises face à ce problème. Le secrétaire général du COE, le pasteur Konrad Raiser, théologien protestant allemand – et le seul homme à la tribune – a déclaré que ces récits de violence montraient que «notre Eglise doit parvenir à la guérison mais que seule une Eglise qui admet ses fautes peut être guérie». La violence, a conclu le pasteur Raiser, est une expression de la culture masculine sur laquelle les Eglises ont trop longtemps fermé les yeux. (apic/eni/pr)




