Sous le signe de l’interrogation,
Harare: Ouverture de la 8e Assemblée du COE
de tensions et de menaces de rupture orthodoxe
Harare, 4 décembre 1998 (APIC) La 8e Assemblée du Conseil œcuménique des Eglises (COE) s’est ouverte jeudi 3 décembre à Harare, au Zimbabwe, dans un climat d’interrogations sur l’avenir de cet organisme, de tensions et de menaces de rupture de la part des orthodoxes. Ce qui n’a pas empêché près de 5’000 participants de se rassembler sous une énorme tente sur le campus de l’Université du Zimbabwe pour célébrer le culte d’ouverture. L’Assemblée se terminera le 14 décembre.
5’000 participants? En raison de problèmes techniques, il est pour le moment impossible de donner un chiffre exact sur le nombre de représentants, indique un communiqué du COE. Sans doute faudra-t-il attendre plusieurs jours pour le connaître, explique J. Stromberg, coordinatrice de l’Assemblée. Le sentiment de désarroi en ce début de 8e Assemblée est encore accentué par le même communiqué, qui fait part «des difficultéés logistiques et des tensions de dernière minute», cependant très vite «oubliées» dès le début du culte d’ouverture.
C’est au son de rythmes africains que la foule a été accueillie pour célébrer ce culte qui mêlait lectures bibliques, prières et chants, et la prière du Seigneur en de multiples langues.
La menace d’un boycot des cultes de l’Assemblée par les participants orthodoxes – qui poursuivent un dialogue intense concernant la présence des Eglises orthodoxes au sein de l’organisation – semble ne pas avoir été suivie. En effet, plusieurs membres influents du clergé orthodoxe ont conduit des parties du service et de nombreux fidèles orthodoxes étaient dans l’assistance – facilement reconnaissables à leurs habits.
C’est la seconde fois que l’Afrique accueille une telle assemblée, après Nairobi (Kenya) en 1975. L’Afrique fera du reste l’objet d’une session spéciale, le 8 décembre, avec un acte solennel d’engagement des participants africains pour la paix dans leur continent.
Menu copieux, mais pas forcémnt festif
Autre objet au menu de ce rendez-vous, copieux mais pas forcément festif: l’adoption d’une déclaration sur la vision œcuménique des femmes, après la séance de clôture de la «Décennie de la solidarité des Eglises avec les femmes», tenue du 27 au 30 novembre à Harare déjà; les défis de la mondialisation et des droits de l’homme; le jubilé des 50 ans du COE, qui sera fêté le 13 décembre; le jubilé de l’an 2000 enfin, avec en toile de fond une déclaration du COE sur la remise de la dette internationale. Sans parler du débat, qui pourrait s’avérer houleux, sur la conception du COE et des «discussions» à venir sur des sujets particulièrement sensibles.
Le COE, qui fête cette année son 50e anniversaire, pouvait rêver anniversaire plus serein. Les motifs d’inquiétudes ne manquent pas, en effet. Il vont de la menace de rupture orthodoxe à la conception nouvelle du COE, loin de faire l’unanimité, en passant par les finances. Loin aussi d’être rassurantes. Quant à la question de l’homosexualité, qui ne figure pas dans l’ordre du jour, elle sera l’un des sujets de 12 des 500 ateliers et expositions du Padere, le Centre de rencontre qui s’ouvrira le 7 décembre.
La rupture orthodoxe? C’est le risque le plus spectaculaire qui pèse sur l’Assemblée de Harare, écrit Michel Kubler, dans le quotidien catholique français «La Croix». Les Eglises orthodoxes sont brouillées avec le COE. Deux d’entre elles (Géorgie et Bulgarie) ont déjà déclaré quitter le Conseil. Les autres, après avoir envisagé de boycotter cette assemblée, ont accepté d’y venir à reculons, menaçant de ne participer ni aux cultes ni aux votes.
L’énigme de Moscou
Le patriarcat de Moscou, déjà pas au mieux dans ses relations avec l’Eglise catholique, et au sein duquel l’œcuménisme est loin de faire l’unanimité a pris la tête de l’insurrection. Sa délégation est d’ailleurs réduite au minimum – 5 à 6 fois moins qu’à Camberra -. Constantinople, avec le patriarche Bartholomée Ier, préfère de son côté souligner l’importance d’une poursuite de la marche vers l’unité.
Autre point d’achoppement, ainsi que le souligne «La Croix», la «nouvelle vision» du COE. En septembre 1997, son Comité central a adopté un document «Vers une conception et une vision communes du COE», fruit de 8 ans de consultation des Eglises membres du COE. Ce document est appelé à être examiné à Harare. Or le texte est loin de faire l’unanumité, tant pour évaluer les acquis ecclésiologiques de 50 ans d’existence que pour tracer les voies de l’avenir du COE face aux défis du monde. Le débat portera aussi sur la création d’un «forum des Eglises et des organisations œcuménique» plus large que l’actuel COE, avec notamment l’Eglise catholique.
Les finances enfin. Le COE peine à équilibrer ses budgets. Réductions drastiques du personnel, coupes claires dans les programmes, restructuration…Rien n’y change vraiment. Et la situation reste toujours critique. Les Eglises qui adhérent au COE se situent pour la plupart au Sud, sans le sou. Quant aux Eglises qui auraient les moyens, elles «oublient» bien trop souvent de verser leur contribution.
Le moment présent
Jeudi après-midi pourtant, lors de l’ouverture de l’Assemblée, les regards étaient ailleurs. Tournées vers le moment. Dans son message de bienvenue, le pasteur Enos Chomutiri, président du Conseil des Eglises du Zimbabwe a exprimé sa joie d’accueillir cet événement. Dans sa réponse, le secrétaire général du COE, le pasteur Konrad Raiser, s’est félicité de la décision de maintenir la tenue de l’Assemblée à Harare, en dépit de troubles au Zimbabwe et des nombreuses difficultés rencontrées lors des négociations concernant l’Assemblée. «Il y a eu de nombreux obstacles, mais nous sommes restés ensemble depuis le début», a dit le pasteur Raiser, qui a été l’un des plus constants défenseurs du choix de Harare comme lieu de l’Assemblée. (apic/eni/cx/pr)



