Rome: Le pape François visite la communauté de Sant’Egidio dimanche 15 juin
Histoire d’une communauté atypique née en 1968
Rome, 12 juin 2014 (Apic) Le pape François se rendra pour la première fois au siège de la communauté de Sant’Egidio, à Rome, le dimanche 15 juin 2014. Lors de cette visite, le pape doit notamment rencontrer les pauvres, les personnes âgées et les immigrés assistés par ce mouvement laïque né à la fin des années 1960. Il doit aussi prier avec les membres de cette communauté engagée dans le dialogue interreligieux, la lutte contre la peine de mort ou encore la résolution de conflits.
Née le 7 février 1968 à Rome, la communauté de Sant’Egidio est d’abord une histoire d’amitié entre quelques jeunes du très huppé lycée Virgile de Rome, dans l’esprit du Concile Vatican II (1962-1965). Ce petit groupe est devenu aujourd’hui une communauté de quelque 50’000 membres présents sur tous les continents.
A l’origine, un groupe d’amis
Andrea Riccardi, fils d’un président d’une banque italienne, a 18 ans en 1968. Avec ses compagnons, il appartient à un groupe des jeunesses étudiantes fondées quelques années plus tôt par un prêtre de Milan, Don Giussani, et qui deviendront le mouvement «Communion et Libération».
Alors que flotte un parfum de révolution, ils ne s’abîment pas dans les lectures de Marx ou Lénine, préfèrent méditer l’Evangile et sont inspirés par la figure de saint François d’Assise. Mais la lecture des Ecritures ne leur suffit pas. Andrea et ses amis rêvent de changer le monde et décident de retrousser leurs manches. Après les cours, les jeunes garçons partent à la rencontre des pauvres de la périphérie romaine. Ils organisent le soutien scolaire d’enfants illettrés.
«Nous avons commencé dans les bidonvilles, le tiers-monde de la porte à côté», se souvient Mario Marazziti, l’un des premiers compagnons d’Andrea Riccardi et aujourd’hui journaliste, homme politique et porte-parole de la communauté.
Peu à peu, leur action s’étend à plusieurs quartiers de la ville: Ponte Marconi, Garbatella, Primavalle… D’abord méfiants à l’égard du Vatican, les jeunes étudiants vont peu à peu obtenir le soutien de prêtres et de prélats. Parmi eux, un membre de la secrétairerie d’Etat de l’époque, Achille Silvestrini, futur cardinal et préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales. Le jésuite Carlo Maria Martini, futur archevêque de Milan, les découvre aussi au cœur des années 1970. Il participe même aux activités de la communauté en s’occupant d’une personne âgée, tout en assumant ses responsabilités de recteur de l’Institut biblique pontifical.
Sant’Egidio: quelque 50’000 membres dans plus de 70 pays.
Parmi les camarades des premières heures, un jeune vicaire de la paroisse romaine de Santa Maria in Trastevere, Don Vincenzo Paglia. Aumônier de la communauté depuis ses débuts, il est aujourd’hui président du Conseil pontifical de la famille, après avoir été évêque de Terni, à une centaine de kilomètres de Rome. C’est grâce à lui qu’en 1973 la communauté s’installe dans un ancien couvent de carmélites, au cœur de l’un des plus vieux quartiers de Rome devenu à la mode, le Trastevere. La communauté prend alors le nom de ce couvent et de la petite église attenante: Sant’Egidio, saint Gilles en italien.
Aujourd’hui, près de la porte, ni pancarte ni panneau, seule une petite étiquette sous la sonnette indique le siège de la gigantesque communauté, qui compte quelque 50’000 membres dans plus de 70 pays.
L’aide aux plus faibles
Au cœur de l’activité romaine de Sant’Egidio figure la mensa, la cantine de la communauté installée elle aussi dans le Trastevere et où sont servis chaque jour plusieurs centaines de repas. Des bénévoles y accueillent des sans-abris, italiens et étrangers. Des popotes identiques ont été ouvertes en Belgique, en Allemagne, et même à Moscou.
Pour de nombreux membres de la communauté, le repas de Noël organisé chaque année à l’intérieur de la basilique du Trastevere est un rendez-vous exceptionnel. Chaque 25 décembre, depuis 1982, la majestueuse basilique est ainsi transformée en un gigantesque réfectoire pourvu de tables colorées, de guirlandes, et accueille plus de 500 clochards, des immigrés roumains, des gitans ou des personnes âgées sans ressources. Le Noël de Sant’Egidio est aussi devenu le rendez-vous des médias et des personnalités.
Révoltés par la mort de milliers de personnes âgées lors de la canicule de l’été 2003, les responsables de Sant’Egidio ont alors donné naissance, dès l’année suivante, à une opération baptisée «Sole si, soli no» (le soleil oui, la solitude non). Chaque été, quelques milliers de personnes âgées des quartiers de Rome reçoivent ainsi la visite d’équipes de volontaires pour les aider à sortir de leur solitude, leur rendre un service. Plus largement, le programme baptisé «Viva gli anziani» (vivent les personnes âgées) est consacré aux aînés au fil de l’année, dans plusieurs quartiers de Rome.
Combat contre la peine de mort
Sant’Egidio s’occupe également des personnes handicapées, mettant en place des foyers pour adultes en Italie et en Allemagne. A Rome, comme n’importe où dans le monde, les membres de la communauté visitent les malades, avec une attention particulière pour ceux qui sont atteints du sida.
Avec la conviction que «les pauvres vont souvent en prison», Sant’Egidio organise également des visites aux prisonniers, et s’engage dans le combat contre la peine de mort. La communauté a d’ailleurs largement pris part à l’initiative italienne lancée auprès des Nations Unies, en novembre 2007, en faveur d’un moratoire sur la peine de mort. Son combat contre la peine de mort continue.
L’esprit d’Assise
Le pape Jean Paul II a eu bien du mal, début 1986, à faire accepter l’idée d’une Journée mondiale de prière, en présence de chefs religieux non catholiques et non chrétiens de toute la planète. Peu soutenu au sein même de la curie, il a toutefois trouvé un appui en la personne du cardinal français Roger Etchegaray, alors président du Conseil pontifical Justice et Paix, tandis que Sant’Egidio et le mouvement italien des Focolari ont aidé aux préparatifs.
Le 27 octobre 1986, Jean Paul II parvenait à rassembler les représentants des principales religions mondiales à Assise et invitait chacun à prier pour la paix. C’est ensuite la communauté Sant’Egidio qui, avec le soutien du pape polonais, va prendre le relais. Depuis, elle organise chaque année les rencontres «Hommes et religions». Comme par le passé à Varsovie, Jérusalem, Lisbonne, Lyon, Sarajevo, Munich, ou encore à Rome en octobre 2013 et à Anvers en septembre 2014, des représentants des religions se retrouvent pour prier chacun selon leur tradition, et pour affirmer ensemble que «la paix est possible».
L’Onu du Trastevere
Au cœur des préoccupations de Sant’Egidio se trouve aussi le tiers-monde. L’un des premiers compagnons d’Andrea Riccardi, Don Matteo Zuppi (aujourd’hui évêque), est aussi l’un des principaux artisans de l’accord de paix au Mozambique obtenu par la communauté en 1992. Il a marqué le début d’une longue série de négociations en faveur de la paix.
Depuis, les miracles diplomatiques attribués à Sant’Egidio sont nombreux. Par exemple, en 1993, la communauté est intervenue dans la libération de deux Italiens otages de séparatistes kurdes en Turquie. L’année suivante, la réunion à Rome des chefs des principaux partis politiques algériens a abouti à une plate-forme de paix. Mais l’invitation du parti interdit du Front islamique du salut mettra la communauté en mauvaise posture.
Avec l’appui de Jean Paul II, la communauté a continué son action pour la paix dans les Balkans, au Guatemala, au Soudan, ou encore en Afrique noire. Forte de ces actions, Sant’Egidio est souvent appelée «l’Onu du Trastevere». Difficile de savoir cependant ce que pensent réellement les responsables de la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège de cette diplomatie parallèle, ponctuée d’opérations médiatiques.
Depuis 1986, au sein de l’Eglise, Sant’Egidio bénéficie du statut d’association publique de laïcs. Pour entrer dans la communauté, expliquent ses membres, ni examen de passage ni étapes particulières. Reste une inconnue, l’avenir de la communauté le jour où son fondateur, le tout-puissant Andrea Riccardi, voudra ou devra lâcher les rênes. S’il a longtemps résisté aux sirènes de la politique, ce professeur d’Histoire contemporaine a brièvement cédé, en acceptant d’être ministre de la coopération internationale et de l’intégration dans le gouvernement technique de Mario Monti, de novembre 2011 à avril 2013. (apic/imedia/ami/be)



