Honduras: 1’000 jeunes assassinés en 2003 dans le pays

Le fusil et le pistolet pour «régler» la délinquance juvénile

Tegucigalpa, 31 décembre 2003 (Apic) Au moins 1’000 jeunes de moins de 25 ans ont été assassinés au Honduras au cours de l’année 2003. La majorité de ces victimes auraient été tuées parce qu’ils appartenaient à des bandes de jeunes, a dénoncé sur radio « Voces contra el Olvido » (Voix contre l’Oubli), Berta Oliva, président du Comité des parents de détenus disparus au Honduras (Cofadeh).

Berta Oliva a qualifié de scandaleux qui « équivaut à un génocide, même si cette parole dérange beaucoup », ces actes criminels qui demeurent totalement impunis. Des crimes le plus souvent perpétrés par la police ou des groupes paramilitaires chargés de « faire le nettoyage » à coups de fusil.

La présidente du Cofadeh a critiqué la loi anti-bandes de jeunes approuvée en 2003, qualifiée « d’inconstitutionnelle ». Une loi étrangement considérée par le ministre de la Sécurité du Honduras comme « le fleuron dans la lutte contre la criminalité des jeunes ».

Selon le gouvernement, depuis l’approbation de la loi cet été jusqu’à ce jour, plus de 700 membres appartenant à des bandes de jeunes ont été arrêtés par la police. « En apparence la situation sociale semble s’être améliorée, mais dans les cimetières il y a beaucoup de cadavres dont personne n’est à connaissance, mais dont de nombreuses personnes pensent savoir qui les a tués », a répliqué Berta Oliva, en faisant allusion aux violences perpétrées par la police.

Selon « Casa Alianza », une organisation engagée dans la tutelle des droits des mineurs en Amérique centrale, qui suit de près tous les mois le nombre d’enfants et de jeunes assassinés au Honduras, ce sont au moins 2’089 mineurs de 23 ans qui ont été tués de 1998 à ce jour.

Le gouvernement reconnaît.

En avril dernier, tancé par les organisations internationales et de plus en plus montré du doigt, le gouvernement avait enfin reconnu l’existence des «escadrons de la mort» chargés de faire le «nettoyage». Une reconnaissance qui n’a apparemment guère eu d’impact sur le terrain des opérations, pour ne pas dire des exécutions.

Composés d’agents des forces de l’ordre, ces «escadrons de la mort» ont tué ces dernières années des centaines de mineurs souvent groupés dans des bandes organisées de jeunes

Alda Romero, responsable du bureau gouvernemental pour les droits de l’Homme, avait révélé que «parmi les responsables des morts violentes des enfants figurent des policiers qui agissent encapuchonnés pour ne pas révéler leur identité».

Sur les quelque 1’500 homicides de jeunes gens de la rue surnommés «babies criminals» (enfants criminels), avait ajouté la fonctionnaire, environ 70 devraient être attribués aux agents des forces de l’ordre. Un chiffre dérisoire, largement contesté par «Casa Alianza» qui avait répliqué en qualifiant les assassinats de «véritable massacre aveugle».

Le rapport d’AI

Dans un rapport publié en février dernier, Amnesty International avait à son tour interpellé le gouvernement du Honduras, pour lui rappelait qu’il ne pouvait continuer à ignorer le fait que depuis 1998 plus de 1’500 enfants de rue aient été impunément assassinés.

«Casa Alianza» et AI s’inquiétait en relevant que ces se poursuivaient dans l’impunité la plus totale. En 2001 déjà, «Casa Alianza» s’était indigné, en parlant du sort de «la millième victime» enregistrée depuis quatre ans, un gamin de 16 ans, Isaac Moises Lara, retrouvé criblé de balles tirées par la police dans un taudis du quartier populeux du (mal nommé) Divino Paraiso (Divin Paradis).

La «solution» aux problèmes

L’aspect préoccupant est le fait que certains secteurs de la société hondurienne voient en l’élimination des enfants de rue la «solution au problème de l’insécurité des citoyens». A plusieurs reprises, l’ONG «Casa Alianza» a dénoncé, avec L’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) et la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les exécutions arbitraires, Asma Jahangir, que les homicides de mineurs dans ce pays d’Amérique centrale se poursuivaient dans l’impunité la plus totale. (apic/misna/pr)

2 janvier 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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