Déportation en Chine de 1’500 enfants
Hong Kong: Entraves chinoises pour 100’000 familles brisées
Des œuvres d’entraide se battent contre des jugements iniques
Hong Kong, 19 octobre 1998 (APIC) Une partie de leurs membres à Hong Kong, l’autre en Chine, quelque 100’000 familles vivent le calvaire de la séparation. Corrompue, la bureaucratie chinoise entrave les regroupements familiaux. Pire, le gouvernement de Hong Kong a décidé d’expulser en Chine 1’500 enfants nés de pères hongkongais. Partenaire de l’Entraide protestante suisse (EPER), et soutenue par Pain pour le prochain, la Société pour l’organisation communautaire (SoCO) organise «la résistance».
Dans son taudis de 40m2 sur un toit-terrasse où s’entassent quelques familles pauvres, Hui Chi-ming et ses quatre enfants âgés de six à quatorze ans respirent. L’année dernière, grâce notamment au combat de la SoCO, sa famille était enfin réunie. Mais il a fallu attendre 15 ans pour que sa femme, épousée en 1982 à Canton, puisse enfin le rejoindre; jusque-là. Pour d’obscures raisons, la bureaucratie chinoise faisait barrage. Seuls les enfants, conçus lors de brèves visites en Chine, avaient pu émigrer à la fin 1995. «Cela s’est décidé d’un coup, déclare Hui Chi-ming. On a donné dix jours à mes enfants pour faire leurs bagages. Mais on n’a pas autorisé leur mère à les suivre».
Résultat: comme beaucoup d’autres pères dans sa situation, Hui Chi-ming a dû quitter son travail pour pouvoir s’occuper de ses enfants. Ayant vite épuisé ses maigres ressources, la famille s’est retrouvée à l’assistance publique. Ce qui a provoqué honte, anxiété et culpabilité chez les enfants, déjà perturbés par l’absence de leur mère. Aujourd’hui, avec l’arrivée de celle-ci, les enfants vont mieux. Le père a pu retrouver un boulot. L’espoir renaît.
Un calvaire pour 100’000 familles
Si le calvaire des Hui a heureusement pris fin, il n’en va pas de même pour tous. A Hong Kong, quelque 100’000 familles continuent à souffrir de séparation. «Le fruit d’une politique aberrante qui viole les conventions de l’ONU sur les droits de l’enfant, déclare Ho Hei-wah, directeur de la SoCO. Concrètement, le gouvernement chinois accorde des permis d’émigration selon un système de quotas injuste et arbitraire dans son application. De fait, les autorités chinoises traitent les cas sur une base individuelle et non familiale. Il y a une file d’attente pour les mères et une autre pour les enfants. Un enfant pourra donc recevoir un permis, mais pas sa mère, ou inversement. Les déchirements familiaux sont donc programmés».
Plus révoltant encore, le système est miné par la corruption. «Les pots-de-vin sont pratique courante, tonne Ho Hei-wah, et les visas ne reviennent pas toujours à ceux qui y ont droit. De nombreuses personnes nous ont dit avoir dû payer entre 60’000 à 200’000 dollars de Hong Kong (12’000 et 40’000 francs) aux fonctionnaires responsables pour faire avancer leur dossier. A raison d’un quota de 54’000 visas par an, faites le calcul de ce que ce trafic rapporte!» Ce sont évidemment les pauvres qui trinquent et voient leur délai d’attente s’allonger jusqu’à 10 ans ou plus.
Ce dossier, déjà très douloureux, s’est récemment alourdi d’un nouveau problème. Selon la Constitution négociée entre Pékin et Londres pour la rétrocession de Hong Kong à la Chine, le 1er juillet 1997, toute personne née d’un résident de Hong Kong a, indépendamment de son lieu de naissance, le droit de venir s’établir à Hong Kong. Forts de ce droit, dont bénéficient des dizaines de milliers d’enfants en Chine, quelque 1’500 enfants – qui avaient rejoint illégalement leur père à Hong Kong – ont voulu régulariser leur situation en demandant leur carte de résidence.
En réponse, sous la pression politique de Pékin, le gouvernement de Hong Kong a modifié à toute vitesse la loi sur l’immigration. Selon cet amendement, pour pouvoir résider à Hong Kong, les enfants nés en Chine doivent au préalable avoir reçu un permis d’émigration du gouvernement chinois. Autrement dit, les 1’500 enfants en question doivent être déportés en Chine où ils sont priés de prendre leur place dans les files d’attente. Il s’agit d’une discrimination flagrante, puisque les enfants nés dans d’autres parties du monde peuvent entrer sans délai sur simple présentation de documents de voyage.
Le recours de la SoCO rejeté
La SoCO a immédiatement fait recours. Mais, le 9 octobre dernier, elle a été déboutée par la Cour de première instance de Hong Kong. Le verdict a suscité angoisse, colère et désespoir chez les enfants concernés. Ainsi, Cheung Lai-wah, huit ans, à Hong Kong depuis 1994 où elle est parfaitement intégrée. «Que vais-je devenir, s’inquiète-t-elle. J’ai peur, car personne ne prendra soin de moi. Pourquoi le juge est-il si cruel? Pourquoi doit-il me séparer de mon père? Je préfère mourir que retourner en Chine».
Le cas de Cheung Lai-wah est d’autant plus cruel que, ses parents n’ayant pu se marier légalement à cause du décès prématuré de sa mère, elle est une enfant «illégitime»; si elle rentre en Chine, elle n’aura donc pas droit à un permis. «Je n’ai pas d’autre choix que de cacher ma fille», dit le père. «Nous nous battrons jusqu’au bout», déclare Ho Hei-wah qui a réussi à mobiliser une centaine d’avocats et a déposé un nouveau recours. Le cas est maintenant pendant devant la Cour d’appel. Le verdict est attendu en janvier prochain. (apic/spp/jms/pr)



