Berne: Ouverture de la Maison des Religions dimanche 14 décembre
Huit religions sous un même toit en ville de Berne
Berne, 12 décembre 2014 (Apic) Réunir huit religions sous un même toit. C’est de défi que s’est donné – et va réaliser – la Maison des Religions à Berne. L’idée a été lancée il y a déjà 16 ans. Après plus de 10 ans de développement du projet et deux ans et demi de travaux de construction, elle devient réalité. La Maison des Religions, à l’Europaplatz, sera inaugurée dimanche 14 décembre.
Le départ du projet se situe dans le cadre d’une étude sur le développement de la ville de Berne. Si l’on voulait empêcher que les minorités culturelles et religieuses issues de la migration soient encore plus marginalisées, il fallait leur proposer un lieu d’intégration et de présence ouvert à l’ensemble de la société. Un endroit plus favorable à la rencontre que les habituels arrière-cours, anciennes usines ou garages en zone industrielle. Il faut une «Maison des Religions» avec des espaces de célébration et de dialogue, avait proposé Christian Jaquet, planificateur de l’étude. C’était en 1998.
La réflexion a été reprise par la «Table ronde des religions» et par la communauté des Frères moraves (Herrnhuter Brüdergemeine). Cette dernière a envoyé en 2000 le pasteur Hartmut Haas, qui est expérimenté dans le dialogue interreligieux, et sa famille à Berne. C’est sous son impulsion que le projet démarre véritablement. «Sans l’élan visionnaire et l’engagement financier des Frères moraves, nous ne serions pas là aujourd’hui», a affirmé le 11 décembre devant la presse Guido Albisetti, président de la Fondation «Place de l’Europe – Maison des Religions».
Premières recherches financières désastreuses
Le départ a été difficile. Car il faut récolter beaucoup d’argent pour pouvoir construire un tel centre. Le résultat des premières recherches financières est désastreux. 150 demandes de soutien ont débouché sur 150 réponses négatives, rappelle Guido Albisetti.
Le plus douloureux, ce n’était pas en soi les réponses négatives, mais les allusions contenues dans les lettres. «Nous étions des fantaisistes, des utopistes, des doux rêveurs éloignés de toute réalité». Mais progressivement, des déclarations d’intention, des promesses de dons et finalement des versements de privés et de fondations se font jour, ainsi que le soutien de la Ville, du Canton de Berne et des Eglises. Fin 2012, soit quelques mois après le début des travaux, les 10 millions nécessaires à la réalisation de la Maison des Religions étaient rassemblés. Un véritable «miracle de Berne».
Un «nulle part» devient un centre
Juste à côté d’une ligne de trains des CFF et de l’autoroute de Berne-Ouest: un «nulle part» près d’un pont autoroutier, avec un parking souterrain, telle était la Place de l’Europe en 2008, explique Andreas Campi, responsable de développement dans l’entreprise Halter AG. Il s’agissait alors de mener à bien un projet qui reliait d’une part la Maison des Religions avec son projet de dialogue des cultures et d’autre part une utilisation commerciale du lieu.
La construction d’un projet à usage multiple, pour un montant total de 75 millions de francs, démarre en été 2012. A côté de la «Maison des Religions» se trouve un «Centre Place de l’Europe» qui abrite des magasins Coop et Denner, ainsi que des bureaux et 88 appartements à louer.
Pour la firme Halter AG, la réalisation d’un projet interculturel et interreligieux s’est apparentée à un défrichement de terrain. «Nous n’avions jamais bâti un temple ou une mosquée durant les 100 ans d’histoire de notre entreprise, et encore moins une Maison des Religions», relève Andreas Campi. Mais l’expérience a crû avec chaque étage qui les a rapprochés du ciel sur la Place de l’Europe.
Une expérience unique au monde
Huit religions sous un même toit. La Fondation «Place de l’Europe – Maison des Religions» le constate, avec un brin de fierté: «Pour la première fois au monde, il existe une maison dans laquelle des communautés religieuses aussi différentes travaillent, célèbrent leur culte, se façonnent, discutent, se développent, et transmettent entre elles et dans le monde leurs initiatives de dialogue, tout cela sous un même toit.»
Les alévites (qui représentent un courant libéral de l’islam), les hindous, les musulmans, les bouddhistes et les chrétiens disposent d’espaces dans la Maison des Religions. Chaque communauté est responsable du financement et de l’aménagement de ses espaces. Les juifs, les bahaïs et les sikhs sont également engagés dans l’association «Maison des Religions – Dialogue des cultures», mais n’ont pas de locaux propres.
Des lieux de culte encore en chantier
Des travaux sont encore en cours de réalisation, notamment dans les espaces consacrés au culte. Trois jours avant l’inauguration, des ouvriers indiens sont occupés aux travaux de finition et à la peinture des imposants autels du temple hindou. Dans la mosquée, le grand lustre a déjà été installé, mais les tapis de prière ne sont pas encore là. Les travaux d’intérieur sont accomplis presque exclusivement par des bénévoles. Une statue de Bouddha vient d’être amenée au temple bouddhiste.
Un tiers de la surface de la Maison des Religions est destiné au dialogue. Car le projet se définit en fait comme une «laboratoire de la cohabitation religieuse», affirme David Leutwyler, administrateur de l’association de soutien. Il permettra une expérimentation entre retrait sur soi-même et ouverture. Les communautés religieuses disposent de leurs espaces sacrés, qui leur procurent un cadre intime. En même temps, elles chercheront à entrer en dialogue avec la société. De grandes portes relient les domaines sacrés et les espaces communs, qui se composent d’une halle, d’un restaurant et de salles de séminaire. Ces derniers accueilleront de nombreuses manifestations culturelles très différentes.
Conserver son identité
Il a souvent fallu faire des compromis. Durant les années de travaux, «la confiance face à la possibilité d’une cohabitation et face à la certitude que les contraintes de la vie sous un même toit ne seront pas au détriment de sa propre identité a augmenté», selon Gerda Hauck, présidente de l’association de soutien.
Le toit commun est «un signe explicite et unique que le dialogue interreligieux et interculturel peut avoir une influence concrète sur les changements sociaux, bâtir la confiance entre des personnes qui ne sont pas familières, et avancer ensemble et dans la paix. Tout ceci non pas malgré les différences, mais avec elles, en vue de trouver des solutions pour l’organisation des tâches quotidiennes.
Indication: La fête d’inauguration de la Maison des Religions a lieu dimanche 14 décembre dès 10h. Informations sur le site www.haus-der-religionen.ch
(apic/job/bb)



