«Il est déterminé à réformer l’Eglise et ses structures»
Rome: Pour le cardinal Baldisseri, le pape François ouvre une «page nouvelle» de l’histoire de l’Eglise
Rome, 31 janvier 2014 (Apic) Figurant parmi les hommes qui comptent aux yeux du pape François, le cardinal italien Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du Synode des évêques depuis septembre 2013, a livré à I.MEDIA son analyse des premiers mois d’un pontificat plein de surprises. Celui qui sera créé cardinal le 22 février 2014 lors du premier consistoire du pape François assure que le nouveau pontife est déterminé à réformer l’Eglise, et ses structures en premier lieu, et ouvre ainsi «un printemps» et une «page nouvelle» dans l’histoire de l’institution.
Le futur cardinal présente le pape à la fois comme un «contemplatif» et un «homme d’action et de gouvernement». Il précise par ailleurs que le pape François souhaite que le Synode des évêques l’assiste dans le gouvernement de l’Eglise et entend pour cela faire évoluer «les thématiques abordées» tout autant que «la méthodologie».
I.Media: Voici bientôt un an que le pape François a été élu. Quel regard portez-vous sur les mois écoulés, sur les premiers gestes forts posés par ce pape «venu du bout du monde»?
Cardinal Lorenzo Baldisseri: J’ai suivi de près les premiers pas du pontificat du pape François, à commencer par le conclave dont j’étais le secrétaire. J’ai concélébré lors de sa première messe dans la Chapelle Sixtine avec les cardinaux électeurs, et j’ai été impressionné par sa sérénité, par sa simplicité, par cet homme de Dieu qui n’a rien demandé et se met tout entier à disposition de l’Eglise, tel qu’il est. Il n’avait pas de texte pour son homélie et l’a improvisée, traçant en trois mots les lignes de son pontificat: marcher, édifier, confesser. Il a surpris dès le début et ce style nouveau est devenu retentissant jour après jour.
Au cours des mois écoulés, le pape François a accompli des étapes significatives en vue de l’aggiornamento et de la réforme dans l’Eglise et ses structures centrales, la curie romaine. A plusieurs reprises, il a affirmé que cette réforme répondait aux requêtes exprimées par les cardinaux pendant le conclave. Ce qui impressionne et surprend, c’est la spontanéité avec laquelle il parle et accomplit des gestes qui lui viennent de l’intérieur et qui touchent les gens. Il sait pénétrer les cœurs et les guérit de la tristesse, de la souffrance, et donne espoir à tous. La place Saint-Pierre est remplie de monde non seulement le mercredi, jour de l’audience générale, et le dimanche pour l’Angélus, mais également le reste de la semaine où il y a constamment du monde. Il semble qu’en étant sur la place, les gens perçoivent la présence du pape François.
I.Media: Certains assurent qu’il va faire «la révolution» au Vatican et dans l’Eglise. Est-ce aussi votre avis?
L.B: Une révolution? J’appellerais cela une aurore, un printemps, un souffle nouveau, une page nouvelle de l’histoire, qui remue et relativise ce qui est temporel et transitoire pour montrer une Eglise qui annonce et qui sait proposer son message de foi et d’espoir de manière adéquate. Il recueille l’essentiel et étonne avec un langage simple, compréhensible pour tous. Il affirme qu’il est beau d’être des hommes capables d’aimer, avec l’aide de Dieu.
Le pape François demande des prières et prêche la miséricorde divine. Le monde est comme un hôpital de campagne lors d’une bataille, dit-il, et l’Eglise est appelée à soigner les blessures et à réconforter les souffrants, mais en même temps à indiquer que la vie familiale et sociale doit être une chose qui vaut la peine d’être vécue, parce que les hommes possèdent une dignité et sont des sujets de droits inaliénables. Le pape François parcourt cette voie à tous les niveaux et s’adresse avant tout à ceux qui travaillent au Vatican, en revoyant les structures. Et il le fait avec détermination et un rythme soutenu.
I.Media: Le pape François a créé de nombreuses commissions et fait appel à plusieurs cabinets extérieurs pour l’aider dans les décisions à prendre à l’avenir. Pour certains, le pape a ouvert trop de chantiers à la fois. Que leur répondez-vous?
L.B: Oui, cela semble un peu exagéré, mais le pape François est un contemplatif et en même temps un homme d’action et de gouvernement. Son expérience d’évêque le porte à travailler inlassablement sur le terrain, et il n’a pas peur de mettre sur le feu beaucoup de choses en même temps. Certes, les commissions sont un moyen et elles doivent donc agir et ne pas être une façon d’esquiver les problèmes et les solutions. Le pape François le sait, et il sait aussi comment les gérer.
I.Media: Le pape François a fait comprendre qu’il souhaitait que le Synode des évêques devienne un organe de gouvernement pour l’assister. Comment peut s’opérer ce changement?
L.B: Le Synode des évêques est né comme une expression de collégialité au niveau mondial pour aider le pape à gouverner l’Eglise universelle. Ses modalités de fonctionnement sont établies dans des documents précis et dans des notes. Il souffre d’une certaine immobilité et d’un certain épuisement. Près de 50 ans ont passé depuis sa création et il a besoin d’être revu et mis à jour pour un nouveau dynamisme. Le pape François désire marquer cette institution d’une plus grande participation et obtenir une plus grande contribution pour son gouvernement de pasteur de l’Eglise universelle. La voie entreprise avec la convocation du Synode extraordinaire d’octobre prochain (sur la famille, ndlr) consiste à utiliser l’expérience du passé et à ouvrir de nouveaux horizons, dans les thématiques abordées comme dans la méthodologie.
I.Media: La réforme du pape François peut-elle être un modèle en dehors de l’Eglise?
L.B: Bien sûr, cette nouvelle saison de l’Eglise, pleine d’espoir et d’attentes, pourrait également être une référence pour notre société civile. Les Italiens comme les autres peuples doivent réfléchir un peu à l’avenir, pour investir davantage sur les jeunes et lancer des perspectives élevées, pour «élever le niveau» et saluer les mérites de ceux qui proposent des idéaux et des valeurs, et les réalisent.
(apic/imedia/ami/bb)



